Réfugués français (auteur Tritschler) Bundesarchiv_Bild_146-1971-083-01,_Frankreich,_französische_Flüchtlinge

Nous alertons depuis quelque temps sur la nécessité et le caractère inéluctable de l'accueil des migrants en lien avec le réchauffement climatique (cf. notre newsletter du 10 septembre 2018, etc.). Certains ont fait de l'accueil des migrants un facteur de clivage politique qui est en train d'envahir l'Europe, alors qu'il ne s'agit pas d'un choix mais d'une nécessité qui va s'imposer de manière de plus en plus pressante au fur et à mesure de la progression du réchauffement, lequel va en s'accélérant. D'autres s'interrogent sur l'intérêt de parler des migrants dans un blog consacré à une expédition en lutte pour la sauvegarde de la biodiversité marine et contre le réchauffement climatique. Ce blog est parfaitement apolitique, et il n'en sera jamais autrement. Cependant, il n'est pas possible aujourd'hui de s'intéresser au réchauffement climatique sans envisager ses conséquences, dont l'une des plus importantes au XXIe siècle sera l'exode massif de centaines de millions de personnes. 150 intellectuels, artistes, militants associatifs, syndicalistes et personnalités de la société civile ont signé la semaine dernière le Manifeste pour l'accueil des migrants, publié sur Mediapart, Regards et Politis. Voici ce texte :

"Partout en Europe, l’extrême droite progresse. La passion de l’égalité est supplantée par l’obsession de l’identité. La peur de ne plus être chez soi l’emporte sur la possibilité de vivre ensemble. L’ordre et l’autorité écrasent la responsabilité et le partage. Le chacun pour soi prime sur l’esprit public.

Le temps des boucs émissaires est de retour. Oubliées au point d’être invisibles, la frénésie de la financiarisation, la ronde incessante des marchandises, la spirale des inégalités, des discriminations et de la précarité. En dépit des chiffres réels, la cause de nos malheurs serait, nous affirme-t-on, dans la « pression migratoire ». De là à dire que, pour éradiquer le mal-être, il suffit de tarir les flux migratoires, le chemin n’est pas long et beaucoup trop s’y engagent.

Nous ne l’acceptons pas. Les racines des maux contemporains ne sont pas dans le déplacement des êtres humains, mais dans le règne illimité de la concurrence et de la gouvernance, dans le primat de la finance et dans la surdité des technocraties. Ce n’est pas la main-d’œuvre immigrée qui pèse sur la masse salariale, mais la règle de plus en plus universelle de la compétitivité, de la rentabilité, de la précarité.

Nous ne ferons pas à l’extrême droite le cadeau de laisser croire
qu’elle pose de bonnes questions. Nous rejetons ses questions, en même temps que ses réponses. 

Il est illusoire de penser que l’on va pouvoir contenir et a fortiori interrompre les flux migratoires. À vouloir le faire, on finit toujours par être contraint au pire. La régulation devient contrôle policier accru, la frontière se fait mur. Or la clôture produit, inéluctablement, de la violence… et l’inflation de clandestins démunis et corvéables à merci. Dans la mondialisation telle qu’elle se fait, les capitaux et les marchandises se déplacent sans contrôle et sans contrainte ; les êtres humains ne le peuvent pas. Le libre mouvement des hommes n’est pas le credo du capital, ancien comme moderne.

Dans les décennies qui viennent, les migrations s’étendront, volontaires ou contraintes. Elles toucheront nos rivages et notre propre pays, comme aujourd’hui, aura ses expatriés. Les réfugiés poussés par les guerres et les catastrophes climatiques seront plus nombreux. Que va-t-on faire ? Continuer de fermer les frontières et laisser les plus pauvres accueillir les très pauvres ? C’est indigne moralement et stupide rationnellement. Politique de l’autruche… Après nous le déluge ? Mais le déluge sera bien pour nous tous !

