Devant l'inertie généralisée, et l'absence d'action des gouvernements pour lutter contre le réchauffement climatique, le climatologue Jean Jouzel (cf. article du 20 août 2018 sur ce blog) et l'économiste et homme politique Pierre Larrouturou ont joint leurs forces pour coécrire le livre "Pour éviter le chaos climatique et financier. Une solution scandaleusement simple" (Ed. Odile Jacob, 2017). S'ensuivit le Pacte France-Climat, et l'Appel du 7 décembre (texte ci-dessous) :Pacte Finance-Climat logo repiqué sur sitePacte Finance-Climat Collectif Climat 2020

 

" Nous ne pouvons pas rester sans rien dire. Nous ne pouvons pas rester sans agir. Aujourd’hui, l’esprit se révolte contre le sort qui est promis à l’Homme. Nous, Citoyens d’Europe et Citoyens du monde associés dans une même communauté de destins, n’acceptons pas que l’humanité se dirige, sans réagir, vers le chaos climatique.

Le 31 octobre 2017, l’ONU nous alertait solennellement[1] sur l’écart « catastrophique » qui existe entre les engagements des Etats et les réductions des émissions de gaz à effet de serre qu’il faudrait opérer pour maintenir le réchauffement en-dessous de 2°C.

« Les engagements actuels des Etats couvrent à peine un tiers des réductions nécessaires<, soulignait Erik Solheim, directeur du Programme des Nations Unies pour l’Environnement. Gouvernements, secteur privé, société civile doivent combler cet écart catastrophique. Un an après l’entrée en vigueur de l’accord de Paris, nous sommes loin de faire ce qu’il faudrait pour préserver des centaines de millions de personnes d’une vie de misère ».

COMMENT COMBLER CET ÉCART ?

COMMENT RATTRAPER LE TEMPS PERDU ?

QUE PEUT FAIRE L’EUROPE?

Puisque c’est « au nom de l’emploi américain » que les Etats-Unis ont décidé de se retirer de l’Accord de Paris, il est fondamental que l’Europe fasse la preuve « grandeur nature » qu’il est possible de diviser par 4 ses émissions de gaz à effet de serre tout en créant massivement des emplois. Il est fondamental aussi que l’Europe prenne pleinement sa part pour cofinancer la lutte contre le réchauffement climatique dans les pays du Sud.

Diviser par 4 nos émissions, d’ici 2050 au plus tard ? Le chantier est colossal mais investir massivement dans les économies d’énergie et les énergies renouvelables pourrait conduire à « 900.000 créations d’emplois en France » selon les dernières prévisions de l’ADEME[2] et plus de 6 millions d’emplois pour toute l’Europe… Voilà un bon moyen de faire reculer nettement le chômage et la précarité. Un bon moyen, donc, de réconcilier l’Europe avec les citoyens.

Nul ne peut douter de la rentabilité à moyen terme du chantier, car la multiplication des évènements climatiques extrêmes provoque déjà chaque année des milliers de morts, des millions de réfugiés et des dépenses de plus en plus lourdes. Le réchauffement climatique provoquera non seulement des catastrophes naturelles (sècheresses, canicules, inondations,…) mais aussi des famines et des déplacements de population meurtriers. Que se passera-t-il dans 20, 30 ou 40 ans si des centaines de millions d’hommes et de femmes doivent quitter leur terre natale, devenue invivable ? A moyen terme, nous le savons tous, c’est la Paix mondiale qui est en jeu, si nous ne sommes pas capables de réduire, drastiquement et très rapidement, nos émissions de gaz à effet de serre.

Comment financer ce chantier colossal ? Certes, ces investissements seront tous rentables à terme, mais comment « amorcer la pompe » ? En même temps qu’une Taxe sur les Transactions Financières et une Taxe sur le CO2, deux leviers doivent être utilisés au plus vite :

1. La création monétaire doit être mise au service de la lutte contre le dérèglement climatique. Depuis avril 2015, la BCE a créé près de 2.500 milliards d’euros et les a mis à disposition des banques commerciales. Dans le même temps, les prêts de ces banques au secteur privé (entreprises et ménages) augmentaient de moins de 300 milliards. L’essentiel des liquidités alimente la spéculation : tous les mois, les marchés financiers battent de nouveaux records et le FMI ne cesse de nous mettre en garde contre le risque d’une nouvelle crise financière.

Inutile de modifier les statuts de la BCE. Il « suffit » de faire de la Banque Européenne d’Investissement, une Banque du Développement Durable chargée de fournir aux États membres des financements qui seront intégralement utilisés pour la transition énergétique. Un Traité européen donnerait à chaque pays un droit de tirage correspondant à 2 % de son PIB : la France aurait chaque année 45 milliards à taux 0, l’Allemagne près de 65 milliards.

