Choucas au port Tino Rossi 2 231215

Evelyne et Valérie devant la capitainerie du Port Tino Rossi 231215Mercredi 23 décembre 2016 : Réveil vers 7h30 ; à 7h45 tout le monde est dans le carré. A 8h je suis à la capitainerie, au bout du ponton. Là, un gendarme me dit que son équipe n’est pas encore arrivée et me demande de repasser dans une dizaine de minutes. Je lui demande le temps de prendre le petit déjeuner tranquillement avec mon équipage avant de revenir le voir et retourne à bord. Petit déjeuner. Benjamin et Enzo sont partis chercher un shipchandler où acheter des longes à frapper directement sur les gilets de sauvetage gonflables qu’ils ont amenés avec eux ; Evelyne et moi avons déjà les bouts nécessaires dans le matériel que j’ai apporté. Nous faisons quelques tentatives pour avoir de l’électricité aux diverses bornes situées dans le rayon d’action de notre câble, en vain. Je reviendrai à la capitainerie vers 9h. Un monsieur tout de noir vêtu, avec un manteau long évoquant Florent Pagny et les spaghetti-westerns m’indique que l’électricité est en panne aux pontons, et me montre gentiment les arrivées d’eau des bornes. Je suis un peu honteux de ne pas les avoir trouvées : elles sont simplement face à la mer sur les bornes d’électricité… Le personnel de la capitainerie du port Tino Rossi est très  sympathique. Je leur indique notre prochaine destination : Porquerolles, et notre heure de départ prévue : entre onze heures et midi, le temps de faire nos courses de Noël et de prendre du carburant. Le responsable de la capitainerie m’indique que la station-service est fermée l’après-midi, il ne faudra pas que nous prenions du retard sur notre planning. 

Choucas au port Tino Rossi 3 231215

Ajaccio au soleil 231215

A 9h15 je suis de retour au bateau ; le Choucas a fière allure avec sa coque jaune dans la lumière du soleil encore bas sur l’horizon. Benjamin et Enzo joints au téléphone nous apprennent qu’ils ont trouvé ce qu’ils cherchaient au port Charles d’Ornano (le second port d’Ajaccio) ; ils nous attendent sur un banc près de la pharmacie où Evelyne a trouvé ses loupes hier soir (une quinzaine d’euros je crois pour une paire de très jolies loupes). Dix minutes après, bateau fermé et poubelles vidées, Evelyne, Valérie et moi prenons le chemin du centre ville pour les retrouver. Nous devons retourner au Spar du cours Grandval pour y compléter notre avitaillement et surtout faire les courses pour le dîner du réveillon de Noël. Nous aurons une invitée supplémentaire à bord ce soir-là : Johanna, une jeune femme d’une vingtaine d’années que connaît Evelyne, qui est en stage à Marseille au Parc National des Calanques. Elle doit nous rejoindre à Porquerolles demain après-midi par la dernière navette.

Poubelles à Ajaccio 231215

A 9h35 le centre d’Ajaccio n’est pas encore complètement débarrassé de ses ordures et les poubelles sont entourées de cartons et autres déchets ; nous prenons la rue Fesch pour visiter un peu, acheter chez un opticien un cordon pour les nouvelles lunettes d’Evelyne et aussi trouver quelques cadeaux de Noël et autres souvenirs de la Corse à rapporter à nos amis. La journée s’annonce très belle ; il n’y a pas un nuage dans le ciel, et les Ajacciens prennent le café aux terrasses du Cours Grandval. A 10h nous sommes de retour au Spar. Je me chargerai du plat de résistance du dîner de Noël : j’ai prévu de faire des tournedos flambés au whisky avec une sauce au Saint-Agur. Le boucher du Spar n’a plus de filet bardé. Il en aura dans l’après-midi, et me propose éventuellement de repasser vers 11h30. 

