Le Phoebus à Lefkas 040714

Sun Odyssey 43 DS Phoebus, Au mouillage à Osmos Sounio 290614

 

 

 

Une fois par an, je fais une croisière "pour les amis", aussi cool que possible, avec au programme baignades, restaurants, pas de nuits de navigation, des visites, etc. Cette année, j'ai voulu découvrir la Grèce, et l'occasion s'est présentée de faire un "one-way" Lavrio-Lefkas sur le Sun Odyssey 43 DS (DS pour Desk-Saloon) "Phoebus". Personne parmi nous ne connaissait la Grèce, et passer de la mer Egée à la mer Ionienne par le Golfe Saronique puis le Golfe de Corinthe m'a paru bien pour un premier contact. Comme il n'y avait pas moyen d'arriver suffisamment tôt le samedi 28 juin, nous avons choisi d'arriver la veille et de passer la soirée à Athènes.

Vendredi 27 juin 2014. L’histoire débute à onze heures sur le Tarmac de l’aéroport de Genève, alors que Franck, Marie, Jésus et moi nous entassons dans l’avion des Aegean Airlines. EasyJet aurait été moins cher, mais ne circule que les jeudi et samedi, et ne nous aurait pas permis de prendre le bateau le samedi après-midi à Lavrio. Peu avant midi les repas nous sont servis à bord. Pour moi qui ai demandé un menu végétarien, ce sera des penne rigatte sauce napolitaine, une salade de fruit et une portion de la Vache-Qui-Rit locale, avec du pain, du beurre et des biscuits.. A 13h30 nous survolons le golfe d’Athènes, et une demi-heure plus tard nous sommes assis sur les bancs de la salle d’arrivée des bagages, à guetter nos sacs devant la ligne 9 des tapis roulants. Ghislaine nous rejoindra peu après ; elle a rejoint notre équipe tardivement et n’a pas pu avoir de place sur notre avion et a pris le vol suivant, un Lufthansa si mes souvenirs sont bons. Comme cela arrive souvent, nous ratons de quelques minutes la navette qui relie Athènes a son aéroport ; à 17h25, au bout de près d’une heure de car, nous arrivons enfin sur une grande place près de la Maison du Parlement.

Là, nous prenons un taxi qui nous emmène en cinq minutes à peine au Novotel où nous avons retenu deux chambres. En m’y prenant bien à l’avance, j’ai réussi à obtenir un prix très correct : 70 euros pour une chambre superbe, dans un bâtiment avec piscine et restaurant sur le toit. Nous n’en profiterons pas ce soir : après une petite heure dédiée à notre installation, guide du Routard en main, nous décidons d’aller dîner en ville. La terrasse du restaurant Yappas donne sur un cadre superbe, sur la colline qui surplombe la ville. Franck et moi prenons des moussaka sympathiques à six ou sept euros, les trois autres optent pour un assortiment de poissons conseillé par le serveur qui ne figure pas à la carte.

Les rougets du Yappas 270614

Son prix apparaîtra au moment de l’addition : plus de soixante dix euros pour quelques malheureux rougets et quelques autres bestioles non identifiées. Victime de l’humour un peu lourd de l’un de nos équipiers, le serveur s’est vengé. Dans la pratique, en Grèce comme dans beaucoup de pays, il ne faut rien commander avant d’avoir demandé le prix. Il en va des poissons comme des taxis : de retour à l’hôtel nous découvrirons que le prix payé dans les deux taxis que nous avons empruntés va du simple au double, pour exactement le même trajet.

