Affiche Odyssée JY Cousteau

 

Affiche Odyssée Philippe Cousteau Capture d’écran 2016-10-14 à 14

Nous sommes allés voir hier soir le film de Jérôme Salle "L'Odyssée", avec Lambert Wilson, Pierre Niney et Audrey Toutou. Faire un film sur le Commandant Cousteau était une tâche malaisée, les facettes du personnage étant multiples. Jérôme Salle a choisi de faire l'impasse sur la plupart des choses qui aujourd'hui pourraient choquer dans le personnage de Cousteau, pour garder l'image du héros visionnaire découvreur d'un nouveau monde.

Et c'est bien ce qu'il fut. Très jeune, j'ai vu au cinéma "Le monde du silence" et "Le pays sans soleil", et mon amour de la mer et de ce qui y vit a sans doute trouvé dans ces films l'une de ses multiples racines. Cousteau fut l'idole de toute une génération, le symbole de la découverte, de l'aventure, de l'exploration des mers - bien plus d'ailleurs que de l'écologie dont on ne parlait pas du tout ou très peu dans les années cinquante. De plus, la carrière de Cousteau se situe à une période où les mentalités ont évolué très vite - il y a contribué - et un abîme sépare le tournage du "Monde du Silence" que Gérard Mordillat qualifie de film "honteux" et "ignoble"* de la signature du moratoire sur l'Antarctique en 1991. Ayant pu voir se dégrader rapidement le milieu qu'il explorait, Cousteau est passé du rôle d'explorateur à celui de défenseur des mers et de l'environnement, et c'est cette image qu'il faut garder.

Le cinéaste James Cameron, lui-même amateur de fonds sous-marins,  dira de lui : « Il a développé l’imagination de toute une génération. Je pense qu’il a eu un impact profond sur tous les hommes de la planète. »

 

Affiche Odyssée Simone Cousteau Capture d’écran 2016-10-14 à 14

Bref, le film L'Odyssée se voit comme un biopic, et aussi comme un film d'aventure, l'histoire d'un homme qui a marqué son époque par ses inventions : le scaphandre autonome qu'il perfectionne avec le détendeur (il fonde avec Gagnan en 1946 La Spirotechnique, division d'Air Liquide chargée de commercialiser ses inventions), le principe des combinaisons étanches, la soucoupe plongeante, le turbovoile, etc.). Le film n'en parle pas, mais déjà en 1960 Cousteau luttait contre le gouvernement français pour éviter l'immersion en Méditerranée de 2.000 tonnes de déchets radioactifs entre Antibes et la Corse, et rien que pour cela les gens devraient lui être immensément reconnaissant.

La vraie leçon à tirer du film de Jérôme Salle se trouve peut-être ailleurs. Au lendemain de la sortie du film nous sommes arrivés très en avance au cinéma, en nous attendant à trouver une queue importante. En fait nous avons été dix dans la salle, à la séance de 20h. Une seule personne est sortie de la salle à la fin de la séance précédente. Cousteau ne fait plus recette, et les valeurs qu'il a portées sont celles d'une génération qui est en train de vieillir et de s'éteindre. Le film de Jérôme Salle rappelle à sa fin que le moratoire de l'Antarctique signé en 1991 prend fin en 2048 - demain à l'échelle de la planète - et que déjà des nations aimeraient le voir disparaître de façon anticipée. Qui aujourd'hui prendra la relève de Cousteau pour se battre pour sauver ce continent de la destruction que lui vouent les compagnies minières et pétrolières ? Il manque à l'humanité un individu de la taille et du charisme de Cousteau pour reprendre le flambeau.

*Gérard Mordillat : "« Des films honteux comme ça et ignobles, quand on les revoit aujourd'hui, on se dit qu'on a été aveugles. » cf http://www.lepoint.fr/pop-culture/cinema/cousteau-tout-ce-que-lui-reprochent-ses-detracteurs-12-10-2016-2075307_2923.php

Odyssée Arctique 3