Le choix des fromages corses, Ajaccio 231215

Ca ne fait pas du tout mes affaires et je décide - quitte a payer quelques euros de plus - d'acheter mes tournedos chez Fatacio, le boucher de la rue Bonaparte découvert la veille : il est sur le chemin pour retourner au port Tino Rossi. Pendant ce temps, Evelyne a fait la connaissance du jeune homme qui tient le rayon des fromages, et a acheté plein de fromages et de charcuteries corses destinés à ses parents et amis restés sur le continent. Le vendeur lui propose de mettre tout cela sous vide, de manière à améliorer la conservation des cadeaux, qu’on ne distribuera pas avant une bonne semaine. Tout cela prend du temps, et Evelyne attend encore ses achats, alors que nous avons déjà passé la caisse du magasin avec l’avitaillement du bateau. A 10h30 Benjamin et moi laissons Valérie attendre Evelyne devant le Spar et retournons à la boucherie Fatacio. Là, déception : le boucher n’a pas de filet bardé, et il y a la queue. Nous avons de la chance qu’il y ait encore du filet de bœuf pour faire des tournedos : les Ajacciens ont passé leurs commandes la veille, et les sacs tout préparés attendent sur la banque du magasin que les clients viennent les récupérer.

Spirographes sur le catway Ajaccio 231215

Le Choucas au quai des carburants Port Tino Rossi 2 221215

A 11h nous sommes revenus au Choucas. Je fais le plein des réservoirs d’eau ; en me penchant je découvre entre la coque et le ponton des superbes spirographes qui étalent leur panache. Ils sont fixés au flanc du catway et ne semblent pas gênés par la présence de la coque du Choucas à quelques centimètres d’eux ; sans doute s’y sont-ils habitués durant la nuit. Quelques photos et un peu de rangement plus tard, nous sommes en route pour le quai des carburants, au fond du môle qui protège le port. L’eau y est très pure, et on voit très bien tous les cailloux du fond. Je suis un peu étonné par le peu de consommation de carburant que nous avons fait : 73 litres depuis le départ de Port-Grimaud, soit 1,8 litres à l’heure environ. Je vais payer par carte bleue le carburant. En revenant à bord je vois le petit zodiac des douanes amarré juste derrière le Choucas ; il est venu faire le plein d’un jerrican rouge.

Départ d'Ajaccio 231215

Golfe d'Ajaccio 231215

Mouette dans le Golfe d'Ajaccio 231215

A midi pile nous sortons du port d’Ajaccio. Benjamin est à la barre, le golfe d’Ajaccio ressemble à un lac. Nous croisons un voilier (pratiquement l’unique voilier rencontré au cours de cette croisière), qui avance au moteur génois roulé ; puis la grosse bouée jaune, difficile à voir dans la pénombre hier soir. Une mouette s’est perchée dessus et observe, l’air méditatif. Nous laissons ensuite à bâbord un zodiac et deux petites barques de pêche ; ils sont peut-être en train de ramener un filet. A 12h30, c’est dans le cadre magnifique du golfe d’Ajaccio en hiver, avec des bleus très profonds, que nous déjeunons d’un poulet rôti acheté le matin même et de charcuterie corse : le lonzo (U lonzu), préparé avec du filet de porc noir de la race corse « porcu nustrale », élevé à l’automne et en hiver aux glands et aux châtaignes.

Déjeuner au Lonzo dans le Golfe d'Ajaccio 2 231215

Pêcheurs dans le golfe d'Ajaccio 231215

Une heure plus tard nous sommes devant la tour génoise de la Parata, édifiée en 1550-1551 par Giacomo Lombardo, et nous entrons à 13h38 dans la passe des Sanguinaires. Cap au 303°, nous entamons une traversée de 126 M vers Port-Cros et les îles d’Hyères. A 15h54, une petite risée nous donne envie de hisser la grand-voile. Enzo s’essaye au winch en pied de mât, bientôt relayé par son père. Cinq minutes après, c’est au tour du génois d’être envoyé, bâbord amures. Comme nous avons du temps, j’en profite pour faire voir à Evelyne le fonctionnement du sextant. Nous notons quelques relevés sur un bloc ;  je me dis qu’après un second relèvement je ferai voir un peu plus tard à l’équipage comment on trace une droite de hauteur (un vœu pieux qui ne s’est jamais réalisé, mais j’ai toujours les relevés, lol). A 17h30 Valérie nous apporte des boissons chaudes dans le cockpit. La lune s’est levée, et brille dans un ciel toujours dégagé, hormis une barre de nuages sur l’horizon.