Il ne faut faire aucune concession à ces idées, que l’extrême droite a imposées, que la droite a trop souvent ralliées et qui tentent même une partie de la gauche. Nous, intellectuels, créateurs, militants associatifs, syndicalistes et citoyens avant tout, affirmons que nous ne courberons pas la tête. Nous ne composerons pas avec le fonds de commerce de l’extrême droite. La migration n’est un mal que dans les sociétés qui tournent le dos au partage. La liberté de circulation et l’égalité des droits sociaux pour les immigrés présents dans les pays d’accueil sont des droits fondamentaux de l’humanité.

Nous ne ferons pas à l’extrême droite le cadeau de laisser croire qu’elle pose de bonnes questions. Nous rejetons ses questions, en même temps que ses réponses."

Les 150 signataires :

Christophe AGUITON sociologue, Christophe ALEVEQUE humoriste et auteur, Pouria AMIRSHAHI directeur de Politis, Ariane ASCARIDE comédienne, Jean-Christophe ATTIAS universitaire, Geneviève AZAM économiste, Bertrand BADIE politiste, Sébastien BAILLEUL DG du CRID, Josiane BALASKOcomédienne, Étienne BALIBAR philosophe, Ludivine BANTIGNY historienne, Pierre-Emmanuel BARREauteur, humoriste, Lauren BASTIDE journaliste, féministe, Christian BAUDELOT sociologue, Edmond BAUDOIN auteur, dessinateur de BD, Alex BEAUPAINauteur, compositeur, interprète, François BEGAUDEAUécrivain, Yassine BELATTAR humoriste, Hourya BENTOUHAMI philosophe, Alain BERTHOanthropologue, Pascal BLANCHARD historien, Romane BOHRINGER comédienne, Benoît BORRITS chercheur militant, Patrick BOUCHAIN architecte, Alima BOUMEDIENE-THIERY avocate, Rony BRAUMAN médecin, cofondateur de MSF, Michel BROUE mathématicien, Valérie CABANES juriste internationale, Hélène CABIOC’H présidente de l’Ipam, Julia CAGE économiste, Robin CAMPILLOréalisateur, Aymeric CARON écrivain, journaliste François CHAIGNAUD chorégraphe, Patrick CHAMOISEAU écrivan, Paul CHEMETOV architecte, Monique CHEMILLIER-GENDREAU juriste, Mouhieddine CHERBIB Respect des libertés, Jean-Louis COHEN historien, Christel COURNILenseignante-chercheuse, Marie COSNAY écrivaine, Annick COUPE syndicaliste, Alexis CUKIERphilosophe, Jocelyne DAKHLIA historienne, Jean-Michel DAQUIN architecte, Françoise DAVISSEréalisatrice, Philippe DE BOTTON président de Médecins du monde, Laurence DE COCK historienne, Catherine DE WENDEN politologue, Christine DELPHY féministe, Christophe DELTOMBEprésident de la Cimade, Rokhaya DIALLO journaliste, écrivaine, Georges DIDI-HUBERMAN philosophe, Bernard DREANO président du Cedetim, Michel DRUanesthésiste-réanimateur, Françoise DUMONTprésidente d’honneur de la LDH, Annie ERNAUXécrivaine, Éric FASSIN sociologue, anthropologue, Corentin FILA comédien, Geneviève FRAISSE philosophe, Bernard FRIOT économiste, Isabelle GARO philosophe, Amandine GAY réalisatrice, Raphaël GLUCKSMANN essayiste, Yann GONZALEZréalisateur, Robert GUEDIGUIAN réalisateur, Nacira GUENIF sociologue et anthropologue, Janette HABELpolitologue, Jean-Marie HARRIBEY économiste, Serge HEFEZ psychanalyste, Cédric HERROUmilitant associatif, Christophe HONORE réalisateur, Eva HUSSON réalisatrice, Thierry ILLOUZ auteur et avocat pénaliste, Pierre JACQUEMAIN rédacteur en chef de Regards, Geneviève JACQUES militante associative, Chantal JAQUET philosophe, JULIETTEchanteuse parolière et compositrice, Gaël KAMILINDI pensionnaire de la Comédie-Française, Pierre KHALFAsyndicaliste et coprésident de la Fondation Copernic, Cloé KORMAN écrivaine, Bernard LAHIREprofesseur de sociologie à l’ENS de Lyon, Nicole LAPIERRE anthropologue et sociologue, Mathilde LARRERE historienne, Henri LECLERC président d’honneur de la LDH, Raphaël LIOGIER sociologue et philosophe, Isabelle LORAND chirurgienne, Germain LOUVET danseur étoile de l’Opéra de Paris, Gilles MANCERON historien, Philippe MANGEOTenseignant, Patrice MANIGLIER philosophe, Philippe MARLIERE politologue, Roger MARTELLIhistorien et directeur de la publication de Regards, Christiane MARTY ingénieure-chercheuse, Corinne MASIERO comédienne, Gustave MASSIAHaltermondialiste, Nicolas MAURY comédien, Marion MAZAURIC éditrice, Caroline MECARY avocate, Philippe MEIRIEU pédagogue, Phia MENARDjongleuse performeuse et metteure en scène, Céline MERESSE présidente du CICP, Guillaume MEURICEauteur et humoriste, Pierre MICHELETTI médecin et écrivain, Jean-François MIGNARD secrétaire général de la LDH, Véronique NAHOUM-GRAPPE anthropologue, Stanislas NORDEY directeur du Théâtre national de Strasbourg, Ludmila PAGLIEROdanseuse étoile à l’Opéra de Paris, Willy PELLETIERsociologue, Nora PHILIPPE auteure et réalisatrice, Thomas PIKETTY économiste, Edwy PLENELjournaliste et cofondateur de Mediapart, Emmanuel POILANE président du CRID, Thomas PORCHERéconomiste, Didier PORTE humoriste, Mathieu POTTE-BONNEVILLE philosophe, Olivier PY auteur metteur en scène et directeur du Festival d’Avignon, Bernard RAVENEL historien, Éric REINHARDTécrivain, Prudence RIFF co-présidente du FASTI, Michèle RIOT-SARCEY historienne, Vanina ROCHICCIOLI présidente du Gisti, Paul RODINdirecteur délégué du festival d’Avignon, Marguerite ROLLINDE politologue spécialiste du Maghreb, Alexandre ROMANES cofondateur du cirque Romanès, Délia ROMANES confondatrice du cirque Romanès, Paul RONDIN directeur délégué du Festival d’Avignon, Alain RUSCIO historien, Malik SALEMKOUR président de la LDH, Sarah SALESSEavocate, Christian SALMON écrivain, Odile SCHWERTZ-FAVRAT ex-présidente de la Fasti, Denis SIEFFERT président de la SAS Politis, Catherine SINET directrice de la rédaction de Siné Mensuel, Evelyne SIRE-MARIN magistrat, Romain SLITINEenseignant à Sciences Po, Pierre TARTAKOWSKYprésident d’honneur de la LDH, Lilian THURAMfondation Lilian Thuram-Éducation contre le racisme, Sylvie TISSOT sociologue, Michel TOESCA acteur et réalisateur, Marie TOUSSAINT militante associative et présidente de Notre affaire à tous, Assa TRAORE comité Adama, Enzo TRAVERSO historien, Catherine TRICOT architecte-urbaniste, Aurélie TROUVE porte-parole d’Attac, Fabien TRUONG sociologue, Michel TUBIANA président d’honneur de la LDH, Dominique VIDAL-SEPHIHA journaliste, Jean VIGREUXhistorien, Thierry VILA écrivain, Arnaud VIVIANTécrivain et critique littéraire, Sophie WAHNICHhistorienne, Jacques WEBER comédien, Serge WOLIKOW historien.

