L'Hercegnovski Zaljev vu de Zelenika, 10 avril 19

Le D&D Kufner 50 Prestige au quai des douanes de Zelenika, 10 avril 2019

La capitainerie de Zelenika (Montenegro), 10 avril 2019

Mercredi 10 avril 2019. A 7h30 je suis devant la capitainerie de Zelenika ; je suis en cela les instruction données la veille au soir pour les policiers du port d'entrée, lorsque nous avons accosté au quai des douanes de Zelenika. La capitainerie est ouverte, mais le maître des lieux en est absent. Des chaises branlantes et un fauteuil cassé peuplent l'entrée de la maison. Une affiche ancienne invite les plaisanciers à respecter les fonds marins. Ayant peu dormi, je m'affale dans le fauteuil et m'y assoupis à moitié, en attendant l'arrivée de l'officier. Un quart d'heure plus tard celui-ci arrive, et m'informe que notre loueur n'a pas fait les formalités de départ : nous aurions du passer à la capitainerie de Trogir samedi dernier pour les informer de notre destination. L'infraction n'a pas l'air trop grave, et je suis autorisé à payer 45 euros pour la nuit au quai des douanes, les droits d'entrée du bateau (vignettes à coller des deux côtés du mât), et le pavillon du Montenegro que nous hisserons sur le bateau.

Evitez de mouiller sur les herbiers, affiche dans la capitainerie de Zelenika, 10 avril 2019

Blason à la porte d'entrée de la capitainerie de Zelenika, 10 avril 2019A 9h30 nous quittons le quai des douanes de Zelenika. Les réservoirs d'eau sont à 0%, le fuel également à 0%. La station service de Zelenika est fermée, celle de la grande marina en construction un peu plus à l'est n'est pas encore ouverte. Nous partons faire le plein à Trivat (cap 089°), au moteur car il y a très peu de vent. Un Croate sur un zodiac que nous croisons nous confirme en italien la nécessité pour nous d'aller jusqu'à Trivat pour faire le plein. 

A 10 heures j'appelle les services d'Orange : un sms m'a informé quelques minutes après mon arrivée au Monténégro, dans la nuit d'hier, de ce que je venais de dépasser de 50 € mon forfait, avec restriction de ma ligne en guise de mesure de précaution. Le Monténegro est rentré dans l'Otan en 2017, mais sa candidature à l'entrée dans l'Union Européenne n'est toujours pas acceptée, et les communications téléphoniques sont très coûteuses.  Comme j'ai besoin de pouvoir accéder à internet et également passer quelques appels vocaux, j'achète un "pass" à 25 euros proposé par un conseiller d'Orange auquel j'expose mes besoins. J'appelle ensuite notre loueur pour lui demander comment notre réservoir de carburant a pu se vider aussi vite. La réponse est simple : plein, il ne contient que 120 litres "officiels" de gazole, plus une réserve "officieuse" de trente litres, qui n'apparaît nulle part sur la jauge mais nous permet en ce moment même d'avancer. C'est la première fois que je vois un bateau aussi grand avec une autonomie en carburant aussi faible. 

En route pour Tivat, nous dépassons le navire-école Jadran, 10 avril 2019 (1)

En route pour Tivat, nous dépassons le navire-école Jadran, 10 avril 2019 (2)

A 11h nous rattrapons le "trois-mâts" Jadran. Construit à Hambourg et mis à l'eau le 25 juillet 1931, ce bateau était initialement destiné à la marine yougoslave et basé à Tivat. Avec l'invasion de la Yougoslavie en avril 1941, le bateau est saisi puis transféré à la Regia Marina, la marine italienne qui le renomme Marco Polo, avant de l'abandonner dans un canal de Venise où il servira de ponton après l'armistice de Cassibile en 1943. Restitué après la guerre à la République socialiste de Yougoslavie, le Jadran subira de multiples travaux de rénovation. Le trois-mâts goélette sert aujourd'hui de navire école à la marine du Montenegro, qui en est devenu propriétaire depuis la disparition de la Yougoslavie.