La piscine du Novotel 27_0614

 

 

Samedi 28 juin. C’est le vrai jour du départ. Nous devons rejoindre Lavrio, le port à 50 km au sud-est d’Athènes, où notre loueur nous a dit d’arriver le plus tôt possible, de préférence avant midi. A 7h, avant de prendre le petit déjeuner, Ghislaine ma compagne d’alors et moi-même allons découvrir la piscine sur le toit du Novotel. Déception ! Elle est superbe, la vue sur la ville est magnifique, et nous regrettons de ne pas y avoir pris un bain de minuit hier en rentrant du restaurant. Je suis étonné de la blancheur de la ville. Athènes est une des villes les plus polluées au monde, et je m’attendais à trouver des façades grisâtres. Les JO de 2004 ont-ils été l’occasion de ravalements massifs des façades de la ville ? Le temps nous manque ce matin pour nous baigner, mais je sais que nous reviendrons fin septembre à Athènes. Le rapport qualité prix et la vue depuis la piscine justifient que nous louions à nouveau au Novotel ; nous profiterons alors de la piscine. Le petit déjeuner nous réunit tous les cinq : Marie, Ghislaine, Franck, Jésus et moi. Nos réservations n’ont pas été prises en même temps, certaines chambres comportent des petits déjeuners, d’autres non… On laisse le desk du Novotel faire les comptes, et nous filons vers l’arrêt des cars qui mènent à Lavrio. L’attente ne sera pas longue : à 9h40 nous sommes à la sortie d’Athènes, le bus passe devant un panneau indiquant Sounio et Lavrio. Nous devons être pas très loin de Marcopoulos. Le jeu consiste depuis hier à déchiffrer l’alphabet grec. Mon passage à Math’Sup est loin, et mes souvenirs de l’alphabet grec incertains…

En route pour Lavrio 280614

Plage d’Osmos Sounio, le temple 280614

Nous arrivons à Lavrio près de deux heures après avoir quitté Athènes ; le car nous dépose sur une grande esplanade près du port. Après quelques minutes de marche en tirant derrière nous nos sacs remplis, nous débouchons sur le quai et découvrons notre bateau, le Sun Odyssey 43 DS Phoebus. Il a l’air sympa, mais n’est pas prêt… ce qui nous est confirmé au bureau ans espoir d’embarquer avant quinze heures, nous envisageons de nous restaurer. Un des nombreux kebabs qui squattent les trottoirs de la rue principale nous fournira une table ombragée. L’avitaillement se fera au grand supermarché local, où un charriot nous sera prêté pour emporter les vivres à bord. Mieux vaut être deux pour faire les courses : l’accès au quai passe par des volées de marches qui nécessitent de porter le chariot plein à ras bord. Le temps de faire les formalités, le check-in du bateau, ranger les vivres, etc. l’après-midi a passé et c’est vers dix sept heures que nous prenons la mer. Le ciel est clair et dégagé, le vent faible, et seul l’étranglement créé entre le continent et la longue île qui fait face à Lavrio crée un clapot qui agite la mer.

A 19h nous sommes en vue de Soumio, la baie surmontée d’un joli temple dédié à Apollon où nous passerons la nuit. Nous ne sommes pas les premiers, mais nous avons assez de chaîne pour rester loin du rivage, et la nuit s’annonce calme. Nous mouillons par 10m de fond, à l’abri d’un îlot. Vers 23h nous soulevons un premier plancher – surprise, nous avons de l’eau dans les fonds. C’est de l’eau douce – pas trop inquiétant. Nous avons un peu bâclé le check-in, pressés comme toujours de partir… En attendant, nous essayons de détecter l’origine de la fuite, sans succès. A minuit, on est encore en train de chercher, et nous décidons d’aller nous coucher. On verra dans quelques heures si le niveau monte sous les planchers.

 

