La côte ouest de Milos, 211015

Têtes de roches à Paximadhi au sud de Milos 211015

Mercredi 21 octobre : A 1h54 le pilote automatique est toujours en grève. Je barre à la main au près, en route pour Milos dans un cap aussi proche que possible du 287°. On a un petit force cinq. A 2h39 nous sommes à envron 5 milles dans le 246° du phare d’Ak Aspropounda, sur la côte ouest de Nisos Folégandros ; nous avons parcouru à peu près 25 milles en six heures. Nous continuerons ainsi sur une route un peu trop au nord, qui nous offre un près un peu moins serré, jusqu’à arriver à moins de deux milles au sud du milieu de la côte sud de Milos. Là, nous virerons de bord à 6h22 pour revenir vers notre route initiale et laisser bien à tribord les dangers de Paximadhi. A 6h45 nous croisons un cargo au pont violemment éclairé en train de déverser dans la mer une cascade de substances sans doute fort polluantes. J’ai pris des photos et une vidéo de ce cargo ; malheureusement son nom reste indistinct. Au lever du soleil le vent s’est calmé, nous n’avons plus que onze nœuds de vent apparent à l’anémomètre ; nous marchons toujours au près au près dans une mer calme. J’ai rentré le génois qui battait pour rien, et gardé des deux tiers de grand-voile établis durant la nuit. A 7h08, le point m’indique que je suis suffisamment revenu au sud, et nous continuons sur 3,5 M au 270° jusqu’à l’îlot Paximadhi et son phare noté (2)15s. Avec leurs visions à douze dixièmes, mes équipiers sont tous deux arrivés à voir les éclats de ce feu ; j’en ai été incapable.  C’est regrettable car cet îlot est très dangereux, avec des têtes de roche qui émergent tout autour au ras de l’eau ; un coin vraiment très méchant. Vers 7h55 nous passons au sud de l’extrémité sud-ouest de l’île de Milos. Nous laissons à tribord Paximadhi, puis les roches affleurantes fort impressionnantes ; par grosse mer ces roches doivent devenir complètement invisibles et l’écume qu’elles génèrent doit se confondre avec les moutons. Peu après 8h nous prenons le cap 360 pour remonter le long des côtes ouest de Milos.

Le quai d'Adhamas 211015

Orpheus au quai d'Adhamas 211015

A 9h55 nous sommes à l’entrée du fjord d’Adhamas, la principale ville de Milos. C’est un fjord vraiment extraordinaire, superbe, qui donne accès au cratère aujourd’hui submergé de l’île : Ormos Milou. Milos a été créée comme Santorin par l’éruption d’un ancien volcan. C’est là qu’un fermier recherchant des pierres pour bâtir un mur a mis à jour la Vénus de Milo alors encore pourvue de ses bras. Nichée dans une anse au nord d’Ormos Milou, Adhamas est faite de petits immeubles de deux étages, plus rarement trois, aux volets bleus ou marrons ; elle est dominée par une église blanche avec un clocher élancé sommé d’une coupole bleue. A 11h30 l’Orpheus est amarré tout seul le long du quai d’honneur, la ville est pratiquement déserte en cette saison. Des équipements eau/électricité sont prévus, que nous n’utiliserons pas. La capitainerie est proche ; tout semble fermé, personne ne nous demandera rien pour les quelques heures que nous passerons à Adhamas. La mer est grise aujourd’hui, le ciel est gris. A midi et demi Marie-Laure nous sert coup sur coup le petit-déjeuner et le déjeuner dans le carré : tartines confiturées puis spaghettis à la purée de tomates, avec chacun un œuf au plat, et en dessert notre désormais traditionnel yoghourt à la grecque au miel. Un délice !

Café à Adhamas 211015

Après une sieste d’une demi-heure, Philippe et son épouse s’en vont visiter Adhamas, pendant que je m’installe à la terrasse d’un bar face à la mer pour travailler. Le nom du bar en grec signifie « le chasseur ». J’ignore quels gibiers poursuit ce chasseur, mais l’accueil y est très sympathique. Le café « lungo » (équivalent de notre expresso) y est à 2 euros comme partout en Grèce, mais ici il est offert avec une bouteille d’eau minérale qui a elle seule en France vaudrait plus que le café. Après m’être brossé les dents dans les toilettes du bar je rentre à bord, largue les traversières, les range dans le cockpit et attends le retour de Philippe et Marie-France. Ils sont repartis à la recherche des WC du port. Les locaux de la marina ont l’air fermés, grillagés. Entre Santorin et Adhamas, je crois que je préfère Adhamas. Certes Santorin offre un paysage exceptionnel avec ses hautes falaises ; mais ici c’est sympa, très accueillant. Adhamas est déjà une grande ville, mais une « grande petite ville » très protégée. Adhamas me paraît plus authentique, et le décor de cette ville blottie au fond de son fjord a quelque chose de magique.

