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Lundi 20 février 2017. Réveil à 6h45 pour moi, à 6h55 je suis sur le pont du Bavaria 44 Alma 3. Le port de Zadar est paisible autour de nous, aucun vent n’agite les mâtures. L’aube grisâtre éclaire de reflets mauves et violets les eaux du port. Quelques nuages venus de l’ouest étirent leurs draperies au-dessus de la vieille ville.

A 7h02 je suis au bureau de la capitainerie, où m’attendent un couple d’employés venus spécialement à cette heure matinale pour encaisser mon écot, une dame et un monsieur absolument charmants ; on y accède par un escalier extérieur qui mène au premier étage du bâtiment. La facture est de 521 kunas, soit 70 euros. La pilule est amère, et me fait presque regretter de m’être arrêté hier soir pour bavarder avec un de leurs employés alors que la capitainerie était fermée. Le guide Imray précisait bien que le port de Zadar était cher, c’est toujours vrai depuis l’époque où il a été rédigé.

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 Les employés ont conscience que leurs prix sont exorbitants et que tout le monde proteste, et s’excusent presque des tarifs, dont ils ne sont bien évidemment pas responsables. Alors que visiblement le tarif a été pensé en euros et converti ensuite en kunas, la capitainerie n’accepte pas les kunas. Je vais être obligé de payer par carte bleue. Des soucis informatiques retardant la sortie de ma facture - qui prendra un bon quart d’heure - j’ai un peu de temps pour bavarder avec eux. Quand, n’ayant plus le temps d’attendre, je commence à descendre les premières marches de l’escalier extérieur du bâtiment, une voix me hèle : « ça marche ! ». 

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Je remonte et récupère ma (chère) facture. A 7h25 les formalités sont faites, et je redescends aux sanitaires, qui donnent sur la rue au rez-de-chaussée. Mes équipières m’avaient mis en garde contre la saleté des lieux ; chez les hommes je ne trouve rien d’exceptionnel, si ce n’est une odeur assez épouvantable. Certains urinoirs sont bloqués par des feuilles de papier en interdisant l’utilisation, et ces sanitaires n’ont rien à voir avec les standards qu’on trouve généralement dans les marinas modernes. Hormis l’odeur, ils restent cependant corrects pour ce que j’ai pu en voir. Durant mon attente, l’employé de la capitainerie m’a sorti très gentiment la météo générale de l’Adriatique nord, et la météo locale de Pag sur Windguru pour la semaine. On a aujourd’hui 4 à 6 nœuds de vent prévus dans le secteur de Pag, ce qui est très bien pour passer le Velebitski Kanal. A 7h30 je suis à bord, où Thomas a fait le plein d’un des réservoirs d’eau – il ignorait l’existence d’un second réservoir. Nous remplissons ce second réservoir avec Thomas et Mathilde très rapidement ; les autres sont déjà en train d’attaquer le petit déjeuner.

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A 7h42, nous quittons le port : manœuvres effectuées en un temps record. Nous prenons très vite au cap 325° au pilote automatique (335° au compas de route). La mer est plate, et le ciel complètement couvert, avec des bancs de stratus sur le sud-ouest, et en face de nous sur le nord-ouest plutôt des cirrus. Cependant les nuages ne paraissent guère épais, et effectivement le ciel ne tardera pas à se dégager. La côte qui continue sur le continent est très basse, des petites collines de trente mètres de haut au maximum. Otok Vir qu’on voit dans le fond semble un peu plus haute. Nous remontons vers le nord, en route pour Pag et le Velebitski Kanal de mauvaise réputation. Il fait un froid de canard, les montagnes sont ourlées de neige sur leurs sommets, et on a une vision d’un paysage quasiment nordique.

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A 8h48, nous sommes dans le 270 de Beltri, dans la zone des 17m, sur la côte ouest de la péninsule de Privlaka et un peu en-dessous de la latitude de Nin. Nous laissons à tribord un couple de dauphins, en train de chasser au dessus d’un banc de sable de 15 à 17m de fond. Je fais quelques photos pour Cybelle Méditerranée, ce qui me donnera l’heure de l’observation et la position GPS. De leur côté, les dauphins plongent, ressortent et replongent, et ne prêtent aucune attention à nous et ne tardent pas à disparaître.

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DSCN4221A 9h28, nous passons à l’ouest du grand pont qui relie l’île de Vir au continent. Le tirant d’air de notre bateau est trop important pour que nous puissions passer sous ce pont, et nous allons devoir contourner Vir. Les nuages sont en train de s’effilocher, un petit air a fait son apparition. Nous le recevons tribord amures, dans une allure entre le bon plein et le près serré ; depuis quarante minutes nous avons sorti toute la toile dont nous disposons.

