Rapport sur l'état de la sécurité alimentaire dans le monde 2018 de la FAO (11 septembre 2018) i9553fr (couverture)

« Après une longue période de recul, la faim dans le monde gagne de nouveau du terrain ». C’est le cri d’alarme que lançait le 15 septembre 2017 la FAO.

Un an plus tard, les choses se sont aggravées.

La faim qui semblait endiguée il y a quelques années s’est remise à progresser dans le monde. On est ainsi passé de 777 millions de personnes souffrant de la faim dans le monde à 804 millions en 2016, et 821 millions en 2017, soit 17 millions de plus que lors de la dernière estimation. On se retrouve aujourd’hui dans la même situation qu’il y a dix ans. Un rapport inquiétant de l’ONU pointe aujourd’hui deux facteurs : les guerres et le réchauffement climatique. Alliés, chaleur et précarité contribuent aux épidémies (choléra au Soudan l'an passé par exemple) ce qui n’arrange pas la situation.

En 2017, l’ONU avait lancé l’alerte : il fallait trouver trouver 4,9 milliards de dollars pour couvrir les besoins de Soudan du Sud, du Yemen, de la Somalie et du Nigéria. 60 % seulement des fonds ont été trouvés, mais, sauf en ce qui concerne le Soudan du Sud, qui a reconnu un état de famine extrême dans le nord de son territoire, on peut dire que le pire a été évité. Cependant, « des millions de personnes sont toujours au bord de la falaise», insistait il y a un an Dominique Burgeon, directeur des urgences à la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), cité par Le Monde. « Le nombre de ceux classés en urgence humanitaire a même augmenté.» L’« urgence humanitaire » est la dernière catégorie sur l’échelle de la sécurité alimentaire avant la famine. A Mogadiscio, Ibrahim Hassan de l’ONG Care ajoutait : « Nous restons dans la plus grande incertitude. La moitié de la population a besoin d’aide. Des millions de personnes ont été déplacées. Les troupeaux ont été décimés. Les risques de famine ne sont pas écartés.»

Parlant de la région d’Equatoria, un responsable de la Croix-Rouge décrivait alors la situation : « Cette région méridionale, qui est le grenier du pays, a été gagnée par les violences. Les petits agriculteurs n’ont pas pu cultiver leurs champs et ont dû quitter leurs terres. Certaines familles ont été déplacées trois, quatre fois. Elles luttent pour survivre mais elles ne peuvent pas endurerdavantage ». Au Congo, ce sont 1,4 millions de personnes qui ont été déplacées dans le même temps. (source : Le Monde, 15/09/2017,  https://www.lemonde.fr/planete/article/2017/09/15/apres-une-longue-periode-de-recul-la-faim-progresse-dans-le-monde_5186134_3244.html)

Ce mardi 11 septembre 2018, la FOA, l’organisme de l’ONU chargé de la faim dans le monde, a publié un communiqué dont vous trouverez ci-dessous un extrait important : 

« 11 septembre 2018, Rome - Selon le rapport sur l'Etat de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde 2018, publié aujourd'hui, de nouvelles preuves indiquent que le nombre de personnes souffrant de faim dans le monde est en hausse, avec 821 millions de personnes en 2017, soit une personne sur neuf. Des progrès limités ont également été observés en matière de lutte contre les différentes formes de malnutrition, qui vont du retard de croissance chez l'enfant à l'obésité adulte, une situation qui menace la santé de centaines de millions de personnes.

La faim est en hausse depuis ces trois dernières années, marquant de ce fait une régression vers les niveaux enregistrés il y a près de dix ans. Cette régression signifie que davantage doit être fait si l'on veut atteindre l'objectif Faim Zéro d'ici 2030.

La situation s'aggrave en Amérique du Sud et dans la plupart des régions d'Afrique, tandis que la tendance vers la baisse du taux de sous-alimentation qui caractérisait le continent asiatique semble fortement ralentir.

Selon le rapport annuel de l'ONU, la variabilité climatique affectant le régime des pluies et les saisons agricoles et les événements climatiques extrêmes tels que les sécheresses et les inondations font partie des facteurs clés expliquant la hausse de la faim, sans oublier les conflits et les crises économiques.

«Les signes alarmants de la hausse de l'insécurité alimentaire et des différentes formes de malnutrition signifient clairement que des efforts conséquents doivent être déployés afin de s'assurer de «ne laisser personne pour compte» et de réaliser les Objectifs de développement durable liés à la sécurité alimentaire et à la nutrition», ont indiqué les dirigeants de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), du Fonds international de développement agricole (FIDA), du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), du Programme alimentaire mondial (PAM) et de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) dans la préface de leur rapport.

«Si nous souhaitons parvenir à un monde libéré de la faim et de toutes les formes de malnutrition d'ici 2030, il est impératif d'accélérer et d'intensifier les actions visant à renforcer la résilience et la capacité d'adaptation des systèmes alimentaires, ainsi que les moyens d'existence des populations face à la variabilité climatique et aux événements climatiques extrêmes», ont ajouté les dirigeants.