Entre Zelenika et Tivat, sous la pluie, 10 avril 2019 (2)

A 12h, nous sommes sous une pluie battante, en train de faire le plein au petit quai des carburants de Tivat. Le temps, maussade depuis le début de la matinée, ne s'est pas dégagé, et les nuages nous arrosent copieusement.. Le nable du réservoir de gazole est trop petit pour que nous puissions y faire rentrer l'embout du tuyau d'essence, et nous devons découper une bouteille d'eau minérale pour en faire un entonnoir de fortune. La Coupe du monde de voile se déroule à côté de nous, juste devant l'entrée de la marina de Tivat ; nous avons essayé de ne pas gêner les voiliers en entrant dans la marina.

Joaquin, Muriel et Thomas retournent au quai des carburants de Tivat, 10 avril 2019Retour en annexe au quai des carburants de Tivat pour Joaquin et deux équipiers, 10 avril 2019

Dans le Tivatski Zaljev, 10 avril 2019 (1)

14h : à un mille au NW de Tivat, le moteur cale. Appelé au téléphone, le technicien de Nautika Kufner dit : "pompez et re-pompez, ce doit être un problème d'eau". Nous faisons des ronds dans l'eau à la voile, un de nos équipiers paniquant presque à l'idée que nous nous rapprochions de la côte - ce qui n'est pas du tout le cas, le faible courant en provenance des bassins supérieurs nous éloignant au contraire de celle-ci. Joaquin, Thomas et Muriel se proposent de retourner à terre avec l'annexe vérifier avec la station service la qualité du carburant qui nous a été délivrée. L'idée ne me paraît pas extraordinaire, mais en l'absence de vent et de houle, elle n'est pas dangereuse et favorisera le retour du calme à bord. Nous mettons donc l'annexe à flot, et regardons nos trois équipiers s'éloigner vers la côte. Notre bateau étant très faiblement manœuvrant en l'absence de vent et de moteur, j'installe une boule de mouillage (à défaut des deux boules noires réglementaires, car nous ne disposons que d'une seule boule à bord).

Dans le Tivatski Zaljev, 10 avril 2019 (2)

18h. A a suite de quelques échanges téléphoniques décrivant les symptômes mécaniques, et le refus du moteur de redémarrer, le loueur décide de nous envoyer le "fire-boat", la vedette des secours en mer. Celle-ci va nous remorquer jusqu'au quai des douanes de Tivat, situé juste à côté du quai des carburants. Un mécanicien appelé par Nautika Kufner arrive peu après, parlant peu anglais. Il sera guidé en permanence au téléphone dans sa réparation par un collègue à terre (du chantier Kufner ?). Bilan : suivre tout le circuit du carburant pour ouvrir tous les filtres et les nettoyer (de l'eau de pluie est entrée dans les réservoirs), et changer complètement le principal filtre séparateur eau-carburant, hors d'usage. En prime, nous apprenons que l'eau dans les fonds provient des passe-coques des trois douches, qui laissent tous les trois entrer l'eau de mer. Le mécano repart chercher du silicone. A 19h30 il revient avec le matériel nécessaire (cartouches et pistolet) pour poser des joints et colmater toutes les entrées autour des tuyaux. Nous apprenons au passage que l'odeur de gazole dans l'eau douce vient d'une confusion des précédents locataires, qui ont mis du gazole dans les réservoirs d'eau du bateau. Avant de partir, le mécanicien nous remettra un filtre eau-carburant de secours, à stocker avec le petit matériel de réparation du bateau.

Démellage de drisses dans le Tivatski Zaljev, 10 avril 2019

A 20h30, nous sommes tous réunis autour de la table du carré pour une grande question que je soumets à l'équipage : tentons-nous de rallier ce soir Kotor (à deux heures de navigation au moteur environ, notre but initial de la journée) ou décidons nous de passer la nuit à Tivat ? Michèle a peur que le moteur ne retombe en panne de nuit, Olivier aussi ; l'équipage décide donc de rester à Tivat.