Village à la sortie d'Adhamas 211015 3

A 14h10 nous larguons les amarres ; nous sommes en route pour Livadhi, un port de Nisos Serifos où nous passerons la nuit. Nous avons deux heures de retard sur le planning, mais cela n’est guère important ; nous arriverons à Livadhi vers 19h30 au lieu de 17h30. Une demi-heure après avoir quitté le port d’Adhamas, nous passons en rive droite du fjord devant un petit village les pieds dans l’eau. Philippe l’a repéré à l’aller et souhaite faire des photos des volets multicolores du village. Comme souvent en Grèce, il est surmonté d’une chora, qui le domine depuis la crête où elle est installée. 

Capture d’écran 2015-11-19 à 21

Vers quinze heures dix nous arrivons vers la sortie du fjord, marquée de deux têtes de roche émergeant de plusieurs mètres qui ont l’air de se regarder l’une l’autre. Nous faisons un prudent détour, puis hissons complètement les voiles. Philippe est à la barre ; nous prenons le cap 021°. A 15h21 nous laissons à bâbord une île avec un phare accolé à ce qui paraît être un fortin désaffecté ; ce doit être Nisos Andimilos. Une chapelle adossée au flanc de la colline semble la seule autre construction de l’île. 

Le temps change 211015 15h19

A 17h12 on a réduit la toile de moitié ; nous sommes en train de passer sous un grain. Tout est couvert. J’ai confié la barre à Philippe, et me cantonne dans le rôle que je préfère, celui de spectateur attentif.  Comme chaque jour j’ai proposé à Marie-Laure de prendre la barre, et comme chaque jour elle a décliné l’invitation en disant « plus tard » ou « demain ». C’est un peu dommage en terme de sécurité ; si je tombais à l’eau inanimé à un moment où le pilote automatique ne fonctionne pas, Philippe serait coincé à la barre et Marie-Laure aurait les plus grandes peines à me remonter à bord. Mais je sais aussi que la forcer à prendre la barre alors qu’elle n’en n’a pas envie ne serait pas un bon plan. L’anémomètre indique vingt nœuds ;  on est quasiment au vent de travers, avec le vent à 100 degrés de l’axe du bateau. La météo annonçait 5 à 6 beaufort, on en a cinq.

Serifos 211015 18h11

A 18h11, Serifos est droit devant nous. Au sud-est de l'île, Livadhi est un petit port blotti au fond d’une baie profonde que nous mettrons un peu de temps à remonter de nuit. Etroite, orientée nord-sud et ouverte au sud, la baie semble offrir une bonne protection ; notre guide met cependant en garde contre les rafales du meltem qui descendent des collines. Je reprends la barre pour terminer l’approche tandis que Philippe et Marie-Laure préparent les pare-battages et les aussières. Le port, à main gauche quand on s’enfonce dans la baie, fait l’objet de travaux, avec la construction de ce qui semble une nouvelle jetée (inachevée) entre le môle des ferries et la jetée des plaisanciers, et surtout d’un quai parallèle aux terrasses des cafés, compris entre les deux jetées. Ce quai ne figure pas sur l’édition 2012 du guide Imray/Vagnon de Rod et Lucinda Heikell, qui mentionne cependant l’existence de travaux. Gagné sur la mer, il occupe l’ancienne zone marquée « < 1m » sur le guide et offre aujourd’hui une bonne profondeur. Un voilier et un catamaran y sont amarrés ; Philippe repère une place disponible entre les deux. A 20h30 l’Orpheus est amarré avec pointes et traversières le long de ce nouveau quai, encore séparé de la « croisette » de la ville par une dizaine de mètres de terre battue. A 20h55 nous finissons de dîner à bord ; je terminerai la soirée dans un des bars du port (il y en a toute une série, côte-à-côte le long de la « croisette »). Celui que j’ai choisi me fournira jusque vers minuit l’électricité, les profondes banquettes, le café long (accompagné d’une petite part de quatre-quart) et l’accès internet dont j’ai besoin.

Photos : La côte ouest de Milos, 211015 ; Têtes de roches à Paximadhi au sud de Milos 211015 ; Le quai d'Adhamas 211015 ; Orpheus au quai d'Adhamas 211015 ; Café à Adhamas 211015 ; Village à la sortie d'Adhamas 211015 3 ; Roches à la sortie de la baie d'Adhamas 211015 ; Le temps change 211015 15h19 ; Serifos 211015 18h11 ; Orpheus à quai à Livadhi (Serifos) 211015. Auteur : Philippe Bensimon 

Orpheus à quai à Livadhi (Serifos) 211015