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Mercredi 9 novembre 2016. Réveil à 7h. Le ciel est couvert sur la baie de Kapari, mais la visibilité est totale et le village d’Alonaki est bien visible au fond de la baie. Lucille a décidé courageusement de se mettre à l’eau. Depuis la jupe arrière, en se maintenant à la branche tribord du pataras, elle s’y enfonce petit à petit, bientôt rejointe par Evelyne et Caroline. A 7h30 les filles sont remontées à bord et je donne le signal du départ. La météo incite à quitter ces lieux qui seront bientôt envahis par le vent. Nous découvrons alors que notre ancre s’est prise dans un vieux filet qui traînait sur le fond, et que nous remontons petit à petit emberlificoté sur notre chaîne.

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Seule solution, le découper au fur et à mesure qu’il remonte. Lucille se met sur le balcon avant, Evelyne et Claudine à la baille à mouillage, et chacune armée d’un couteau découpe les bouts de filet pris dans les maillons de la chaîne au fur et à mesure qu’ils lui arrivent. Nous dégager maillon après maillon nous prend près d’une demi heure, sous l’œil intéressé de pêcheurs qui nous observent depuis leur barque. Visiblement, le filet en cause ne leur appartient pas. A 8h l’ancre est à poste sur son davier, nous sommes en route pour le quai que nous voyons en rive gauche, à la sortie de la baie. Nous avons besoin de gaz, Claudine n’en n’a pas trouvé hier à Monemvasia. Ce quai en zone "non safe" va peut-être nous donner l’occasion d’en acheter. La mer à proximité du quai devient forte ; une partie de l’équipage y débarque, mais un grec sur le quai nous conseille de ne pas nous amarrer et d’aller plutôt accoster à Ermioni, de l’autre côté de la pointe Kastri. Il confirme que la météo locale prévoit 9 beaufort dans la journée à Alonaki. Ce n'est pas le moment de traîner dans les parages ; ma propre météo donne un maximum de 20 kt de vent à Epidhavros entre 14h et 17h et nous avons tout intérêt à rejoindre le nord le plus vite possible.

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La partie de l’équipage déjà à terre va traverser à pied la pointe Kastri, et nous retrouver plus au nord, au port d’Ermioni. A 9h02 le Nena est en vue du port où nos amis  nous attendent déjà. Nous mouillons l'ancre et reculons pour amarrer l'arrière du bateau au quai. Comme notre tuyau d'eau est un peu court par rapport à notre emplacement normal et à l'arrivée d'eau du quai loin à bâbord, nous mettons le bateau de plus en plus en biais jusqu'à ce qu'il soit complètement en travers et finissons par occuper quasiment trois places ! Heureusement, nous sommes en morte saison. Caroline fait le plein d'eau tandis qu'Evelyne part rapidement à la recherche de la bouteille de gaz. De mon côté je reste à bord pour rectifier l’amarrage et garder le bateau. Caroline une fois le plein fait est partie prendre un café sur le port ; quand Evelyne me rejoint avec la bouteille de gaz neuve qu'elle a trouvé, nous finissons ensemble de remettre le Nena dans sa position correcte.

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A 10h10, la bouteille de gaz trouvée, le plein des réservoirs d’eau effectué et l’équipage rentré à bord nous nous préparons à appareiller pour Epidhavros et la cité antique d’Epidaure. Un des équipiers a voulu laver le cockpit au jet, mais n'a pas pris la précaution de vérifier que tous les capots étaient fermés et a trempé les matelas de la cabine côté tribord. On a mis les oreillers à sécher, on verra ce que cela donnera ce soir. J'ai réparé hier à la colle cyanolite les jumelles du bord qui avaient pris un coup. J'espère que ma réparation tiendra.