L'annexe à la plage d’Osmos Sounio, la plage 290614

Dimanche 29 juin 2014. Réveil à sept heures pour Franck et moi. Pendant que les autres dorment, nous inspectons les fonds : l’état du malade est stationnaire. Nous mettons à l’eau l’annexe, la remplissons des bouteilles d’eau minérale que nous avons vidées hier (Ghislaine dont c’est la première croisière refuse de toucher à l’eau douce des réservoirs du bateau), et prenons la direction de la plage. Celle-ci appartient à un superbe hôtel (pour voir de très belles photos : http://www.splendia.com/fr/cape-sounio-grecotel-exclusive-resort-anavyssos.html). A 7h40 la plage est déserte et la lumière très belle. L’unique habitant des lieux, un plagiste occupé sans doute au nettoyage, ne s’intéresse pas à nous lorsque nous amarrons l’annexe et utilisons les sanitaires de la plage pour remplir nos bouteilles – le cadre est tellement enchanteur qu’on a failli les oublier ! A 8h10 nous sommes de retour sur le pont du Phoebus, et une demi-heure après l’équipage au complet est réuni dans le cockpit autour du petit déjeuner. Après quoi nous prenons la direction d’Epidhavros, l’antique Epidaure et son amphithéâtre, l’un des mieux conservés du monde Grec, et à l’accoustique unique. Le ciel est sans nuage, la mer et plate, et le vent plutôt faible nécessite l’aide du moteur. Les mouettes su coin sont posées sur l’eau et ne semblent pas tentées par la chasse d’éventuels poissons. Ceux-ci dorment peut-être aussi, où bien sont-ils partis en vacances vers d’autres cieux ? Les rapalas au bout de notre ligne de traîne ne semblent pas les intéresser (en une semaine, nous ne ramènerons rien).

Ghislaine, plage du nord de Methana 290614

Dauphin mort près de la plage sur la péninsule de Méthana 290614

A 16h nous décidons de faire une pause-baignade, et nous mouillons devant une plage au nord de la péninsule de Methana. A une centaine de mètres de la plage où nous débarquons, le corps d’un dauphin repose sur les cailloux du rivage. Victime des de gaz de la péninsule ? A 17h, nous rentrons à bord et reprenons la direction d’Epidhavros. Une heure et demi plus tard, nous sommes dans la baie devant la ville. Nous mouillerons l’ancre devant la plage au nord du port, et, après l’avoir hissée sur le rivage, attacherons l’annexe au tronc d’un des petits palmiers qui parsèment la plage. On nous a dit qu’en Grèce la fauche était inconnue… nous espérons retrouver notre annexe après le dîner. 

Quelques minutes de marche nous séparent du quai de la ville. Flemmards et affamés, nous choisissons une des premières terrasses qui se présentent à nous, et à 21h30 nous sommes attablés devant des assiettes bien garnies.Le restaurant Maggeli n’est pas luxueux, mais nous y avons bien mangé, et laissé 90 euros à cinq, vins et apéritifs compris.

 

Epidhavros, on est au mouillage devant la plage nord

Lundi 30 juin 2014. Nous n’avons plus d’eau douce à bord, tous les réservoirs sont vides. Ca me paraît incompréhensible de les avoir vidés si rapidement, d’autant plus que Franck et moi, habitués aux bateaux, économisons l’eau comme si c’était la prunelle de nos yeux. De toute façon nous devons retourner à terre pour acheter de l’eau minérale. La plage possède une paillotte sympa, où nous pourrons acheter de l’eau, nous doucher et prendre un petit déjeuner local. Elle ouvre à 10h heure locale, alors nous ne nous pressons pas. De toute façon la journée n’est pas chargée le soleil brille, et il n’y a ni vent ni vagues : nous avons prévu de remonter vers le nord, passer le canal de Corinthe et aller dormir le soir à Corinthe, juste à gauche après le canal.

Ptit déj à Epidhavros 300614

Le petit déjeuner est copieux : jus d’orange frais à un prix dérisoire (ce n’est pas le cas partout en Grèce, même s’ils ont des orangers à profusion), croque-monsieur, etc. Jésus insiste auprès de la fille de la patronne pour qu’elle nous vende quelques kilos d’oranges ; avec réticence elle finit par accepter. Je pense qu’il s’agit de la production limitée d’une orangeraie familiale et que la vente du fruit constitue pour elle un manque à gagner par rapport à sa transformation en jus vendu à la paillotte. Nous quitterons cette plage accueillante vers onze heures, pour arriver vers 16h30 à Isthmia, l’entrée du canal de Corinthe. Quand on arrive du large, l’entrée du canal n’est guère visible, et nous mettons un moment à la repérer. La capitainerie est à bâbord, un quai est prévu pour les visiteurs. Dans les bureaux de la capitainerie, deux autres personnes attendent de remplir les formalités. La climatisation est agréable, et les fonctionnaires du canal rapides : en deux temps trois mouvement me voilà délesté de 168,32 euros. Je n’ai plus qu’à regagner mon bord et surveiller la VHF : un appel de la capitainerie m’indiquera dans un quart d’heure quand je pourrai rentrer dans le canal. En attendant, nous décidons de faire des ronds dans l’eau. Nous patienterons en fait 45 à 50 minutes, regardant les bateaux qui viennent de Corinthe sortir du canal (étroit, il est à sens unique), puis le pont submersible se lever pour permettre le passage des voitures et enfin s’abaisser pour nous laisser entrer dans le chenal.