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Quelques minutes plus tard, nous croisons le Pauk et un autre senneur, tous deux remorquant leurs deux annexes. Le Pauk est suivi par une vingtaine de mouettes ; aucun volatile n’accompagne le second senneur. A 9h48 nous passons à quelques encablures du phare Zidrist Razovaka, qui marque la côte ouest de Vir. Le ciel est en train de se dégager, on a maintenant des cirrus sur toute la zone nord. On a encore des bancs de stratus dans le sud-sud-ouest, mais c’est en train de se dégager. Le vent apparent, de nord, est de 3,2 nœuds pour 5,26 kt de vitesse sur l’eau. Le ciel est bleu au-dessus de nos têtes, légèrement voilé ; c’est un temps froid. La mer est en train de se transformer en miroir. La visibilité est totale, on voit les îles au loin. J’ai commencé à enrouler très légèrement la pointe nord de l’île de Vir. Le moteur est à 1500 trs/minute. Caroline est en passe-montagne, et s’est attaquées à la corvée d’oignon dans le cockpit, tandis que Patrick nous a préparé un thé et du café. Il est en train de regarder le Guide Bleu, tandis que notre génois passe à contre. Je dois commencer à virer, et je rajoute dix degrés, ce qui ne va pas améliorer les affaires du génois que je décide d’enrouler. A 9h55 nous voyons de nouveau deux dauphins à tribord, à quelques centaines de mètres du feu Sidrist Razovica, sur la côte ouest de Vir. On est par 43 mètres de fond, et les dauphins doivent être dans la ligne des quinze mètres à peu près.

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A 10h03 je vois un autre dauphin apparaître, celui-ci dans le 270° de la pointe Rt Vrulja, presque à l’extrémité nord-ouest de Vir. J’estime que celui-ci devait évoluer sensiblement dans la ligne des 50m. A 10h10 nous doublons l’extrémité nord de Vir, et vingt minutes plus tard nous entrons dans le Kanal Nove Povljane, qui sépare Vir de l’île de Pag.

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Nous avons roulé le génois, libérant la vue à l’avant du bateau ; le paysage devant nous nous donne l’impression de naviguer sur un lac. Derrière l’île de Pag, très plate, nous voyons les montagnes enneigées de la Croatie plonger vers le Velebitski Kanal, le blanc de leurs crêtes se détachant sur le pastel d’un ciel bleu pâle devenu pur sur les montagnes. Les nuages semblent aujourd’hui être cantonnés sur la mer.

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DSCN4275Thomas profite de la tranquillité de ces lieux paisibles pour étudier la navigation dans le cockpit, et apprendre à reporter le point sur la carte avec le compas de navigation. Il a amené avec lui un petit cahier dans lequel il note soigneusement tout ce qu’il apprend. A 10h56 je laisse à bâbord la tourelle rouge qui marque l’endroit le plus étroit entre les îles de Pag et Vir. On a 18m de fond, on va rentrer dans la zone des 14m, on traverse des paysages extraordinaires. La mer est un miroir, il n’y a pas une vague, à peine un très léger frémissement. On a un soleil froid, voilé, à 13h du bateau, et un vent debout de 7,8 kt. Mais comme nous sommes déjà nous mêmes à 5kt, ça veut dire que le vent réel est léger, de 2,8 nœuds environ de sud-est. La température est très fraîche, j’ai mis mes gants de ski ; les paysages sont vraiment superbes avec les montagnes enneigées et l’île de Pag à bâbord. 

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DSCN4263On en voit une partie boisée, suivie de zones complètement défrichées pour laisser la place à des parcs à moutons, à une ou deux petites habitations, et au sommet de la crête basse, on voit une sorte d’oppidum avec une entrée sur la gauche. Etait-ce une fortification durant la guerre ? Un ancien oppidum romain dont ils ont mis à jour l’entrée ? Hormis la partie bien boisée, le reste est fait de caillasses et d’herbes rases, faisant penser par endroits aux sols des Hautes-Alpes. C’est très beau ; et sur tribord on a la côte est de Vir, avec des villages, dont un en particulier assez grand, avec des maisons avec un ou parfois deux étages aux toits de tuiles. Le village qu’on est en train de passer ne semble pas porté sur ma carte de l’Amirauté Britannique, et prend tout le bord de mer. C’est très joli ; et Mathilde m’a dit il y a un instant qu’elle était enchantée des paysages de cette croisière.