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Complètement couvert vers le sud, le ciel offre de beaux pans bleus vers le nord. A 10h30 le Nena entame un grand bord de 17 milles au 080° pour suivre la côte du Péloponnèse. Nous prenons un vent de sud de 17 à 20 nœuds, d’abord au grand largue, puis passant au travers ; c’est Lucille qui est à la barre. 10h55 nous évitons des casiers droit devant, mouillés par 84m de fond. A cette profondeur, c'est rare d'en rencontrer. Nous passons ensuite devant Dartouza, puis vers 11h12 Pigadia, juste avant la pointe Metochi. Une grande tâche couleur de lavande nous intrigue sur la côte ; le zoom de mon appareil de photo, beaucoup plus puissant que nos jumelles 7x50 nous permet d’identifier un champ de panneaux solaires qui doit alimenter les villages voisins en énergie électrique. Le vent forcissant, nous avons réduit la toile à 11h40. Les vagues font ici environ 0,6m, et nous avançons à environ 6,7 nœuds. 

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Sarah à la barre du Nena 091116

A midi Sarah est à la barre. Nous longeons la côte du Péloponnèse, sensiblement à hauteur de l’îlot Soupia. Evelyne et Caroline sont dans le carré, et préparent une grande salade de riz pour le déjeuner. Le bateau avance vite, poussé par le vent. Un quart d’heure après nous sommes presque sous l’îlot Tselevinia. La mer commence à se former, avec des creux d’environ un mètre ; le ciel est encore bleu dans sa partie nord. A 12h27 nous croisons un sloop qui tente de remonter le vent sous voilure très réduite : il a sorti 1,5m environ de son génois, et un mètre de sa grand-voile, comme la nôtre sur enrouleur. Leur capote est baissée, mais ils ont gardé leur bimini, peut-être en prévision d’une averse prochaine. Leur nez pique régulièrement dans les vagues.

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Des jolies vagues nous rattrappent 091116

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A 13h nous passons au cap 026° sur 3 milles ; la vitesse passe à 7 nœuds, et les creux atteignent désormais un mètre. A 13h15 nous voyons au 270 le sud de l’île Poros ; cinq minutes plus tard je note sur le journal de bord : « Passage au cap 346° sur 12,7 milles, rafales de 45 nœuds, vitesse moyenne 12,7 nœuds, avec des pointes au surf à 15 nœuds sur le fond relevées sur Compass 54 ; la visibilité est moyenne, les creux atteignent 2,5 à 3m ». Nous sortons du golfe d’Hydra, protégé au nord par le Péloponnèse et au sud par l’île Hydra. A 14h nous sommes à l’est de l’îlot très bas Plateia, qui culmine à 7m de haut. L'îlot affleure et on voit les lames qui se brisent dessus. On oscille entre le vent arrière et le grand largue bâbord amures, avec le génois à moitié roulé et un peu moins des deux tiers de la grand-voile, et on surfe sur des vagues qui doivent faire environ deux mètres à deux mètres cinquante de haut. C'est Evelyne qui est à la barre, elle barre tout en douceur, de façon très agréable. Elle a battu nos records de vitesse de cette croisière, avec une moyenne de 12 à 14 nœuds en vitesse fond, et des pointes à 17 nœuds. On avance très vite, mais on se fait rattraper par la dépression qui vient du sud. Nous continuons notre remontée vers le nord, en théorie au cap 346°. Dans la pratique, Evelyne est assez souvent au 330°. 

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Un peu plus haut, les récifs blancs de Vrac Parakravo émergent de l’eau, battus par les vagues qui ont pris de l’ampleur. Le temps a changé. Le ciel est désormais noir de tous les côtés, et le vent violent vient désormais du nord, rendant difficile notre remontée. Nous portons environ 1,6m de grand-voile et autant de génois. L’équipage porte désormais les gilets de sauvetage ; le vent nous siffle dans les oreilles et la pluie se met à tomber. Le pilote automatique ne servant pas à grand chose dans ces conditions j’ai pris la barre et me bats mètre par mètre pour  arriver au nord de la péninsule de Méthane. Je sais qu’une fois arrivé là je pourrai prendre à l’ouest, et retrouver une allure plus favorable.