Les Sanguinaires 231215

A 18h50, la nuit est là depuis longtemps déjà ; c’est l’heure de l’apéritif. A la question « que va-t-on grignoter avec l’apéro ? », la réponse fuse en chœur de l’équipage : « le lonzo ! ». il ne fait pas encore très froid. Un pur voilier est passé loin derrière nous, sans feu de mât, et aussi un navire des Corsica-Ferries, lui aussi assez loin derrière. Le pilote automatique tient bien le cap, réglé sur 1. Le moteur est réglé sur 1300 trs/minutes. Nous recevons 6 à 7 nœuds de vent apparent bâbord amures, à 30° du bateau ; le génois est entièrement sorti, à 15 cm des barres de flèche ; la grand-voile est bordée serré dans l’axe du bateau. L’équipage est parti pour tourner au whisky, et s’est attaqué aux Tucs. Lorsque nous nous sommes harnachés, à la tombée de la nuit, j’ai tenté de faire voir à l’équipage la façon dont je fais des nœuds de chaise. Méthode d’alpiniste dans laquelle on ne lâche jamais la corde et que j’exécute « dans le mouvement » en fermant les yeux. Le problème après est d’expliquer comment on fait ce nœud qui ne sert en alpinisme qu’à l’encordement et qu’on doit pouvoir exécuter de nuit sans risque d’erreur. Evelyne a du mal à suivre le mouvement, et nous voilà repartis dans l’histoire du serpent qui sort du puits, tourne autour de l’arbre et rentre dans le puits. Un de ces jours je publierai sur ce blog une vidéo de la réalisation d’un nœud de chaise d’encordement. 

Arrivée à la Tour de la Parata 231215

La cuisine du Choucas 231215

J’ai mis en place le routier sur la table à cartes, et rechargé la batterie de mon appareil de photo. On tire un peu moins de cinq nœuds en vitesse-fond. Il ne faut pas que nous descendions en dessous de cette vitesse : on a calculé en faisant le point à 17h qu’à 4,25 nœuds on prendrait trois heures de retard et qu’on raterait le rendez-vous avec Johanna. D’autre part, j’aimerais passer entre Port-Cros et l’Ile du Levant, pour faire voir à Evelyne et Benjamin la calanque de Port-Man ouverte sur la passe. C’est une calanque très protégée de tous côtés, abri idéal et cadre superbe – même si elle est très fréquentée en été. 

Le point au sextant 231215

A 23h02 je viens de faire un point ; on est exactement sur la ligne définissant notre route. Le GPS affiche un cap 296° pour une route fond de 303°, ce qui correspond bien à notre dérive estimée. On navigue à la limite entre le près et le bon plein, mais ca reste quand même du près ; nous tirons 5,3 nœuds en vitesse-fond (16 M en trois heures). Le speedo plein d’optimisme affiche 7 kt ; l’anémomètre indique 9 kt de vent apparent. Deux bateaux sont visibles sur bâbord, un cargo vers 9h30 et un autre loin à 11h. Les quelques nuages du soir sont partis vers le sud, et sont remplacés par d’autres qui, venus du nord en haute altitude, sont en train de passer au-dessus de nous et nous font perdre un peu de notre ciel étoilé. La mer est toujours très calme, les vagues ne dépassant pas quinze centimètres…

Photos : Choucas au Port Tino Rossi 1 231215 ; La capitainerie du port Tino Rossi, Ajaccio 231215 ; Choucas au Port Tino Rossi 2 1 231215 ; Soleil dans les rues d'Ajaccio 231215 ; Poubelles à Ajaccio 231215 ; Le choix des fromages corses, Ajaccio 231215 ; Spirographes sur le catway Ajaccio 231215 ; L'eau est pure au quai des carburants, Ajaccio 231215 ; Départ d'Ajaccio 231215 ; Golfe d'Ajaccio 231215 ; Mouette dans le Golfe d'Ajaccio 231215 ; Pêcheurs dans le golfe d'Ajaccio 231215 ; Déjeuner au Lonzo dans le golfe d'Ajaccio 231215 ; Les Sanguinaires 231215 ; Arrivée à la Tour de la Parata 231215 ; La cuisine du Choucas 231215 ; Evelyne fait le point au sextant 231215 ; La tour génoise de la Parata, 231215.  Auteurs : Pêcheurs dans le golfe d'Ajaccio 231215  ; La tour génoise de la Parata, 231215 : Evelyne Chadaigne. Autres photos : Philippe Bensimon.

La tour génoise de la Parata, 231215