A 8h40, le soleil est bas sur la caldeira de Santorin 201015

Catas sur corps-morts devant Oia, 201015

Mardi 20 octobre. Réveil tardif vers 8h. Mes coéquipiers sont déjà debout depuis une demi-heure. Aujourd’hui rien ne nous presse. A 9h nous sommes encore en train de prendre le petit déjeuner dans le carré. Le temps est beau, avec quelques nuages qui se dissiperont dans la matinée et peu de vent ; la mer est plate dans la caldeira de Santorin. Le corps-mort n’a pas bougé durant la nuit. J’ai déjà depuis quelques années Anchor Watch, une appli bien pratique sur mon iPhone qui m’alerte en cas de dérive exagérée de mon bateau au mouillage ; je l’ai installée sur mon iPad et testée cette nuit. La conclusion du test est que l’appli - qui recourt en permanence au GPS - est trop gourmande en énergie pour les batteries de l’iPad, que j’ai retrouvées déchargées le matin. Il faudrait sans doute installer l’iPad sur la table à cartes, branché sur la prise 12V du tableau électrique. Sur l’Orpheus dont les batteries de servitude semblent très faibles, cela paraît irréaliste. De plus il n’est pas dit que le son de l’alerte porte jusqu’à la cabine avant et puisse me réveiller en cas de dérapage de l’ancre.

Oia 201015

A 9h30 je dépose Philippe et Marie-Laure avec l’annexe au quai des caïques, au pied des falaises d’Oia, puis je repars vers le bateau. Le moteur de l’annexe, un Toshiba visiblement vieux et fatigué, a du mal à démarrer. Au bout de quelques mètres il s’arrête et refuse tout service : il est en panne d’essence. Au lieu de le remplir, l’employé de Dream Yacht à Kos a du se contenter de mettre quelques gouttes de carburant, juste le nécessaire pour le faire démarrer et nous montrer qu’il fonctionne lors du check-in du bateau. Heureusement les conditions sont favorables et je regagne le bateau en pagayant sans trop de difficulté. Là, je récupère dans le coffre bâbord du cockpit la nourrice et retourne dans l’annexe faire le plein d’essence du petit moteur. En 2012 j’avais déjà eu un problème similaire avec un First 34 loué à Port-Grimaud, qui m’avait été livré avec le moteur de l’annexe vite d’essence. Le problème avait été un peu plus conséquent : il n’y avait pas de nourrice d’essence sur le bateau. J’en avais déduit qu’il fallait impérativement contrôler le plein du moteur hors-bord avant de partir sur un bateau de location. A Kos, j’avais cru que le fait de voir l’employé de Dream-Yacht verser de l’essence dans le réservoir me dispensait de cette vérification… Je suis trop optimiste, lol.

Dans la caldeira de Santorin 201015 8h40

Village sur la falaise de Santorin 201015

Le temps de faire le plein et rentrer sur le bateau, le téléphone sonne : M. Kanalis, le manager de la base à Kos, m’informe que le technicien ne pourra pas venir à Oia, et que nous devons aller réparer à Vlikadha. Vlikadha est une marina au sud de l’île, la seule de Santorin, à environ deux heures de navigation. Zut ! Mes coéquipiers sont en train de visiter l’île et je découvre en les appelant qu’ils ont éteint leur portable. Je laisse un message sur leur répondeur et des sms, en espérant qu’ils rallument de temps en temps leur téléphone. Pour gagner du temps, je récupère le moteur de l’annexe et le remonte sur sa chaise sur le balcon arrière. Puis je remonte l’annexe sur le pont, à l’avant du mât. Elle est lourde, et j’ai un peu de mal à la sortir de l’eau et à la faire passer au-dessus des filières ; quelques kilos de plus et j’aurais été obligé de la sortir avec une drisse. Philippe me dira plus tard m’avoir vu faire depuis le haut des falaises ; mais sans que cela l’inquiète particulièrement. Je réessaye à plusieurs reprises de joindre mes coéquipiers, sans résultat, avant de me résoudre à partir sans eux : je reviendrai les rechercher dans la soirée, une fois la réparation effectuée. 

 

D’une façon comme d’une autre, il n’y a pas d’autre solution si nous voulons réparer et quitter Santorin ce soir comme prévu. Je récupère donc les deux aussières passées sur le corps-mort et je pars en marche arrière, le plus rapidement possible avant qu’une petite houle maligne me m’ait jeté sur le rivage. Je constate que le bateau va vite et passe bien dans l’eau en marche arrière, sur ce plan d’eau sans aucune vague. Passer en marche avant nécessite désormais de stopper le moteur et descendre dans le carré manœuvrer à la main l’inverseur ; je choisis de rester en marche arrière jusqu’à ce que je sois au milieu de la caldeira. Une fois en eau libre, j’établirai tranquillement les voiles, puis, sous pilote automatique, j’irai manœuvrer l’inverseur à un moment où aucun danger ne sera en vue.

Dans la passe ouest de Santorin, 201015

Curieux spectacle que celui que je dois offrir du haut des falaises ! Attirés par la vision étrange de ce bateau qui navigue en marche arrière, mes coéquipiers qui me voient depuis Oia s’en amusent d’abord, puis réalisent qu’il s’agit de leur bateau qui quitte l’île et rallument leur téléphone pour savoir ce qui se passe. Comme je ne suis pas encore très loin, nous convenons que je vais venir les récupérer avec l’Orpheus au quai des caïques ; le temps que je revienne leur laissera approximativement le temps de redescendre des falaises ; j’ai même le temps d’aller trifouiller en bas pour passer la marche avant.