Isthmia 300614

Le canal de Corinthe n’est pas très long. Commencé sous Néron avec une armée de prisonniers juifs que la crise (déjà) n’a plus permis d’entretenir, et achevé à la fin du XIXe siècle, il mesure un peu plus de 3,4M de long. Avec une vitesse obligatoire, on a une quarantaine de minutes pour admirer les falaises abruptes. Etroit et peu profond (24m de large pour 6m de profondeur), le format du canal le réserve aujourd’hui à la plaisance et au tourisme. Nous y suivrons à 18h20 un autre sloop qui s’est engagé devant nous ; personne ne viendra dans notre  sillage, et à 18h50 nous passons le pont submersible de Poseidonia : nous sommes désormais dans le Golfe de Corinthe. Trois quarts d’heure après, le Phoebus est amarré le long d’un ponton au port de Corinthe. Il n’y a pas de borne électrique au ponton, les installations semblent récentes. Nous avons du temps devant nous, le soleil n’est pas encore couché et nous flânons dans les rues modernes de la cité. La nuit tombée, en allant dîner à une terrasse où fleurissent les écrans géants de la Coupe du monde, nous faisons la connaissance de Robert, un français convivial qui vit sur son luxueux catamaran garé non loin de nous, et de son ami Jonathan, un anglais déjà âgé qui loge sur un tout petit bateau devant lequel nous sommes passés. Tous deux regardent France-Allemagne, et nous en regardons un bout avec eux en prenant l’apéritif.

Le Phoebus au ponton à Corinthe 300614

Mardi 1er juillet. Nous ne sommes pas très matinaux. Nous quittons le bord peu avant dix heures pour refaire l’avitaillement du bateau ; ça nous prendra pratiquement deux heures, il est vrai en faisant un peu de lèche-vitrine et vraiment sans nous presser. Chargés de nos emplettes, nous saluons Jonathan, dont le torse émerge du capot de pont de son bateau, et, après un déjeuner un peu décevant (les poissons achetés le matin ne sont pas bons), nous prenons le large en direction d’Itea.

En route vers Itea 010714

Il s’agit de l’ancien port de Delphes, en rive nord du Golfe de Corinthe. L’ancienne cité de la Pythie est à l’intérieur des terres, à environ une heure de car ; nos grasses matinées ne nous permettront pas d’aller la voir. La mer est calme, nous naviguons au près bâbord amures dans un cadre magnifiques, en admirant les monastères sur la côte, et le ciel à l’azur immaculé. Franck à la barre, nous admirons le coucher du soleil. Nous arriverons tard, mais il y a de la place ici, et nous nous amarrons le long d’un quai en dur. Des postes destinés à l’électricité sont installés sur les quais, mais ils ne marchent pas : la marina d’Itea est abandonnée ou bien n’a jamais été ouverte, des rubans style « scène de crime » ferment les sanitaires. Heureusement pour nous, les Grecs, en bons méditerranéens, sont des oiseaux de nuits : à 23h, nous trouvons sans difficulté un restaurant sympa pour nous servir.

 

Réveil à Itea, le port de Delphes 020714

Mercredi 2 juillet 2014. Comme la plupart du temps, j’ai dormi dans le cockpit. La marina d'Itea est tranquille, nous sommes en bout de quai et personne ne vient nous déranger. Les nuits sont douces, et les moustiques absents. Au petit matin le temps est radieux, il n’y a pas un souffle de vent. Peu avant huit heures Marie émerge de la descente, un café à la main. Elle a décidé de terminer la croisière en bus, peut-être lassée des vannes de Jésus, on la retrouvera ce soir à l’étape.