Les impacts de la variabilité et des extrêmes climatiques sur la faim

Les changements climatiques compromettent déjà la production de cultures importantes telles que le blé, le riz et le maïs dans des régions tropicales et tempérées et si l'on ne renforce pas la résilience face au climat, la situation devrait s'aggraver, tandis que les températures augmentent et deviennent plus extrêmes.

Les analyses proposées dans le rapport révèlent que la prévalence et le nombre de personnes sous-alimentées tendent à être plus importants dans les pays fortement exposés aux extrêmes climatiques.

Le taux de sous-alimentation est encore plus considérable lorsque l'exposition aux extrêmes climatiques est associée à une forte proportion de la population dépendante de systèmes agricoles particulièrement sensibles aux précipitations et à la variabilité climatique.

Affectant les zones de cultures agricoles, les températures continuent de dépasser la moyenne à long terme pour la période allant de 2011 à 2016, entraînant ainsi une multiplication des périodes de chaleur extrême ces cinq dernières années. Les saisons des pluies connaissent également une évolution avec un début précoce ou tardif et une répartition inégale des précipitations d'une saison à l'autre.

La production agricole est lourdement affectée par cette situation qui a également pour effet de provoquer des pénuries alimentaires, avec notamment des répercussions sur la hausse des prix des produits alimentaires, sur la baisse des revenus et sur l'accessibilité des populations à la nourriture. »

Le rapport sur l'Etat de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde 2018 pointe sans ambiguité les effets du réchauffement climatique sur la sécurité alimentaire :

- La variabilité du climat et les extrêmes climatiques ont une incidence sur les moyens d'existence et les moyens de subsistance, en particulier des pauvres, ce qui accroît le risque d'insécurité alimentaire et de malnutrition. 

- Les chocs climatiques et la dégradation environnementale limitent les biens et services dont disposent les individus et les populations locales, ce qui non seulement réduit les débouchés économiques et les possibilités de subsistance, mais modifie également leurs capacités de résilience, de faire face et de s'adapter. 

- Les extrêmes climatiques, lorsqu’ils sont prolongés ou récurrents, font que les personnes touchées n’ont plus la même capacité de faire face et entraînent la perte de moyens d'existence, des migrations de détresse et misère. 

- Les catastrophes liées au climat créent et font perdurer la pauvreté. Elles contribuent à l'insécurité alimentaire et à la malnutrition, ainsi qu'à la vulnérabilité actuelle et future aux extrêmes climatiques. 

- Les événements climatiques extrêmes ont des conséquences à court, moyen et long termes sur la sécurité alimentaire et la nutrition. 

- La variabilité du climat et les extrêmes climatiques peuvent jouer sur la viabilité des moyens d'existence et contraindre ainsi les intéressés à ajuster leur stratégie de subsistance. Des chocs climatiques répétés peuvent saper la capacité des ménages de maintenir leurs actifs et moyens de subsistance ou de réinvestir dans l'agriculture, ce qui peut conduire à une insécurité alimentaire chronique, à la malnutrition, une santé précaire et à un manque de productivité économique. Des éléments prouvent que les moyens d'existence des pauvres sont particulièrement touchés. 

Le rapport insiste sur le fait que "des sécheresses graves peuvent contribuer à accroître l'instabilité sociale et déclancher des conflits".

Notant que 151 millions d’enfants dans le monde souffrent de malnutrition et accusent des retards de croissance, les auteurs du rapport 2018 qualifient de « honteux » le fait qu’une femme sur trois dans le monde en âge de procréer souffre d’anémie, avec des risques importants sur la santé et le développement ». Le rapport pointe que ce taux d’anémie ne baisse dans aucune des régions du monde. (source : FAO, http://www.fao.org/news/story/fr/item/1152102/icode/)

Vous pouvez télécharger le l'Etat de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde 2018 en cliquant sur le lien ou à l'adresse : http://www.fao.org/3/I9553FR/i9553fr.pdf

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Orange_ribbon (symbole de la malnutrition, auteur MesserWoland)

"After a long period of recession, hunger in the world is gaining ground again". This is the alarm call that launched on September 15, 2017 the FAO. A year later, things got worse. The hunger that seemed to be stalled a few years ago has begun to progress in the world. Thus, from 777 million people suffering from hunger in the world, to 804 in 2016, and 821 million in 2017, 17 million more than in the last estimate. We are today in the same situation as it was ten years ago. A disturbing report from the UN today points to two factors: wars and global warming. Allies, heat and precariousness contribute to epidemics (cholera in Sudan for example) which does not help the situation.