Associations signataires :

Assemblée citoyenne des originaires de Turquie(ACORT), Auberge des migrants, Bureau d’accueil et d’accompagnement des migrants (BAAM), CCFD - Terre solidaire 93, Centre d’études et d’initiatives de solidarité internationale(CEDETIM), Centre international de culture populaire (CICP), Coalition internationale des sans-papiers et migrants (CISPM), Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT), Coordination 75 des sans-papiers, Coordination 93 de lutte pour les sans-papiers, CSP92, DIEL, Fédération des associations de solidarité avec tous·te·s les immigré·e·s (Fasti), Fédération des tunisiens pour une citoyenneté des deux rives (FTCR), Gisti, Initiatives pour un autre monde (IPAM), La Cimade, Ligue des droits de l’homme, Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie, Roya citoyenne, Syndicat des avocats de France (SAF), Union juive française pour la paix(UJFP), Utopia 56.

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We have been alerting for some time to the need and the inevitability of welcoming migrants in connection with global warming (see our newsletter of 10 September 2018, etc.). Some have made the reception of migrants a factor of political cleavage that is invading Europe, whereas it is not a choice but a necessity that will prevail more and more pressing as the warming progresses, which is accelerating. Others wonder about the interest of talking about migrants in a blog dedicated to an expedition fighting for the preservation of marine biodiversity and against global warming. This blog is perfectly apolitical, and it will never be otherwise. However, it is not possible today to focus on global warming without considering its consequences, one of the most important in the twenty-first century will be the mass exodus of hundreds of millions of people. 150 intellectuals, artists, activists, trade unionists and civil society figures signed last week the Manifesto for the reception of migrants, published on Mediapart, Regards and Politis. Here is this text:

"Everywhere in Europe, the far right is progressing, the passion for equality has been supplanted by the obsession with identity, the fear of no longer being at home outweighs the possibility of living together. authority crushes responsibility and sharing, everyone for oneself takes precedence over the public mind. The time of the scapegoats is back. Forgotten to the point of being invisible, the frenzy of financialization, the incessant round of goods, the spiral of inequality, discrimination and precariousness. In spite of the real figures, the cause of our misfortunes, we are told, is the "migratory pressure". From there to say that, to eradicate the malaise, it is enough to dry up the migratory flows, the way is not long and much too engage in it. We do not accept it. The roots of contemporary ills are not in the displacement of human beings, but in the unlimited reign of competition and governance, in the primacy of finance and in the deafness of technocracies. It is not the immigrant workforce that weighs on the wage bill, but the increasingly universal rule of competitiveness, profitability, precariousness. We will not make the far right the gift to believe that she asks good questions. We reject his questions, along with his answers. It is illusory to think that we will be able to contain and a fortiori interrupt migration flows. To want to do it, we always end up being forced to the worst. The regulation becomes police control increased, the border becomes wall. But closure inevitably produces violence ... and the inflation of clandestine immigrants who are destitute and able to work at their mercy. In globalization as it is, capital and goods move without control and without constraint; human beings can not. The free movement of men is not the creed of capital, ancient or modern. In the coming decades, migration will expand, voluntary or constrained. They will touch our shores and our own country, like today, will have its expats. Refugees driven by wars and climatic disasters will be more numerous. What are we going to do? Continue to close the borders and let the poorest welcome the very poor? It is unworthy morally and stupid rationally. Politics of the ostrich ... After us the deluge? But the deluge will be good for all of us! No concessions must be made to these ideas, which the extreme right has imposed, which the right has too often rallied, and which even attempts a part of the left. We, intellectuals, creators, activists, trade unionists and citizens above all, say that we will not bend our heads. We will not be dealing with the business of the far right. Migration is an evil only in societies that turn their backs on sharing. Freedom of movement and equal social rights for immigrants in host countries are fundamental rights of humanity. We will not make the extreme right the gift to believe that it poses good questions. We reject his questions, along with his answers. "

Photo : Réfugués français (auteur/author : Tritschler) Bundesarchiv_Bild_146-1971-083-01,_Frankreich,_französische_Flüchtlinge