Départ du golfe de Porto 2 221215

Petit déjeuner après le cap de Feno 221215

En route pour les Sanguinaires, l'équipage 221215

Mardi 22 décembre : La nuit a été un peu agitée. J’ai entendu comme un petit coup sur la coque à un moment, et je suis monté à deux reprises voir ce qui se passait sur le pont. Rien ne paraissant anormal, je suis redescendu me coucher après avoir vérifié l’amarrage du bateau. Un peu plus tard le phénomène s’est reproduit sans que je me dérange. Au milieu de la nuit par contre un bruit plus violent m’a fait monter en catastrophe sur le pont, mon slip à peine enfilé. Benjamin, qui dispose d’une trappe d’accès direct au roof arrière depuis sa cabine, y était déjà. En examinant la coque à la lampe torche, nous repérons la cause du problème : une roche arrondie proche de la quille, de la taille d’une tortue marine. Les vaguelettes nocturnes les plus fortes, en tendant les aussières et en déplaçant latéralement le bateau, parvenaient à faire légèrement toucher la quille de notre Rêve d’Antilles sur cette pierre, provoquant les petits coups perçus en début de nuit. Et une vague beaucoup plus forte vient de soulever le Choucas et le reposer sur la pierre. C’est ce qui m’a réveillé. De son côté Benjamin a entendu un coup de feu, et, quand il est arrivé sur le pont, a vu les phares d’une voiture qui s’éloignait. Il n’y a peut-être pas que les fantômes et les amoureux qui fréquentent la nuit le vieux port abandonné de Portu ù Castagna. Nous rectifions l’amarrage en rallongeant l’aussière avant (détendue à l’aide d’un Machard) et en reprenant le mou sur l’aussière arrière pour éloigner la quille du Choucas de la pierre arrondie sur le fond, et retournons nous coucher. Nous verrons quand il fera jour si le choc avec la pierre a causé des dégâts sur la quille du Choucas.

Hissage de la GV 221215

Le cap de Feno 221215

A 7h je me réveille et monte sur le pont, et Benjamin m’y rejoint cinq minutes après. Il prend l’annexe, va libérer l’aussière avant, et prend à la rame la direction du récif. Pendant ce temps je largue l’aussière arrière, recule très doucement sur deux mètres pour ne pas risquer de la prendre dans l’hélice, et sors du mouillage en marche avant douce. A 7h26 nous sommes tous réveillés, le Choucas est libéré de ses aussières, et nous attendons à une cinquantaine de mètres au large du récif le retour de Benjamin, parti avec l’annexe sur celui-ci pour récupérer l’aussière arrière. La mer est plate, le vent absent, et le ciel lourd de nuages gris qui vont jusqu’à l’horizon. Quinze minutes après nous avons récupéré Benjamin, hissé l’annexe sur le pont, démonté ses planchers et mis le cap en direction d’Ajaccio. Je noterai sur mon journal de bord : « Tout s’est passé très vite – moins de quarante minutes depuis mon réveil » et je suis heureux du timing. Pour le moment, nous sommes toujours dans le golfe de Porto et nous longeons les « calanques » de Piana en direction de Capo Rossu. Valérie est à la barre ; le moteur est réglé sur 1800 trs/mn et nous procure 5 nœuds. Il n’y a pas un souffle de vent. J’ai monté les petits déjeuners dans le cockpit, et tout le monde bavarde tranquillement. Vers 8h45 les nuages se fragmentent en rues plus ou moins régulières, entre lesquelles apparaît un ciel d’azur pastel. Nous finissons de rentrer les pare-battages mis en place « au cas où » durant la nuit. La température est encore fraîche et nous avons tous notre veste de quart.

Le cap de Feno 2 221215

A 9h21 nous voyons Capo Rossu au 90°. Benjamin et moi venons de rentrer l’annexe dans la cabine avant en la passant par le capot. Le ciel bleu a gagné son combat contre les nuages ; Benjamin et Valérie hissent la grand-voile et nous sortons le génois. Notre route fond devrait être plein sud ; pour avoir un près un peu moins serré et nous passer du moteur nous prenons un peu d’ouest, du côté du 220°.