Le Mille LouisaNous l’accompagnons pour un second café, pris à une terrasse proche du port, devant laquelle s’arrête son car ; au passage nous nous interrogeons sur le prix de la remise en état du yacht anglais « Mille Louisa », qui pourrit doucement amarré au quai, casquette enfoncée et quelques trous dans le bordé. Visiblement, il a été squatté. A onze heures moins le quart Marie monte dans son car, et à onze heures nous larguons les amarres en direction de Navpaktos. Navpaktos est l’ancienne cité de Lépante, devant laquelle la flotte ottomane de Selim II fut entièrement coulée en octobre 1571 par une coalition chrétienne menée par Don Juan d’Autriche. Le sultan y perdra la Méditerranée, et le soldat Cervantès sa main gauche ; de la présence du jeune espagnol lors de la bataille il reste une statue qui domine le vieux port médiéval de Navpaktos. Vers onze heures trente je déclenche une série d’exercices de récupération d’un homme à la mer sans usage du moteur. On n’en fait jamais assez, surtout en équipage réduit. A bord du Phoebus, l’équipement de survie est réduit : aucune des deux bouées fer à cheval n'est reliée au bateau, rien non plus pour la relier au feu à retournement. « Minimum légal » s’excusera avec un sourire un employé du loueur le vendredi soir. C’est celui souvent rencontré sur les bateaux de location… A 13h, nous sommes en route au moteur, sur une mer d’huile. Nous prenons l’apéritif puis déjeunons dans le cockpit d’une salade de crudités concoctée par Ghislaine, d’œufs durs et de melon d’eau.

Le port de Navpaktos vu du château 020714

Vers 17h nous mouillons en face de Navpaktos. Le vieux port médiéval pourrait peut-être nous accueillir, mais il y a peu de place à l’intérieur, et ca ne vaut pas la peine de courir le risque de croiser des lignes de mouillage. Par contre, le petit quai à bâbord en entrant dans le port est idéal pour amarrer l’annexe. A 17h30 Marie nous y rejoint, et tous ensemble nous entamons l’ascension du château. La route est belle et serpente dans les pins qui dominent la baie ; elle grimpe aussi, et à 18h20 Franck et moi sommes seuls arrivés devant la porte du château. Les trois autres ont abandonné, la porte est de toute façon fermée à 15h. Nous retrouverons Jésus à une terrasse du port ; les filles sont à la plage. Vers 19h45 j’irai les récupérer et faire un plouf avec elles, tandis que Franck reste avec Jésus : il a besoin de se sustenter.  De retour au port vers 20h45, nous avons la surprise de trouver Franck et Jésus en compagnie de Robert avec qui nous irons dîner : il a mouillé son cata non loin du Phoebus. De cette soirée je garderai le bon souvenir de la feta grillée aux poivrons, servie en papillote, du délicieux poulet à la crème et à l’ouzo, et de la découverte du Metaxa, un brandy grec bien agréable.

 

Au mouillage devant Navpaktos, 030714

Jeudi 3 juillet : Réveil à 7h, petit déjeuner à 7h30, à 9h nous sommes à Navpaktos. Marie veut prendre le bus pour Lefkas où on la retrouvera demain soir, et Franck, Ghislaine, Jésus et moi voulons visiter le château qui nous a échappé hier. A 9h20 nous laissons Marie, et prenons un taxi pour monter au château. La crise aidant, ils sont quatre à attendre un hypothétique client. L’un d’eux nous mène en quelques minutes à la porte du château ; derrière, la colline continue à monter, une allée envahie d’épines de pin nous fait passer devant une chapelle en rénovation, et des fontaines qui coulent encore.