L'équipage du Nena sous l'averse 091116

Le bateau semble immobile ; je surveille néanmoins notre progression en contrôlant le défilement des amers à terre au-dessus des chandeliers du bateau. J’apprendrai plus tard que Claudine, moins habituée à la méthode, était inquiète et pensait que nous n’arriverions pas à remonter la côte de la péninsule. A 16h24, nous avons parcouru sensiblement 2,6 milles depuis l’îlot Plateia. Je gagne un mille à l’heure sur le fond ! Sacrée moyenne. Elle me permet tout de même de tourner la péninsule de Méthane, et à 16h48 je suis au sud de la pointe Skylomagkas, point le plus au sud de l’île Agkistri. Recevoir le vent de travers, et être partiellement abrité du vent du nord par les îles Argiri et Agkistri qui forment une belle barrière, ça change la donne ! L’équipage respire. Surveillé de près par Lucille, le pilote automatique reprend du service dans des creux revenus à 50 cm. A 16h56 nous passons dans le sud des îlots bas Kyra et Spalathronisi ; nous faisons route au 90° en direction d’Epidhavros, que nous ne voyons pas encore, mais que nous devinons juste en face de nous dans le contre-jour. Il ne pleut presque plus. Les derniers rayons du soleil, plongeant sous les nuages pour s’enfoncer derrière le Péloponnèse nous offrent à l’avant un spectacle magnifique ; à tribord un grand arc-en-ciel paraît jaillir de Kyra. Le vent - qui a beaucoup baissé - tournant avec nous et venant désormais de l’ouest, nous avons roulé le génois. L’heure n’est plus à tirer des bord ! A 17h19, dans un superbe crépuscule, on devine l’entrée de la baie d’Epidhavros. Emmené par Evelyne, l’équipage entonne le « For me, Formidable » d’Aznavour, avant de s’attaquer au répertoire de Claude François.

Danse et chant après le grain pour l'équipage du Nena 091116

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A 17h30, nous entrons dans la baie d’Epidhavros. Pour un voilier de notre taille, la seule place au port semble au bout du quai. Elle est déjà prise par un voilier. Nous trouvons un corps mort dans la partie sud de la baie ; nous le prenons par l’arrière, en reculant dessus, méthode beaucoup plus agréable quand on dispose d’une jupe que la traditionnelle façon par l’avant. Fin des manœuvres d’amarrage à 18h.

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A 19h37, le bateau est sécurisé dans la baie, le cockpit est rangé, et l’équipage rassemblé dans le carré où la table est mise. Des torsades accompagnées d’une sauce mitonnée dans le grand wok du bateau, avec des carottes, des poivrons, des oignons et des petits champignons formeront dans quelques minutes le plat de résistance, tandis qu’une heure plus tard nous bénéficierons en dessert d’une tarte aux pommes maison dont la pâte a été préparée par Evelyne, et cuite dans le four du bord. Tout cela accompagné d’un vin rouge grec « normal », et de la très belle bouteille de « Karop » qui nous a été offerte par le patron du supermarché de Lavrio le samedi précédent. 

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Nous avons respecté ses consignes et l’avons ouverte deux jours avant de la boire. C’est délicieux ! La météo indique des vents plutôt faibles pour la nuit, virant du SSE à l'ouest dans ses moments les plus forts. Si un problème se présente durant la nuit avec notre corps-mort, nous irons donc plutôt vers le large que sur les rochers. Sachant qu’un pourcentage important des corps morts rencontrés en Méditerranée sont fragiles, c’est intéressant. Par précaution, je mets un anchorwatch en route pour la nuit. 