Benjamin à la barre 221215

Benjamin prend la barre tandis qu’Evelyne nous apporte un petit café et une brioche dans le cockpit. A 10h nous sommes à l’est du golfe de Topidi, par 42°11’ de latitude nord. Nous filons 3,7 nœuds pour 9 nœuds de vent apparent au près serré ; je vais mettre un peu de moteur pour revenir à cinq nœuds. On a des toutes petites vagues de 15 à 20 cm de haut. J’ai fait un petit café. A 11h29 on voit au 60° la Punta d’Omigna, un petit cap avec sa tour génoise. Le bord de sud-ouest suivi depuis deux heures pour mettre un peu de vent dans les voiles nous coûte deux milles par heure, même avec l’aide du moteur à 1300 trs/mn. C’est trop par rapport à la vitesse obtenue. Je rentre le génois, remets le moteur à 1800 trs/mn ; le bateau reprend son rythme de croisière à 5 nœuds, en route directe vers les îles Sanguinaires.

J’ai bordé la GV, avec son chariot d’écoute complètement à bâbord. Vers 11h40 j’ai repris la barre ; nous sommes à environ 5 milles à l’ouest de Cargèse. Nous allons prendre un cap sud-sud-est pour aller déjeuner dans le petit golfe de Lava. C’est la dernière baie avant le cap de Feno, qui sépare le Golfe de Sagone de celui d’Ajaccio. Notre objectif est de mouiller l’ancre dans l’anse de Figuera, sur la côte sud du golfe de Lava.

Au soleil à l'ouest du Golfe de Lava 221215

Cap sur l'anse de Figuera 221215

A midi et quart nous sommes à l’ouest du golfe de Lava. La mer est devenue d’huile, il n’y a plus un souffle de vent et nous avons rentré les voiles. Le ciel est très pur, et seuls quelques petits nuages blancs s’accrochent aux reliefs et à l’horizon. Le soleil d’hiver plonge déjà dans l’ombre l’anse de Figuera ; par contre Portu Provençale, situé au nord-est tout au fond du Golfe de Lava est bien éclairé. Ca rajoute quelques milles, mais l’attrait d’un déjeuner au soleil nous motive. A 13h28 nous sommes au nord du cap de Feno, à l’entrée du golfe ; nous voyons distinctement la plage de sable clair de Portu Provençale, et les prairies d’un vert quasi anglais, très étonnant, coincées entre le village plus au sud et les sommets qui le dominent. 

A 14h nous mouillons l’ancre devant le village de vacances de Portu Provençale, à une encâblure de la plage, dans des fonds de sable d’environ 6m. De nombreuses bouées multicolores bordent le rivage, délimitant pour les unes des zones de baignade, les autres des chenaux traversiers, d’autres enfin servant de corps-morts. Aujourd’hui seules deux petites barques utilisent ceux-ci et la plage est déserte ; je pense qu’en été cette jolie baie doit être noire de monde et que les corps-morts doivent être tous occupés. Une toute petite chapelle, presque un oratoire s’y trouve ; une fumée s’échappe d’une maison du village un peu plus au sud. Importante, nous avons vu de loin son panache gris.

Portu Provençale 221215

Baignade devant Portu Provencale 221215

A 14h19 Benjamin décide de faire un plouf. L’eau est pure, et ça fait envie. Je lui passe mon masque et mes palmes ; il inspecte la quille et remonte en annonçant juste quelques éraflures. A première vue les dégâts de la nuit sont très minimes ; j’en parlerai au propriétaire du bateau à notre retour. L’eau paraissant décidément très bonne, je rejoins Benjamin. Le premier contact est rude, mais au bout de quelques minutes mon corps s’habitue et c’est avec un réel bonheur que je fais la planche au soleil, lézardant à la surface dans un cadre idyllique, avec la coque jaune du bateau juste en face de moi. Pénalisée par une otite qu’elle traîne depuis plus d’une semaine, Evelyne qui adore l’eau ne pourra pas nous rejoindre malgré l’envie qu’elle en a. De son côté Enzo fera une tentative, mais n’ira pas au-delà d’une cheville dans cette eau qui doit faire 17°C. Nous restons dans l’eau une vingtaine de minutes ; puis remontons par l’échelle de bain amovible – un peu courte, un échelon supplémentaire serait le bienvenu – pour déjeuner en T-shirt dans le cockpit.