Puisque la BCE a décidé récemment de prolonger sa politique d’assouplissement quantitatif (Quantitative Easing), il nous semble urgent de « flécher » la création monétaire pour qu’elle aille vers l’économie réelle et finance, dans tous les Etats membres, les économies d’énergie et le développement des énergies renouvelables.

Lutter contre le dumping fiscal européen, en créant une Contribution Climat de 5 %. En quarante ans, le taux moyen d’impôt sur les bénéfices a été divisé par 2 en Europe : il est aujourd’hui proche de 20 % alors que, aux Etats-Unis, le taux de l’impôt fédéral sur les bénéfices est stable, depuis plus de quatre-vingt ans, à 35 %[3].

Même avec un taux limité à 5 %, un impôt européen sur les bénéfices permettrait de dégager chaque année plus de 100 milliards d’euros, une somme qui permettrait d’abonder le budget européen pour cofinancer le chantier « Facteur 4 » sur le territoire européen, investir massivement dans la recherche (sur le stockage de l’énergie, les transports ou une nouvelle génération d’ordinateurs, plus sobres en électricité,…) et augmenter très nettement l’aide aux pays d’Afrique et du pourtour méditerranéen.

 

« L’ÉCONOMIE MONDIALE EST COMME LE TITANIC. ELLE ACCÉLÈRE AVANT LE CHOC, NOUS PRÉVIENT LE FMI[4]. LA PROCHAINE CRISE RISQUE D’ÊTRE PLUS GRAVE ET PLUS GÉNÉRALE QUE CELLE DE 2008.» 

« IL NE NOUS RESTE QUE QUELQUES ANNÉES POUR AGIR » 

affirment de leur côté les spécialistes du climat.

Pour éviter la double peine (une nouvelle crise financière & le chaos climatique), il est urgent de dégonfler la spéculation et de donner de nouveaux moyens à la lutte contre le réchauffement climatique.

Voilà pourquoi, puisque Angela Merkel, Emmanuel Macron et un grand nombre de dirigeants européens souhaitent relancer l’Europe en la dotant de nouveaux traités, nous, signataires de cet Appel, demandons solennellement aux chefs d’Etat et de Gouvernement européens de négocier au plus vite un Pacte Finance-Climat, qui assurerait pendant 30 ans des financements à la hauteur des enjeux pour financer la transition énergétique sur le territoire européen et muscler très fortement notre partenariat avec les pays du Sud.

Nous souhaitons que la création monétaire de la BCE soit mise au service de la lutte contre le dérèglement climatique et contre le chômage, et nous voulons qu’un impôt européen sur les bénéfices (de l’ordre de 5 %) permette de dégager un vrai budget pour investir dans la recherche et lutter contre le réchauffement climatique, en Europe, en Afrique comme dans tout le pourtour méditerranéen.

« Notre maison brule et nous regardons ailleurs » s’indignait Jacques Chirac à Johannesburg en 2002. Quinze ans plus tard, nous sommes de plus en plus nombreux à nous réveiller la nuit à cause de la gravité des crises qui nous menacent.

Pour éviter les catastrophes annoncées par l’ONU, il est urgent de provoquer un sursaut collectif et, par là même, de redonner du sens au projet européen en affirmant clairement quelles sont nos priorités.

Convaincus que nous ne parviendrons pas à reprendre en main notre destin si chaque nation reste isolée, nous demandons instamment aux Chefs d’Etat et de gouvernement de mettre en œuvre au plus vite une politique européenne qui dépasse les clivages traditionnels, mette la finance au service du climat et de la justice sociale, et nous permette de regarder sans rougir l’héritage que nous laisserons à nos enfants."

Tour des deux Amériques solidaire en voilier a décidé de s'engager et notre association a signé cet après-midi l'Appel du 7 décembre sur le site du Pacte France-Climat : https://climat-2020.eu/fr/l-appel/

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Call for an European Finance-Pact Climate :

"We cannot stand by and say nothing. We cannot stand by and do nothing. Today, the mind is outraged by the fate that is promised to mankind. We, citizens of Europe and citizens of the world bound by a common destiny, do not accept that humanity is heading, without reacting, towards climate chaos.

On October 31st, 2017, the United Nations solemnly alerted us[1] on the “catastrophic” gap between State commitments and the reductions in greenhouse gas emissions that would be required to keep global warming below 2 ° C.

“Current State commitments barely cover one-third of the cuts needed” said Erik Solheim, director of the United Nations Environment Program. Governments, the private sector and civil society must close this catastrophic gap. “One year after the entry into force of the Paris Agreement, we are far from doing what would be necessary to preserve hundreds of millions of people from a life of misery.” How to fill this gap? How to make up for lost time? What can Europe do ? 

