Lever de soleil à trois milles des côtes d'Amorgos 181015

Entre chiens et loups, à côté de Nisidhes Liadhi, 181015 6h55

Dimanche 18 octobre. Première nuit de navigation. Le vent a molli brusquement vers une heure du matin. Jusque-là on avait réussi à tenir plus de 6 nœuds en vitesse fond, et on décide de continuer en pur voilier. Pour récupérer un peu de vent nous avons abattu au 265. Nous faisons des quarts à deux, avec moi en permanence dans le cockpit mais m'accordant des moments de somnolence, et mes deux équipiers assurant des quarts de trois heures relativement informels. A 2h29 je fais un point ; j’ai réussi à dormir une demi heure sur la banquette du cockpit. Nous sommes au sud du phare d’Ak Spano, à la pointe est de Nisos Levitha, et nous suivons notre route au 275. Nous avons treize nœuds de vent apparent, à 35/40 degrés de l’axe du bateau, et nous avançons très doucement : en trois heures nous avons couvert à peine huit milles. Je renvoie environ 90% de la GV. Le bateau est revenu dans ses lignes, au point que je peux m’allonger dans le cockpit sur la banquette à la contre-gîte. Nous sommes encore à 15 M de l’îlot Liadhi, et avons désormais deux heures de retard sur le plan de navigation. Deux heures plus tard nous avons progressé d’à peine sept milles, toujours en direction de la passe entre Liadhi et Kinaros. Trois cargos qui se suivent passent devant nous ; nous sommes sans doute en train de croiser une route régulière, et nous nous détournons un court moment pour passer derrière le dernier navire.

Lever de soleil sur Ak Prasino (Est d'Amorgos) 181015

A 6h55, l’aube nautique commence à poindre. Le vent d’ouest est résolument contre nous, et le génois passe à contre dès qu’on touche au cap 283. Une petite mer s’est formée, et les vagues, loin de nous accompagner freinent notre progression. Vers 7h30 on décide de mettre un peu de moteur pour appuyer les voiles et contrer les vagues. Le moteur n’est pas très puissant ; je ne me souviens plus du descriptif du bateau, mais j’estime qu’il doit faire une trentaine de chevaux. Le lever du soleil dans notre dos est superbe, dans une légère brume avec Nisidhes Liadhi au premier plan ; il éclaire de rose les premières falaises d’Amorgos, celles du cap Ak Prasino, le point le plus à l’est d’Amorgos. On en est à 3 milles environ. Nous allons suivre la côte et les falaises d’Amorgos tout au long de la matinée. L’île tombe à pic dans la mer, comme souvent en Méditerranée ; près d’une tête rocheuse battue par les vagues, juste avant la baie de Kalotiri, notre sondeur indique des fonds de 100m. Pas étonnant que Luc Besson ait choisi cette île pour tourner une partie du « Grand Bleu ». Vers 9h30, la côte s’infléchissant un peu vers l’ouest, on a récupéré suffisamment de vent pour pouvoir éteindre le moteur. Nous arriverons cependant à Katapola vers midi trente au lieu de neuf heures. Katapola est un petit port très joli situé au fond d’un fjord profond. Nous avons trouvé place dans l’angle du quai d’honneur, juste avant le quai des cargos ; il faut s’amarrer en sortant un peu le nez du bateau du quai pour ne pas taper de l’arrière contre l’arrondi de l’angle du quai. Le lieu est calme, absolument pas rouleur, et semble protégé de tout tant le fjord est profond. Initialement, notre plan de route prévoyait une courte escale de quelques heures en ces lieux et une reprise de la mer mers midi pour gagner Naxos et y passer la nuit.

L'entrée du fjord de Katapola 181015

Le retard pris et la beauté du site m’ont conduit à proposer à mes équipiers de passer l’après-midi et la nuit à Katapola, et de partir demain directement pour Santorin. Tant pis pour Naxos, cela nous permettra de prendre un peu plus de temps pour voir Amorgos. De toute façon, aller maintenant à Naxos conduirait à y arriver de nuit pour en repartir quelques heures plus tard au petit jour.