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La jiolie bouteille du Karop, 091116

Photos : Réveil dans la baie de Kapari, 091116 ; Baignade pour Lucille, 091116 ; Bain matinal pour Lucille, Caroline et Evelyne, 091116 ; Caroline dans l'eau devant Alonaki, 091116 ; Le filet pris dans l'ancre devant Alonaki, 091116 ; Claudine, Lucille et Evelyne jouent du couteau pour dégager l'ancre, 091116 ; Claudine nettoye les maillons de la chaîne du Nena, 091116 ; Arrivée à Ermioni (1, 2 et 3), 091116 ; Dans le port d'Ermioni (1, 2 et 3), 091116 ; Départ d'Ermioni, 091116 ; En longeant la côte nord du Golfe d'Hydra, 091116 (1) ; Champ de panneaux solaires au nord du Golfe d'Hydra, 091116 ; Vers la pointe Metochi, 091116 ; Sarah à la barre, 091116 ; Rencontre avec un sloop, 091116 ; Préparation de la salade de riz dans le carré du Nena pour Caroline et Evelyne ; Lucille et Claudine surveillent la mer devant la pointe Metochi, 091116 ; Les vagues nous rattrappent, au sud de Palos, 091116 ; Lucille à la barre après le grain au nord de la péninsule de Methane, 091116 ; les récifs blancs de Vrac Parakravo dans le grain, 091116 ; Evelyne au sud de Kyra, 091116 ; Lucille et Sarah au sud de la pointe Skylomagka, 091116 ; L'équipage chante et danse quelques milles à l'est de la baie d'Epidhavros, 091116 ; Coucher de soleil sur le Péloponnèse quelques milles à l'est de la baie d'Epidhavros 091116 (1 et 2) ; Sarah a le sourire, quelques milles à l'est de la baie d'Epidhavros ; Crépuscule nautique à quelques encâblures de l'entrée de la baie d'Epidhavros, 091116 ; La baie d'Epidhavros au crépuscule, 091116 ; Caroline, Evelyne et Lucille attablées dans le carré pour l'apéritif, 091116 ; Evelyne, Lucille, Claudine et les torsades sauce aux champignons dans le carré du Nena, 091116 ; Evelyne, Lucille et la tarte aux pommes dans le carré du Nena, 091116 ; La tarte aux pommes d'Evelyne, 091116 ; La jolie bouteille du Karop, 091116 ; L'îlot Plateia culmine à 7m de hauteur, à l'est de la péninsule de Méthane 091116 ; A l'est de la péninsule de Methane, 14h33, 091116. Auteur : Philippe Bensimon

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Wednesday, November 9, 2016. Wake up at 7 am. The sky is covered on the bay of Kapari; The crew bathe before departure. Our anchor is caught in an old net trailing on the bottom, it will take us more than half an hour to clear it.
The local weather forecast 9 Beaufort in the day in Alonaki, so do not linger here. We make a stopover to buy gas in Ermioni and fill our tanks with water. We then set out for the north and the bay of Epidhavros.
At noon Sara is at the helm. We walk along the northern shore of the Gulf of Hydra. The boat moves fast, pushed by the wind. At 2 pm, I note in the logbook: "Passage to Cape 346 ° on 12.7 miles, winds of 45 knots, average speed 12.7 knots, with surging points at 15 knots on the bottom measured on Compass 54; The visibility is average, the troughs reach 2.5 to 3m ". In the afternoon weather changes. The sky is now black on all sides, and the violent wind now comes from the north, making it difficult to get back up. We carry about 1.6m of mainsail and the same of the genoa. I took the helm and I fought meter by meter to get to the north of the Methane Peninsula. I know that once I get there I can take to the west, and find a more favorable pace. At 4:48 pm I am south of Skylomagkas Point, the southernmost point of Agkistri Island. Receiving the wind cross, and being partially sheltered from the north wind by the islands Argiri and Agkistri which form a beautiful barrier, it changes the deal! The crew breathes. At 5:19 pm, in a superb twilight, one can guess the entrance to the bay of Epidhavros. Taken by Evelyne, the crew sings Aznavour's "For me, Formidable".
At 5:30 pm, we enter the bay of Epidhavros where we find a mooring buoy in the southern part of the bay. As a precaution, I put an anchorwatch for the night.

Capture d’écran 2017-03-03 à 19