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La haute mer, territoire maritime en dehors des eaux territoriales gérées par les nations côtières, souffre d’un vide juridique et d’une absence de protection. Elle est aujourd’hui attaquée de toute part par le plastique, par les hydrocarbures, par le chalutage profond. Les abysses ne sont pas épargnées : on chalute à 3.000 mètres de profondeur pour trouver les derniers poissons, on fore à 7.000 mètres pour tenter d’extraire de la planète ses dernières réserves de pétrole, alors que les eaux peu profondes sont déjà gravement menacées par le réchauffement climatique et la pollution. On jette allègrement 6 milliards de kilos de déchets plastiques par an dans les mers, et en 2012 400 zones marines étaient déclarées mortes, parfois impropres à abriter la vie sans qu’aucun dispositif contraignant ne vienne s'opposer aux divers types de pollution. 

En 2012 à “Rio+20” les Etats s’étaient engagés à se doter d’un tel outil pour protéger la biodiversité marine et ses écosystèmes, sans que la parole ne soit suivie d’effet. Le 21 juillet dernier un petit pas a été fait dans le bon sens. Une résolution de l’ONU a accepté le principe d’une Conférence Internationale sur la gestion de la biodiversité marine, premier pas vers une gouvernance mondiale de l’Océan. On parle ici d’un « accord sur la conservation et l’utilisation durable de la biodiversité au-delà des zones maritimes sous juridiction nationale » (Beyond Biodiversity National Juridiction).

L’ambassadeur brésilien Carlos Duarte a bataillé dur pour y arriver. Les USA, la Russie, le Japon et l’Islande ne sont pas chauds pour cela ; même les pays de l’UE ont du mal a accepter que l’océan soit considéré comme un “bien commun”. La résolution, qui prévoit une conférence mais pas de date ni de dispositif pour limiter la pêche hauturière sera transmise en septembre à l’Assemblée Générale pour signature.

Un traité international pourrait alors être négocié, 35 ans après la Convention sur le droit de la mer de Montego Bay. Signée en 1982, celle-ci n’aborde pas ou peu les problèmes liés à l’environnement. Les accords de Montego Bay avaient été négociés durant vingt ans. Les négociations portant sur une gouvernance mondiale des océans veillant au respect de la biodiversité et des écosystèmes marins, avec des contraintes et les fonds nécessaires pour les faire respecter, risquent d'être très longues avant d'aboutir tant les gouvernements ont peur de perdre les voix des quelques centaines de millions d'électeurs qui vivent aujourd'hui tant bien que mal de la mise à sac des océans. 

Il y a néanmoins une urgence pour la planète et l'humanité à voir au-delà de la prochaine élection : plus du tiers de l'humanité dépend aujourd'hui directement de l'océan pour sa nourriture. A court terme, quand le dernier poisson aura été pêché, les famines et les guerres deviendront inévitables. Les problèmes d'enrichissement des armateurs de chalutiers seront dès lors relégués au niveau des livres d'histoire, les gens ayant bien d'autres chats à fouetter.

Photo : Environ 360 tonnes de chinchard du Chili (Chilean jack mackerel) dans les filets d'un senneur au large du Pérou (NDR : on les réduira en farine pour nourrir des dorades d'élevage plus chères à la vente, 4 kg de chinchard du Chili permettant d'élever 1 kg de dorade). Auteur : C. Ortiz Rojas