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DSCN4286DSCN4283A 11h22 nous passons derrière le pont qui nous a obligés à contourner Vir, celui-là même vu un peu moins d’une heure avant. La vue est impressionnante, l’eau est un miroir dans lequel les montagnes forment un reflet parfait. Nous abordons le Ninski Zaliv à 11h39, premier des deux passages qui séparent Pag du continent. Le Ninski Zaliv nous donne accès au Ljubacki Zaljev, petite anse quasiment fermée. Vers 12h15 Caroline nous offre l’apéritif dans le cockpit, avec des flûteaux de canard – petits rouleaux de jambon de canard fourrés au foie gras de canard – fabriqués à Sarlat qu’elle a amenés de France.

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Un quart d’heure après nous sortons du Ljubacki Zaljev par le second passage, le Ljubacka Vrata. Celui-ci est surmonté d’un pont qui relie Pag au continent. Pour la plupart des équipiers, c’est leur premier passage en voilier sous un pont : une expérience toujours impressionnante, même si le pont est – de mémoire – quatorze mètres plus haut que le sommet de notre mât. Mathilde est à la barre, Thomas à ses côtés. 

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A 12h32 nous pénétrons avec 1h20 d’avance dans le Velebitski Kanal, que nous remontons vers le nord en direction du  fjord qui mène à Pag, port principal de l’île éponyme. Nous avons un temps extraordinaire, sans un nuage, avec juste un cirrus à l’horizon vers le sud-est ; tout le reste est complètement dégagé. Il n’y a quasiment pas de vent réel ici, 2 kt de vent debout qui vient désormais du nord-ouest. Ca ne vaut vraiment pas la peine de se gâcher la vue en sortant les voiles et en tentant de tirer des bords dans le Velebitski Kanal. Il faut simplement prendre son plaisir en admirant des paysages magnifiques, et en dégustant les flûteaux de canard accompagnés d’un petit verre de Maraschino, l’alcool de cerises spécialité de Zadar. 

Dans le Paski Zaljev 200217 2

Le port de Pag vu du Paski Zaljev 200217 1

Caroline recherche une place de port, Pag 200217

Le port de Pag vu du Paski Zaljev 200217 2

Nous entrons dans le Paski Zaljev – le fjord qui mène à Pag - à 14h45. Trois quarts d’heure plus tard, Caroline à la barre, nous sommes devant la ville de Pag en train de repérer le meilleur endroit où garer le bateau.

Le port de Pag vu du Paski Zaljev 200217 3

Pag, le Bavaria 44 Alma 3 amarré au quai 200217 1

Pag, le Bavaria 44 Alma 3 le long du quai 200217

A 15h45 le bateau est amarré le long du quai de marbre de Pag, pointes et gardes installées pour la nuit. Thomas est en T-shirt, au soleil et sans le vent apparent du bateau la température de février est agréable.

Pag, Joseph, le capitaine du port 200217

Joseph, le capitaine du port de Pag, vient vers nous. Il nous apprend que nous sommes les premières personnes de l’année à venir s’amarrer dans son port. Nous sommes le 20 février, c’est à peine croyable tant le paysage est superbe ! Joseph nous dit qu’il est heureux de nous accueillir et que nous n’aurons rien à payer pour la nuit. Ca nous change de l’accueil de Zadar.

Pag, ruelles 200217 4

Pag, intérieur de l'église 200217

Pag, la place devant l'église 200217 2

Pag, le port 200217

Pag, l'église 200217Il nous explique que sa ville est une ancienne ville médiévale, avec un superbe château que les villageois ont hélas détruit pour récupérer ses pierres et construire leurs maisons. Il en reste des belles places, des ruelles étroites pavées de marbre et une église à la voute horizontale soutenue par une douzaine de colonnes que nous visitons sans nous presser. A 16h40 nous avons traversé la vieille ville pour sortir dans une banlieue moderne avec un grand supermarché, témoin de l’importance que doit avoir la station en période touristique. Vers 17h30, je vais faire une pause à la Caffetteria, bar du port assez traditionnel avec ses grandes photos sépia accrochées aux murs.

Pag, l'équipage à la Caffetteria 200217 1

Pag, la Caffetteria sur le port 200217 2

Pag, la Caffetteria sur le port 200217 1

On m’y sert un excellent café, mousseux à souhait, et je déploie mon ordinateur. Une heure après je suis rejoint par Mathilde, Léa et Thomas. A 19h40 nous quittons le bar pour rentrer sur l’Alma 3. Nous passons devant l’Elisabet, petite vedette destinée au transport de passagers qui a été reconvertie en boîte de nuit. Amarrée le long du quai, elle attend sagement la saison d’été.