Les murailles du château de Navpaktos 020714

Une tortue prend le soleil près de la chapelle, et Jésus va bêtement la prendre à la main pour la monter à 1,2 mètres du sol. Affolée, la pauvre bête va lui pisser dessus. Le château proprement dit est tout au sommet de la colline ; beaucoup de salles ont du être restaurées, comme en témoignent leurs portes, récentes et fermées. Pas moyen d’y rentrer. Ghislaine n’est pas montée au sommet ; Franck et moi nous consolons avec le paysage qui est superbe de tous côtés, et l’ambiance créée par ces remparts médiévaux dans la pinède. Nous redescendons la colline d’un bon pas, et vers 10h30 nous faisons quelques achats, notamment de l’eau minérale. Nos réservoirs se vident très vite sans qu’on comprenne bien pourquoi, même si certains à bord usent fréquemment des douches. Le « market » nous prête un chariot pour amener nos emplettes au quai, que Jésus se chargera de ramener. Notre annexe est petite, et Franck se transforme en chauffeur de taxi pour convoyer hommes et provisions à bord en deux voyages ; pendant ce temps je m’octroie une baignade dans le port sous le regard de Cervantès. Le retour à bord est un peu plus long que prévu : nous passons avec l’annexe devant le catamaran de Robert Guichet qui nous invite à le visiter. Il est grand et très bien équipé, avec tout le confort possible à bord. Une belle unité. C’est quand même pas le moment de traîner : on ne sait pas ce qui peut arriver d’ici Nisis Oxia.

Le pont entre Rion et Antirion 030714

Vers midi nous sommes en route pour Nisis Oxia et, première étape, le pont qui relie les forts vénitiens de Rion et Antirion. Construit par un Français, avec 2252m de tablier haubanné, il a détenu durant quatre mois en 2004 le record du plus long pont suspendu au monde, avant l’ouverture du viaduc de Millau. Il reste aujourd’hui encore le n°2 mondial. Cinq milles avant le pont (presque en sortant de Navpaktos), j’ai appelé la capitainerie de Rion qui m’a indiqué sous quelle arche passer ; à 13h04 nous passons sous le pont et rappelons la capitainerie pour signaler notre passage. Peu après nous perdrons de vue le catamaran de Robert Guichet, parti avant nous, et qui a choisi de tirer des larges bords. Ca y est, nous sommes en mer Ionienne.

Nous longeons un moment la côte ; vers 17h, nous touchons un vent de travers bâbord amures bien agréable, qui hélas tombera avec le jour. A 20h, nous sommes à Nisis Oxia, dans la baie Est où on va mouiller ce soir par 10m de fond, à l’abri de la plus haute falaise aux teintes rougeâtres. Une heure plus tard, le bateau est à l’ancre, et je suis allé porter à la nage une aussière à terre, que j’ai fixée dans un bracelet de calcaire. L’ile est déserte et sauvage, mis à part une ferme marine dans la partie sud de la baie, et un voilier mouillé au nord. A 21h15, Ghislaine nous sert une soupe et des spaghetti bolognaise, alors que s’éternise le crépuscule nautique. Une heure après la nuit est tombée ; à 22h45 Franck prépare à la lumière de sa frontale une palangre avec sa trousse de pêche, sous le regard attentif de Jésus. Problème : demain matin nous découvrirons qu’un congre ou une murène aura ouvert l’hameçon durant la nuit… Le poisson boude notre assiette.

 

Lever de soleil sur la falaise de Nisis Oxia, 040714

 

 

 

 

 

 

 

Vendredi 4 juillet : je me réveille à 7h, la mer est d’huile, le ciel limpide, et comme tous les matins le vent est absent. Franck n’est plus à bord, il vient de prendre l’annexe et s’en est allé visiter l’île. Le lever du jour est superbe sur la baie et les falaises calcaires, et le temps immuable le matin : pas de vent, mer plate, ciel sans voile. Il faut dire aussi que le mouillage dans la baie Est nous protège beaucoup. A 8h Franck est de retour et a récupéré l’aussière à terre, c’est le départ pour la dernière étape, qui nous mènera à Lefkas, au nord de l’île de Lefkada. Pour l’heure, nous longeons vers le nord la côte Est de Nisis Oxia ; une seconde ferme marine semble y avoir été installée. Nous en verrons d’autres encore, environ cinq milles au nord-est de l’île. Nous avançons au près bâbord amures, sous génois et GV, en nous aidant de temps en temps du moteur : l’enfilade Lefkada-Ithaque-Céphalonie brise le peu de vent d’ouest qui viendrait du grand large. Vers 13h30 nous sommes entre Kalamos (l’île des roseaux) et Méganisi ; dépasser cette grande île nous offre un peu plus de vent. A 14h, Franck retend un peu le nerf de chute du génois.