Ktapola au fond de son fjord 181015

Mes compagnons acceptent l’idée, d’autant plus que Marie-Laure dont c’était la première nuit de navigation a très peu dormi – au passage bravo pour sa tenue des quarts. Cette décision prise, nous déjeunons à bord (pastèque en entrée, spaghettis, et deux fromages grecs à pâte dure). Mes amis font une petite sieste pendant que je travaille et peu, puis ils partent visiter pendant que je m’installe au café en face du bateau, à une table proche d’une prise de courant où je peux brancher mon ordinateur. Je commande un « Nescafé » (c’est le nom local de l’expresso, qu’on me servira par erreur avec du lait), et travaille jusqu’à six heures.

Le Dimitrios, sur la même bitte que l'Orpheus 181015

Dans l'après-midi, un cargo grec de 75m construit en 1964, le « Dimitrios », a pris place près de nous, mettant ses aussières sur les nôtres sur la même bitte d'amarrage. Mes équipiers me récupèrent alors pour prendre l’apéro à bord (avec des bières grecques, nous n’avons pas encore touché à la bouteille d’Ouzo). Durant l’apéritif, nous enregistrons une alarme batterie. Je vais faire tourner le moteur contre les aussières deux petites heures pour les recharger, en vérifiant que je n’enfume pas les bateaux voisins. Nous dînerons ensuite avec des pommes de terre cuites à l’eau servies avec du beurre grec et un prosciutto italien. En dessert, je découvre le yoghourt grec au miel (mettre deux grosses cuillères à soupe de yoghourt à la grecque pour deux cuillères à soupe de miel) : c’est excellent ! Au cours de la semaine nous arriverons ainsi à bout de deux kilos de yoghourt à la grecque et de pas loin d’un gros flacon de miel liquide, très doux… C’est dire l’excellence de ce dessert, qui a aussi participé à nos petits déjeuners.

Philippe ayant besoin d’une petite heure pour se réveiller et prendre son petit déjeuner sous peine de risquer d’être malade en mer, nous décidons de nous réveiller le lendemain à sept heures et de partir à huit heures. J’ai préparé un plan de navigation pour aller à Santorin ; nous aurons un peu moins de 37 milles à parcourir, et j’estime notre arrivée à Santorin aux alentours de seize heures. Après la fin du dîner mes équipiers vont se coucher de bonne heure. De mon côté je vais faire le tour de la baie ; elle est très belle de nuit, et je reviendrai demain matin pour prendre quelques photos des églises qui surplombent la baie.

Ce n'est pas un jouet (Katapola, 181015)

Durant ma balade nocturne je suis passé devant des petis bateaux de pêche, et un bar nommé « Le Grand Bleu ». Sa terrasse est accueillante ; son propriétaire est un Grec qui parle parfaitement le français. Il m’a parlé de Lyon où il a vécu et des endroits qu’il aimait, de Fourvière et des cathédrales, etc. J’ai payé mon café 2,50 euros. Pas donné, le café en Grèce. Par contre, personne ne nous demandera rien pour la place du bateau.

Photos : Lever de soleil à trois milles des côtes d'Amorgos 181015 ; Entre chiens et loups, à côté de Nisidhes Liadhi, 181015 6h55 ; Lever de soleil sur Ak Prasino (Est d'Amorgos) 181015 ; L'entrée du fjord de Katapola (Amorgos) 181015 ; Katapola (Amorgos) au fond de son fjord 181015 ; Le Dimitrios, sur la même bitte que l'Orpheus à Katapola 181015 ; Bateau de pêche à Katapola 181015 ; Orpheus au quai de Katapola 181015. Auteur : Philippe Bensimon. Un album des vingt plus belles photos de cette croisière sera publié prochainement sur ce blog.

Orpheus au quai de Katapola 181015