Lever de soleil sur winch 070815

Hier soir, vers 23h30, lors de leur quart, Jean-Jacques et May, voyant la vitesse du bateau tomber à 2 nœuds,  ont fait une tentative pour prendre le cap 080° et faire du près, sans résultat intéressant. Je comprends l'énervement de Jean-Jacques, qui souhaite utiliser son moteur le moins possible, et aussi celui de May, qui elle voudrait arriver le plus tôt possible à Reggio, mais cela crée des crises très désagréables. Personnellement, attendre en mer le retour du vent ne me dérange pas tant que la météo est favorable, et je l'ai déjà proposé à plusieurs reprises à Jean-Jacques. Mieux vaut toutefois être en panne que prendre un cap nous faisant remonter vers le nord.

A 0h34 nous sommes revenus au cap 124°. C'est l'heure de faire le point et à cette occasion je constate qu'alors que l'iPad que j'utilise habituellement m'indique comme longitude E 12°56', la VHF ASN qui normalement indique aussi la position donne 12°15'. Je vais vérifier sur le GPS Garmin dans le cockpit, qui indique comme l'iPad 12°56'E. Jean-Jacques a alors la bonne idée : couper la VHF ASN, la laisser éteinte quelques secondes puis la rallumer. On revient alors à 12°56' sur l'affichage de la VHF. La question est alors : si nous avions appuyé sur le bouton de détresse de la VHF quelques minutes auparavant, est-ce qu'elle aurait indiqué notre position à 12°15 de longitude E ? Question subsidiaire : au bout de quelle durée de fonctionnement ininterrompu la VHF cesse-t-elle d'indiquer la position ? A la demande de May, nous roulons le génois. Elle a raison, la voile ne nous tire plus vraiment, et il ne sert à rien de la laisser fasseyer. La nuit est chaude ; à l'image de la journée qui vient de s'écouler. Jean-Jacques le confirme, il n'a jamais eu aussi chaud en mer. Nous avons embarqué un grillon ou une cigale à bord, sans doute à La Gavetta. Il est planqué sous le bib, et a commencé à "chanter" vers 17h.

Quand je prends mon quart il fait nuit noire, il n'y a pas un bateau en mer. le ciel est étoilé, sans lune. On vient de tirer 16M en trois heures sur la route fond, avec le moteur à 1500 tours/minute, pour une vitesse surface de 4,5 kt au speedo. May a tenté de masquer un peu de la lumière blanche du compas de route en posant un adhésif orange d’électricien sur le dessus du compas, mais ça ne change pas grand-chose à l’affaire. De toute façon, depuis le départ de Six-Fours-les-Plages je me sers très peu de ce petit compas, positionné à côté de la descente et illisible pour moi depuis l’arrière du bateau. A la place j’utilise le compas de relèvement, ce qui surprend grandement Jean-Jacques. L’axe du bateau et ses axes parallèles lorsqu’on est assis sur les bancs du cockpit sont faciles à identifier, et les erreurs ne sont pas pires que celles liées à la parallaxe lors de la lecture sur le compas de route. La veille, j'ai refait un plein d'huile moteur à 18h ; la jauge étant descendue au premier tiers, j'ai rajouté l'équivalent d'un grand verre d'huile.  

Le lever du soleil se fait au-dessus d’une barre de nuages, ce qui fait qu’aujourd’hui je ne pourrai pas noter l’heure exacte de son apparition au-dessus de l’horizon. Nous faisons route au moteur, la GV hissée pour nous stabiliser. La mer est plate, et il n’y a rien à tirer du vent. Peu avant dix heures, j’aperçois un aileron et je fonce sur le balcon. Là, surprise, deux dauphins, puis trois, jouent devant l’étrave, juste en dessous de moi. L’iPhone en fera une jolie vidéo que j’offre aux lecteurs de ce blog, de loin plus sympa que tout ce qu’on peut obtenir des malheureux dauphins prisonniers des parcs aquatiques du monde entier. Vers 11h20 la barre de nuages a disparu de l’horizon ; des cirrus annonciateurs du mauvais temps apparaîtront dans l’après-midi, mais Jean-Jacques prend en souriant mes avertissements et n’en tient aucun compte. 

Coucher de soleil 070815

A 11h45, May nous sert le déjeuner, une ratatouille à sa façon. A 14h45 Jean-Jacques nous annonce que la météo prévoit en italien et en anglais des vents de nord-est de trois nœuds. Au lieu de foncer sur Reggio à 1800 tours/minutes, il impose de garder le moteur en marche lente, et décide de tenter de partir vers la côte est de l'Italie, sans toutefois remonter plus que le cap 90°. On finit par prendre le cap 110°, suffisant pour regonfler très légèrement les voiles, et réduire le moteur à 1400 tours/minutes ; à cette allure, on perd bien sûr quelques heures devenues précieuses. A 16h Jean-Jacques se rendra compte que cela ne sert à rien : le vent à 10m est quasiment absent, et le peu qu’il y a n’a pas de direction franchement marquée. D’autre part, à l’est, les ports susceptibles de nous accueillir ne sont pas légion. Le plus « attirant » est Gioia Tauro, « le plus grand port de containers d’Europe ». Retour sur notre route d’origine.

Je fais un point à 17h36. Depuis le point de 14h16 nous avons parcouru 9M, à une vitesse moyenne de 2,7kt. Je réitère mes avertissements concernant la météo, sans effet. Jean-Jacques préfère écouter la météo qui grésille en italien sur le canal 68 de la VHF, que nous n’avons pratiquement pas cessé de capter en mer Tyrrhénienne. A 18h Michel décide alors de se baigner ; je ne suis pas très partisan des baignades en haute mer ; je lui impose le port d’une aussière nouée par un nœud de chaise autour de la taille et je coupe le moteur. Jean-Jacques décide d’en faire autant. J’ai alors deux très beaux appâts au bout de leur ligne. A 20h36, nous n’aurons parcouru que dix milles de plus en trois heures, et le ciel est devenu plus inquiétant.

Photos : lever du soleil, 070815 ; dauphin en mer Tyrrhénienne, 070817. Auteur : Ph. Bensimon

Dauphin en mer Tyrrhénienne, 070815