Cote ouest de Santorin 2 201015

Plutôt que de stopper le bateau que j’amène en avant lente le long du quai en tournant une aussière sur celui-ci, mes coéquipiers choisissent d’embarquer à la volée ; à midi nous sommes réunis sur l’Orpheus, et en route pour Vlikadha. A 12h54 nous sommes sortis de la passe ouest de la caldeira, et voyons au 90 le phare du cap Ak Akrotiri qui ferme le côté sud de la passe. A l’extérieur de la caldeira, la mer est toujours très calme, les vagues n’excédent pas dix ou quinze centimètres. Il n’y a toujours pas de vent, et nous allons continuer au moteur. A 13h51 le bateau défile devant le musoir de la marina de Vlikadha. Le guide Imray indique que derrière le musoir le fond est peu profond et que plus on s’avance et moins il y a de fond ; de toute façon, dès qu’il nous voit un employé du port nous fait signe de nous mettre à couple d’un autre bateau, un Bavaria 46 occupé par des germanophones dont un parle un peu français. L’ayant vu trop tard et doté d’un peu trop d’élan, je dois refaire la manœuvre pour me ranger le long du bateau.

A couple à Vlikadha 201015

Vlikadha 201015 1

Une fois amarrés à couple, nous déjeunerons rapidement. Le réparateur arrive un peu avant quinze heures, et commence par ouvrir le logement du compas de route, puis la façade de la colonne de barre, avant de s’intéresser au trajet du flexible de l’inverseur, accessible depuis la cabine arrière tribord. Ayant démonté le flexible, il part chercher une pièce neuve. Nous profiterons de son absence pour aller à la capitainerie où un employé de la marina nous a demandé de passer.

L'intérieur de la colonne de barre 201015

A 15h30 la capitainerie est fermée, et rien ne dit à quelle heure elle rouvrira. Nous en profitons pour acheter quelques bricoles alimentaires, des tomates, des yoghourts et du pain au market, dont la caisse est tenue par une jeune femme d’une vingtaine d’années parlant parfaitement l’anglais. J’en profite pour ramener une bouteille de vin blanc d’Assyrtiko, un cépage endémique de Santorin. Santorin est sans doute le plus ancien vignoble connu au monde (cf.article publié sur le blog le 18 avril 2015 : « Croisière en voilier à Santorin et œnologie ». Les yoghourts sont un peu chers, de l’avis de Marie-Laure qui compare les prix avec ceux qu’elle a vu affichés le matin même à Oia. La réparation une fois terminée, nous quittons le port de Vlikadha vers 17h30. Quelques minutes après j’installe deux lignes de traîne, dont l’une, mal fixée, ne va pas tarder à disparaître. Ce sera la seconde ligne de traine perdue lors de cette croisière, la première ayant sans doute été dévorée par un gros poisson. Nous ne repasserons pas dans la caldeira. Nous allons longer vers le nord-ouest les côtes de Santorin, puis continuer toute la nuit au cap 287° sur un peu plus de 58 milles en direction de Milos où nous aborderons demain au port d'Adamas en fin de matinée. Nous y ferons une brève escale, avant de repartir pour Serifos où nous arriverons demain dans la soirée.

La capitainerie de Vlikadha 201015

Pour l'instant la mer est toujours calme ; quelques cirrus transparents, formés de cristaux de glace en haute altitude, annoncent le changement du temps. A 20h, nous sommes grosso modo cinq milles à l’ouest de la passe ouest de la caldeira de Santorin ; le vent s’est levé, pour atteindre 24 nœuds à l’anémomètre (moins de 20 nœuds réels en fait, nous sommes au près serré). Vers 21h je me suis attaqué à la préparation des spaghettis, mais la bouteille de gaz est tombée en panne avant que l’eau ne se mette à bouillir ; on la changera demain. J’utiliserai l’eau déjà chaude des spaghettis pour nous préparer des soupes instantanées, et Marie-Laure nous préparera des petits sandwiches avec du jambon et du fromage ; cela fera notre repas du soir. Philippe après m’avoir aidé à rentrer un peu de toile va se coucher, et Marie-Laure qui est malade depuis le début de la soirée le suit de peu. Je pense que la déshydratation – elle ne veut pas boire pour ne pas avoir à aller aux toilettes – et aussi peut-être un peu la faim y sont pour quelque chose. Vers dix heures vingt le pilote automatique s’est mis en grève - sans que les conditions de mer soient pour autant difficiles - et j’ai commencé à barrer ; je le ferai une bonne partie de la nuit. Sans que nous puissions savoir exactement pourquoi, le pilote s'est déconnecté à deux reprises au cours de cette croisière ; après quelques heures d'arrêt, il a à chaque fois pu reprendre du service sans difficulté.

Photos : A 8h40, le soleil est bas sur la caldeira de Santorin 201015 ; Catas sur corps-morts devant Oia, 201015 ; Oia 201015 ; Dans la caldeira de Santorin 201015 8h40 ; Village sur la falaise de Santorin 201015 ; Dans la passe ouest de Santorin, Ak Akrotiri, 201015.jpg ; Cote ouest de Santorin 2 201015 ; A couple à Vlikadha 201015 ; Vlikadha 201015 1 ; L'intérieur de la colonne de barre 201015 ; La capitainerie de Vlikadha 201015 ; Adieux à Santorin - baie de Karpathos 201015 ; Auteur : Philippe Bensimon

Adieux à Santorin 201015