How to close the gap ? Since it is “in the name of US employment” that the United States decided to withdraw from the Paris Agreement, it is fundamental that Europe demonstrates that it is possible to divide by 4 its greenhouse gas emissions while massively creating jobs. It is also essential that Europe take its full part in co-financing the fight against global warming in the countries of the Southern hemisphere. Divide by 4 our emissions, by 2050 at the latest? The project is colossal but investing heavily in energy savings and renewable energies could lead to “900,000 job creations in France” according to the latest forecasts from French environment and energy agency ADEME[2] and more than 6 million jobs for all of Europe … Thus a good way to significantly reduce unemployment and precarity. A good way therefore to reconcile Europe with its citizens. No one can doubt the profitability of such a project, the multiplication of extreme weather events is already causing thousands of deaths every year, millions of refugees and increasingly heavy expenses. Global warming is causing not only natural disasters (drought, heatwaves, floods,) but also famines and deadly population displacements. What will happen in 20, 30 or 40 years if hundreds of millions of men and women have to leave their homeland, which has become unlivable? In the medium term, as we all know, it is the World Peace that is at stake, if we are not able to reduce, drastically and urgently, our greenhouse gases emissions. To finance this colossal project, the European Court of Auditors estimates that each year, a little more than 1.100 billion private and public investments are needed. Admittedly, these investments will all be profitable in the long run, but how to “prime the pump”? Along with a Financial Transactions Tax and a CO2 Tax, two levers must be used as soon as possible :

  1. Monetary creation must serve the fight against climate change.

Since April 2015, the ECB has created nearly 2.500 billion euros and made them available to commercial banks. In the meantime, loans from these banks to the private sector (businesses and households) increased by less than 300 billion. The majority of these liquidities feeds speculation:  every month, the financial markets are breaking new records and the IMF keeps warning us of the risk of a new financial crisis … There is no need to change the Statutes of the European Central Bank (ECB). We “just” need to transform the European Investment Bank into a “Bank for Sustainable Development” , responsible for providing Member States with financing which will be used entirely for the transition to renewable energy. A European Treaty would/will give each country a Drawing Right corresponding to 2% of its GDP: France would/will have 45 billion euros each year at 0% interest. Germany 60billion … Since the ECB recently decided to extend its Quantitative Easing policy, it seems urgent to us to “direct” money creation into the real economy and finance, in all the Member States, the energy savings and the development of renewable energies.

  1. Resist European tax dumping by creating a 5% Climate Contribution.

In the last forty years, the average corporate tax rate has been divided by two in Europe: it is now close to 20% while the US federal income tax rate has been stable for more than eighty years at 35%[3]. Even with a rate limited to 5%, a European corporate profits tax would release each year more than 100 billion euros, an amount that would replenish the European budget to co-finance the “Factor 4” project in Europe, invest heavily in research (energy storage, transportation or a new generation of computers, more energy-efficient, …) and greatly increase aid to countries in Africa and around the Mediterranean.

“THE WORLD ECONOMY IS LIKE THE TITANIC. IT ACCELERATES BEFORE THE SHOCK, WARNS THE IMF[4]. THE NEXT CRISIS IS LIKELY TO BE MORE SERIOUS AND MORE GENERAL THAN THAT OF 2008. “” WE HAVE ONLY A FEW YEARS LEFT TO ACT, “CLIMATE EXPERTS AFFIRM.

To avoid this double risk (a new financial crisis & climate chaos), it is urgent to deflate speculation and give new ways to fight against global warming. This is why, since Angela Merkel, Emmanuel Macron and a large number of European leaders wish to revive Europe by endowing it with new treaties, we, the signatories of this Call, solemnly ask the European Heads of State and Government to negotiate at the soonest possible, a Finance-Climate Agreement, which would provide the necessary financing for 30 years, given the stakes, to finance the energy transition on the European territory and strengthen our partnership with the countries of the South. We hope that the monetary creation of the ECB will be put at the service of the fight against climate change and unemployment, and we want a European tax on profits (of 5%) to consolidate a real budget to invest in research and fight against global warming, in Europe, Africa and all around the Mediterranean. “Our house burns and we look elsewhere,” Jacques Chirac said indignantly at Johannesburg in 2002. Fifteen years later, more and more of us are waking up at night because of the seriousness of the crises that threaten us. To avoid the catastrophes announced by the United Nations, it is urgent to provoke a collective outburst and, thereby also give a new meaning to the European project by clearly stating our priorities. Convinced that we will not succeed in taking back our destiny if each nation remains isolated, we urge the Heads of State and Government to implement as soon as possible a European policy that transcends traditional divisions, puts finance at the service of climate and social justice, and allows us to look without blushing at the legacy we leave to our children."

The Board of Directors of Tour des deux Amériques Solidaire en Voilier has decided to commit and signed this afternoon the France-Climate Pact on the website https://climat-2020.eu/en/l-appel/