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Crime contre l'humanité et la planète

La nouvelle est tombée hier : dans l’environnement douillet des abords de la Maison Blanche, le président Donald Trump a décidé de retirer les Etats-Unis des accords de Paris.

Au mépris des centaines de milliers d’Américains qui sont déjà victimes chaque année de la pollution, et au mépris de son peuple dont l’espérance de vie va déjà en diminuant. Au mépris des millions de gens qui meurent chaque année dans le monde, victimes de la pollution et du réchauffement climatique.

En faisant sortir des accords de Paris le deuxième pays le plus pollueur du monde, Donald Trump signe l’arrêt de mort de millions de victimes. L’ignorance ou la bêtise ne peuvent pas exonérer de sa responsabilité un individu qui refuse de voir en face la réalité qui l’entoure lorsqu’il s’agit d’un massacre d’une telle ampleur.

Il suffit de regarder autour de nous pour s’en rendre compte tous les jours : le climat change de manière irréversible. Dans les années soixante, je jouais avec les gamins de Megève et nous faisons des tunnels dans les congères, tandis que les paysans l’hiver baladaient des touristes dans des troïkas montées sur ski. Dans les années soixante-dix, le manque de neige a contraint ces mêmes paysans à troquer les skis de leurs troïkas pour des roues. Depuis, ils n’ont jamais pu remettre ces skis. Dans les années quatre-vingt, je faisais du ski de couloir et des ascensions glaciaires dans les massifs des Alpes. Au début des années deux mille, j’ai bivouaqué sur ce qui reste du Glacier noir, au pied des couloirs du Coup de Sabre et du Col Est du Pelvoux. La glace et la neige de ces belles voies que j’avais parcourues ont complètement disparu, laissant apparaître des parois rocheuses. Aujourd’hui le permafrost fond en Sibérie (le Club de Rome l’avait déjà prédit il y a près de trente-cinq ans), mais Donald Trump refuse toujours, tel un enfant obstiné, d’accepter la réalité du réchauffement climatique. Sa décision va accroitre de 3 milliards de tonnes les rejets annuels de carbone dans l’atmosphère (soit l’équivalent de 640 millions de voitures !), et provoquer d’ici la fin du siècle un réchauffement qu’on ne pourra pas limiter à moins de 3 °C. Dans le meilleur des cas, cela représentera un accroissement du niveau des mers d’un mètre, que paieront chèrement tous les habitants des régions côtières – dont les Américains. Plus des tempêtes, des sécheresses, etc. « Il faut redonner sa grandeur aux Etats-Unis » plaide Donald Trump, qui fait contre lui l’unanimité des dirigeants mondiaux, exceptés les anglais (qui croient encore avoir une relation privilégiée avec les USA) et les russes pour qui tout ce qui affaiblit les USA est bon à prendre.

En France, le verdict est sans appel : « Coupable de crime contre l’humanité » (Nicolas Hulot).

« Si nous ne faisons rien nos enfants connaitront un monde de pénuries, de migrations, de disparitions d’archipels. Sur le climat il n’y a pas de plan B car il n’y a pas de planète B » (Emmanuel Macron). Un message sur lequel tout le monde – ou presque – est d’accord.

Le PDG de Disney abandonne Donald

Terrifiés peut-être par la stupidité de leur président, ou craignant un désaveu de leurs clients, certains grands industriels américains (Bob Iger, le PDG de Disney, Elon Musk le fondateur de Tesla et de Space X) quittent leur poste de conseiller à la Maison-Blanche. Des manifestants sont descendus hier dans la rue pour clamer leur désapprobation, alors que Trump est de plus en plus isolé au niveau politique.

Leonardo DiCaprio, dont on connaît l’engagement écologique, s'est exprimé sur « la décision profondément décourageante » et « irresponsable » du Président Trump. Il a par ailleurs invité l’humanité à « remettre en questions les décisions de nos leaders qui ne croient pas aux vérités scientifiques ». D’autres artistes ont suivi (Perry, Schwartzenegger). L’ancien gouverneur et héros de Terminator n’y est pas allé par quatre chemins : « On ne peut pas détruire notre progrès, on ne peut pas arrêter notre révolution des énergies propres, et on ne peut pas retourner dans le passé… il n'y a que moi qui puisse faire ça », ajoutant ensuite : « 200.000 personnes meurent chaque année aux Etats-Unis à cause de la pollution de l'air », « On ne peut pas s'asseoir et ne rien faire alors que des gens tombent malades et meurent, surtout quand on sait qu'il y a des solutions ».

De son côté, le chanteur John Legend a traité Trump de « trou du cul  » et « d’embarras national ».

 Alors que Bernie Sanders voit dans cette décision « une honte internationale pour les États-Unis », et qu’Hillary Clinton la considère comme une « erreur historique », on peut s’interroger sur les motivations du président des Etats-Unis. Au plan international il est sûr qu’elle isole les Etats-Unis, et aboutit à renforcer l’influence de la Chine. Au plan national, elle permet à Donald Trump de satisfaire une partie des climatosceptiques présents dans le Parti Républicain, et de se vanter d’avoir réalisé une de ses promesses électorales. Mais l’affaire n’est pas sans risque : le clivage est de plus en plus marqué entre ses partisans et ses adversaires, et ceux-ci deviennent de plus en plus nombreux. Si les Républicains se mettent à craindre pour leur réélection à l’automne, le Congrès pourrait se retourner brutalement contre Trump. Dans un pays où le solaire crée deux fois plus d’emplois que le charbon, le risque n’est pas nul. Les Américains commencent peut-être aussi à réaliser que l’horizon de Trump, auquel il ne reste plus qu’une espérance de vie de sept ans, n’est pas le leur. Ils auront à subir en moyenne durant encore quarante ans les décisions d’un homme qui sera mort depuis longtemps. Ce seront eux et leurs enfants qui paieront la décision de Trump de quitter les accords de Paris, et Trump ne sera pas là pour partager leur souffrance. Dans cet esprit, la pop star californienne Katy Perry a demandé au président des États-Unis de «penser à ses enfants , aux enfants de ses enfants et à tous les autres enfants de la planète qui devront vivre avec les conséquences de sa décision».

La colère gronde, et la fronde commence à s’installer. Ainsi, le gouverneur de la Californie (la sixième économie du monde) a annoncé qu’il mettrait tout en œuvre pour respecter les accords de Paris au niveau de son Etat.
« La Californie va faire tout ce qui est en son pouvoir non seulement pour maintenir le cap mais pour réunir des soutiens, dans d’autres Etats, d’autres provinces et d’autres pays », 
a annoncé Jerry Brown. Les Etats de New-York et de Washington lui ont emboîté le pas.

De nombreuses grandes villes aux USA ont décidé de mettre en place des éclairages verts en signe de soutien aux accords de Paris.

Il reste quand même un petit espoir : les accords de Paris prévoient qu’un Etat ne peut faire une demande pour quitter le traité qu’au bout de trois ans, et avec un an de préavis. La décision de Trump ne pourrait donc logiquement prendre effet que dans quatre ans… Avec un peu de chance d’ici là les Etats-Unis auront un autre président.

Oh Coffefe !

Caricature de Matt à la une du Telegraph : deux ours sur un bout de banquise manifestent leur incompréhension. « Covfefe" n'est pas un mot doté d'un sens, mais un vocable utilisé par erreur dans un tweet par le président Trump, ce qui avait beaucoup fait rire les Américains.

Photo : Donald Trump dans le Bureau ovale en compagnie de sa fille Ivanka, en avril 2017. Auteur/Author : NASA/Bill Ingalls.