Pag, l'Elisabet 200217

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Monday, 20 February 2017. At 7:42 we leave the port. The coast that continues on the continent is very low, small hills of up to thirty meters high. Otok Vir that one sees in the background seems a little higher. We go up north, en route to Pag and the Velebitski Kanal of bad reputation. It is very cold, the mountains are covered with snow on their summits, and we have a vision of a northern landscape. At 8:48, we see a couple of dolphins hunting. They pay no attention to us and soon disappear. At 9:28 we pass west of the large bridge that connects the island of Vir to the mainland. This bridge is too low for us, and we're going to have to bypass Vir. A few minutes later, we cross two fishing boats. The sky is blue above our heads, slightly veiled; It is a cold weather. The sea is turning into a mirror. Visibility is total, we see the islands in the distance. Patrick prepared tea and coffee. At 9:55 we again saw two dolphins starboard, a few hundred meters from the fire Sidrist Razovica, on the west coast of Vir. Soon after I see a last dolphin appear. At 10:10 we double the northern end of Vir, and twenty minutes later we enter the Kanal Nove Povljane, which separates Vir from the island of Pag. We rolled the genoa, freeing the view to the front of the boat; The landscape in front of us gives us the impression of sailing on a lake. Behind the island of Pag, very flat, we see the snow-capped mountains of Croatia dive towards the Velebitski Kanal, the white of their ridges standing out in the pastel of a pale blue sky turned pure on the mountains. The sea is a mirror, there is not a wave, barely a very slight shudder. At 11:22 we pass behind the bridge which forced us to bypass Vir. At 12:32 we enter the Velebitski Kanal with 1:20 in advance, as we go north towards the fjord which leads to Pag, the main port of the island which has the same name. 

Le Ljubacka Vrata 200217 (2)

Pag, ruelles 200217 6

At 3:45 pm, the boat is moored along the Pag marble wharf, spikes and guards installed for the night. Thomas is in T-shirt, in the sun and without the apparent wind of the boat February temperature is nice. Joseph, the captain of the port of Pag, comes to us. He tells us that we are the first people of the year to come to dock in his harbor. We are February 20, it is hardly believable so the landscape is superb! Joseph tells us that he is happy to welcome us and that we will have nothing to pay for the night. He explains that his city is an ancient medieval town, with a superb castle that the villagers unfortunately destroyed to recover its stones and build their houses. There are beautiful squares, narrow streets paved with marble, and a church with a horizontal vault supported by a dozen columns which we visit without hurrying.

Le Ljubacka Vrata 200217 (3)

Photos : Zadar, le port 200217 (1 à 4) ; Sanitaires du port de Zadar 200217 ; Zadar, départ du port 200217 ; Dauphins à l'ouest de Nin 200217 (1 et 2) ; Pont entre Vir et le continent 200217 ; A l'ouest de Vir 200217 (1 et 2) ; Le senneur PauK à l'ouest de Vir 200217 ; Senneur à l'ouest de Vir 200217 ; Vir, pointe nord-ouest 200217 (1 à 3) ; Kanal Nove Povljane, 200217 ; Pag vue du Kanal Nove Povljane 200217 (1 à 6) ; Vir vue du Kanal Nove Povljane 200217 ; Thomas travaille la navigation devant Pag 200217 ; Pag vue du Kanal Nove Povljane 200217 (7 à 10) ; Vir vue du Kanal Nove Povljane 200217 2 ; Vir, le pont qui relie l'île au continent vu du Kanal Nove Povljane 200217 ; L'entrée dans le Ljubacki Zaljev 200217 (1 et 2) ; Dans le Ljubacki Zaljev 200217 (1 à 7) ; Le Ljubacka Vrata 200217 (1) ; Velebistski Kanal 200217 (1 à 5) ; Entrée du Paski Zaljev 200217 ; Port de Pag vu du Paski Zaljev 200217 (1) ; Caroline cherche une place de port ; Port de Pag vu du Paski Zaljev 200217 (2 et 3) ; Le Bavaria 44 Alma 3 au port de Pag 200217 (1 et 2) ; Joseph, le capitaine de Pag et Caroline 200217 ; Pag, ruelle 200217 ; Pag, intérieur de l'église 200217 ; Pag, détail de la place devant l'église 200217 ; Pag, le port 200217 ; Pag, l'église 200217 ; Pag, la Caffetteria près du port 200217 (1 à 3) ; La vedette Elisabet transformée en boîte de nuit 200217 ; Dans le Ljubacki Zaljev 200217 (8) ; Le Ljubacka Vrata 200217 (2) ; Pag, sculpture 200217 ; Le Ljubacka Vrata 200217 (3) ; Dans l'entrée du Paski Kanal. Auteur : Philippe Bensimon.

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