A la queue leu leu dans le chenal de Lefkas, 040714

 

A 16h36, nous sommes à l’entrée du chenal de Lefkas, qui sépare Lefkada du continent. La carte SHOM indique une profondeur de 0,2m. En fait, un passage étroit est dragué à plusieurs mètres, au centre des eaux turquoises du chenal ; il est balisé par des bouées à son entrée sud, et des perches par la suite. Comme la plupart des bateaux de location rentrent au port à la même heure, ça crée une étrange procession de voiliers avançant à la queue leu leu, séparés par une vingtaine de mètres les uns des autres. A 17h, nous sommes amarrés au quai des carburants de Lefkas, où nous faisons le plein  en une vingtaine de minutes avant de nous mettre en quête du ponton de HDM. En deux coups de cuiller à pot (merci aux équipiers), le Phoebus est garé à côté de l’« Elixir » le Sun Odyssey 37 qu’on a loué pour la fin septembre 2014 (voir l’article « Tour du Péloponnèse »). 

Soufflé et Retsina à Lefkas, 040714

 

 

A 18h, je prends quelques photos de l’Elixir, puis pars avec Ghislaine faire quelques courses dans la ville.Nous trouverons – entre autres – une boulangerie superbe et un grand bazar où on trouve de tout, et notamment des T-shirts à 1 euros pièce… les moins chers que j’aie acheté jusqu’à présent.

A 21h30, nous sommes tous attablés devant un dernier ouzo dans le cockpit —­ y compris Marie qui nous a rejoints au port, satisfaite de son escapade solitaire qui lui a permis de visiter les plages de Lefkada. Le rosé rafraîchit dans de la glace (l’avantage d’être proche des commerces), mais les mines sont longues… Demain on quitte le bateau. A 23h, nous finissons la soirée devant un superbe soufflé concocté par Franck (on s’y est tous mis pour battre les œufs en neige très ferme) et un verre de Retsina rosé Malamatina, le vin résiné typique de la Grèce.

Ravitaillement en carburant à Lefkas

 

Samedi 5 juillet : les formalités de départ prennent du temps, le check-out du bateau a du retard, et le loueur nous fait payer 150 euros la réparation du tissu de la capote. Celui-ci nous est resté entre les mains, littéralement bouffé par les UV, quand le premier jour nous l’avons abaissée. Ce n’est pas sérieux, mais c’est comme ça que la plupart des loueurs font leur marge. Nous ratons ainsi le car KTEL de neuf heures pour Athènes, et prenons celui de midi trente. C’est le dernier à nous permettre d’avoir notre vol… Le trajet qui zigzague entre continent et Péloponnèse offre quelques jolies vues sur les forts qui bordent le chenal de Lefkas, le grand pont suspendu sur lequel nous passons à présent (une vraie prouesse technique, cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Pont_Rion-Antirion), la campagne du côté d’Isthmia et le golfe Saronique. On ne voit quasiment rien du canal de Corinthe : étroit et profond, il est traversé par le car en quelques secondes. A 18h10, nous sommes à la gare routière d’Athènes, en train d’attendre le bus 93 qui nous conduira à l’aéroport. De là tout va très vite, à 19h nous sommes devant la grande amphore qui décore l’entrée de l’aéroport, et deux heures après nous sommes dans les airs sur le vol Easyjet à destination de Genève… Au revoir la Grèce…

Pour d'autres photos de cette croisière, voir l'album "Croisière Lavrio-Lefkas par le Golfe de Corinthe en voilier du 28 juin au 5 juillet 2014" dans la colonne de gauche de ce blog.

Aéroport d'Athènes 050714