Déjeuner devant Portu Provencale 221215

Hissage de la GV 221215 2

A 15h10 les ombres s’allongent, il est temps pour nous de lever l’ancre et de quitter le Golfe de Lava en direction du cap de Feno et d’Ajaccio. Benjamin s’occupe à l’avant du guindeau, tandis que j’accompagne la manœuvre à la barre. A 15h40 nous levons la grand-voile, au nord de l’anse de Figuera. A 16h nous laissons au 90° le cap de Feno et les restes de la tour génoise qui le coiffe. La mer est toujours d’huile, et le soleil déjà très bas souligne les ombres et donne des couleurs chaudes aux rivages encore éclairés.

Coucher de soleil sur les Sanguinaires 1Un quart d’heure plus tard nous commençons à voir les passes des Sanguinaires. A 16h54 nous sommes dans la passe nord des Sanguinaires. Derrière nous le soleil plonge dans la Méditerranée, dans un festival de rouges, de roses et d’orangés ; les inox du bord prennent des reflets mordorés, et les moindres objets deviennent des œuvres d’art. Les bancs de nuages qui s’étaient cantonnés jusqu’ici sur les reliefs ont envahi le golfe d’Ajaccio ; une lune presque ronde parvient ça et là à se faufiler entre eux. La nuit est claire, et les lumières de la côte scintillent jusqu’à Ajaccio. Lorsque nous longeons les remparts de la ville nous appelons la capitainerie du port Tino Rossi, VHF d’abord et téléphone ensuite, sans succès. Nous prendrons le premier catway disponible, à côté du panneau lumineux au bout du ponton 8. A 18h45 le bateau est amarré.

Coucher de soleil depuis les Sanguinaires 221215

Courses à Ajaccio 221215

La lune sur la tour des Sanguinaires 221215

Nous fermons le Choucas et toute l’équipe prend la direction du centre ville. Benjamin, Enzo et moi nous faisons indiquer l’adresse de la boucherie la plus proche (excellente, elle s’appelle Fatacio, et se situe à l’angle de la rue Bonaparte et de la rue Pozzo di Borgo, la première rue qui monte depuis le port) ; nous y achetons de la viande hachée en vue des spaghetti bolognaise du soir ; il est 19h. Pendant ce temps, Evelyne et Valérie  sont parties acheter des loupes ; Evelyne a cassé les siennes sur le bateau et la colle cyanolite n’a rien pu pour réparer leur monture. Nous avons de la chance, les magasins ferment tard à Ajaccio. Nous prenons la rue Bonaparte et rejoignons Evelyne et Valérie au pied de l’avenue du Premier Consul. Evelyne vient de trouver une paire de loupes avec une jolie monture à un prix abordable. Un peu plus haut, le supermarché Spar du cours Grandval est encore ouvert ; nous y achetons quelques bricoles. Nous passons à la caisse à 19h24 et regagnons le bord.

Les Aiaccina 221215

Au passage nous croisons les petites navettes abondamment vitrées siglées « aiaccina », minibus qui s’arrêtent si l’on fait signe au conducteur. Développées par la Capa (Communauté de communes du pays ajaccien), ces navettes électriques gratuites sont adaptées aux personnes à mobilité réduite. Elles assurent plus de 60.000 voyages par an, et la Capa les a renforcées début décembre 2015 en augmentant le nombre des véhicules et en créant de nouveaux parcours. Une initiative écologique comme on aimerait en voir plus souvent dans nos villes.

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Le Golfe d'Ajaccio au clair de lune 221215