In 2017, the UN warned that $ 4.9 billion was needed to cover the needs of South Sudan, Yemen, Somalia and Nigeria. Only 60% of the funds were found, but except for South Sudan, which has recognized extreme famine in the north of its territory, it can be said that the worst has been avoided. However, "millions of people are still at the edge of the cliff", insisted a year ago Dominique Burgeon, director of emergencies at FAO (Food and Agriculture Organization of the United Nations), quoted by Le Monde . "The number of those classified as humanitarian emergencies has even increased." The "humanitarian emergency" is the last category on the food security scale before famine. In Mogadishu, Ibrahim Hassan of the NGO Care added: "We remain in the greater uncertainty. Half of the population needs help. Millions of people have been displaced. The herds have been decimated. The risks of famine are not averted. " Speaking of the Equatoria region, a Red Cross official described the situation: "This southern region, which is the breadbasket of the country, was won by the violence. Small farmers could not cultivate their fields and had to leave their land. Some families have been displaced three or four times. They struggle to survive, but they can not endure more. " In Congo, 1.4 million people were displaced at the same time. (source: Le Monde, 15/09/2017, https://www.lemonde.fr/planete/article/2017/09/15/apres-une-longue-periode-de-recul-la-faim-progresses- in-the-monde_5186134_3244.html)

On Tuesday, September 11, 2018, the FOA, the UN body responsible for hunger in the world, issued a statement which you will find below an important extract: "September 11, 2018, Rome - According to the State of World Food Security and Nutrition Report 2018, released today, new evidence indicates that the number of hungry people in the world is rising , with 821 million people in 2017, or one in nine people. Limited progress has also been made in combating the various forms of malnutrition, ranging from stunting in children to adult obesity, a situation that threatens the health of hundreds of millions of people. Hunger has been on the rise for the last three years, marking a decline to the levels recorded almost ten years ago. This regression means that more needs to be done to reach the Zero Hunger goal by 2030. The situation is worsening in South America and in most parts of Africa, while the trend towards a decline in the rate of undernourishment that characterized the Asian continent seems to be slowing down considerably. According to the UN Annual Report, climate variability affecting rainfall patterns and agricultural seasons and extreme weather events such as droughts and floods are among the key factors explaining rising hunger, as well as conflict and economic crises.

"The alarming signs of rising food insecurity and different forms of malnutrition clearly mean that significant efforts must be made to ensure" leave no one behind "and to achieve the Sustainable Development Goals related to poverty. food security and nutrition, "said the leaders of the Food and Agriculture Organization of the United Nations (FAO), the International Fund for Agricultural Development (IFAD), the United Nations Development Fund (UNFPA) Childhood (UNICEF), the World Food Program (WFP) and the World Health Organization (WHO) in the preface to their report. "If we want to achieve a world free from hunger and all forms of malnutrition by 2030, it is imperative to accelerate and intensify actions to strengthen the resilience and adaptive capacity of food systems. as well as people's livelihoods in the face of climate variability and extreme weather events, "added the leaders.

The impacts of climate variability and extremes on hunger: Climate change is already compromising the production of important crops such as wheat, rice and maize in tropical and temperate regions, and if climate resilience is not enhanced, the situation is expected to worsen, while temperatures increase and become more extreme. The analyzes proposed in the report reveal that the prevalence and number of undernourished people tend to be higher in countries highly exposed to climate extremes. The rate of undernourishment is even greater when exposure to climate extremes is associated with a high proportion of the population dependent on agricultural systems that are particularly sensitive to rainfall and climate variability. Affecting areas of agricultural crops, temperatures continue to exceed the long-term average for the period from 2011 to 2016, resulting in an increase in periods of extreme heat in the last five years. The rainy seasons are also changing with an early or late start and an uneven distribution of rainfall from one season to another. Agricultural production is severely affected by this situation, which also has the effect of causing food shortages, including impacts on rising food prices, falling incomes, and people's access to food. "

The report on the State of Food Security and Nutrition in the World 2018 unambiguously points out the effects of global warming on food security:
- Climate variability and extremes affect livelihoods and livelihoods, especially for the poor, increasing the risk of food insecurity and malnutrition.

- Climate shocks and environmental degradation limit the goods and services available to individuals and local populations, which not only reduces economic opportunities and livelihood opportunities, but also modifies their resilience, resilience and resilience. 'adapt.

- Extreme climatic extremes, when they are prolonged or recurrent, mean that affected people no longer have the same ability to cope and lead to loss of livelihoods, migrations of distress and misery.

- Climate-related disasters create and perpetuate poverty. They contribute to food insecurity and malnutrition, as well as current and future vulnerability to climate extremes.

- Extreme weather events have short, medium and long term consequences for food security and nutrition.

- Climate variability and extremes can affect livelihood viability and constrain people to adjust their livelihood strategies. Repeated climate shocks can undermine households' ability to maintain their assets and livelihoods or reinvest in agriculture, which can lead to chronic food insecurity, malnutrition, poor health, and a lack of economic productivity. . Evidence shows that the livelihoods of the poor are particularly affected.

The report emphasizes that "severe droughts can contribute to increasing social instability and triggering conflict". Noting that 151 million children worldwide are malnourished and stunted, the 2018 report describes as "shameful" the fact that one in three women in the world of childbearing age suffers from anemia, with significant risks to health and development ". The report points out that this rate of anemia is not declining in any part of the world. (source: FAO, http://www.fao.org/news/story/item/1152102/icode/)

Image : orange ribbon, malnutrition symbol. Author : Messer Woland