Je quitte le bord pour aller négocier avec les douaniers, qui m'ont bien dit tout à l'heure que nous n'avions pas le droit de passer la nuit sur ce quai. Arguant de la grande fatigue de mon équipage débutant, j'amadoue un premier douanier, qui va exposer la situation à son supérieur. Très gentiment, celui-ci va nous autoriser exceptionnellement à rester la nuit à quai, et ne nous fera rien payer pour cela. 

Les sanitaires de la marina, auxquels nous avons accès, sont tous neufs - une salle de bains complète par personne, le luxe - nous avons un bateau avec le plein de carburant et d'eau douce (nous avons mis 400 litres dans les réservoirs), et beaucoup de problèmes techniques ont été identifiés et résolus. Même si nous ne reverrons pas Kotor lors de cette croisière, la vie est belle !

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Wednesday, April 10, 2019. At 7:30 am I am in front of the captaincy of Zelenika; I am in this the instructions given the evening before for the policemen of the port of entry, when we docked at the customs dock of Zelenika. The captaincy is open, but the master of the place is absent. Rickety chairs and a broken armchair populate the entrance to the house. Having slept little, I fall into the chair and half doze, waiting for the arrival of the officer. A quarter of an hour later this one arrives, and informs me that our renter did not make the formalities of departure: we should have passed to the captaincy of Trogir last Saturday to inform them of our destination. The offense does not seem too serious, and I am allowed to pay 45 euros for the night at the customs dock, the entry fees of the boat, and the flag of Montenegro that we hoist on the boat. At 9:30 we leave the customs dock Zelenika. The water tanks are at 0%, the fuel also at 0%. The gas station Zelenika is closed, that of the large marina under construction a little further east is not yet open. We leave to refuel Trivat (heading 089 °), the engine because there is very little wind. A Croatian on a zodiac that we meet confirms in Italian the need for us to go to Trivat to refuel. At 10 am I call the services of Orange: an SMS informed me a few minutes after my arrival in Montenegro, the night of yesterday, of what I had exceeded 50 € my package, with restriction of my line as a precautionary measure. Montenegro has returned to NATO in 2017, but its application for entry into the European Union is still not accepted, and telephone communications are very expensive. As I need to be able to access the internet and also make some voice calls, I buy a "pass" at 25 euros offered by an Orange adviser to whom I expose my needs. I then call our landlord to ask him how our fuel tank was able to empty as quickly. The answer is simple: full, it contains only 120 liters "official" diesel, plus a "reserve" unofficial thirty liters, which appears nowhere but allows us at this time to even advance. This is the first time I see a boat as big with such low fuel autonomy. At 11am we catch the "three-master" Jadran. Built in Hamburg and launched on 25 July 1931, this boat was originally intended for the Yugoslav navy and based in Tivat. With the invasion of Yugoslavia in April 1941, the boat is seized and transferred to the Regia Marina, the Italian Navy which renames Marco Polo, before abandoning it in a canal of Venice where it will serve as a pontoon after the armistice Cassibile in 1943. Restored after the war to the Socialist Republic of Yugoslavia, the Jadran will undergo multiple renovations. The three-masted schooner now serves as a school ship for the Montenegro Navy, which has become its owner since the disappearance of Yugoslavia. At noon, we are in the pouring rain, filling up at the small fuel pier of Tivat. The weather, gloomy since the beginning of the morning, has not cleared, and the clouds are copiously watering us. The diesel fuel tank is too small for us to get the tip of the fuel pipe into it. and we have to cut a bottle of mineral water into a makeshift funnel. The World Cup sailing takes place next to us, just in front of the entrance to the Marina Tivat; we tried not to disturb them when entering the marina. 14:00: one mile NW of Tivat, the engine stalls. Called on the phone, Nautika Kufner's technician says: "pump and re-pump, it must be a water problem". We make rounds in the water sailing, one of our teammates almost panicking at the idea that we were getting closer to the coast - which is not at all the case, the weak current from the upper basins we away from it. Joaquin, Thomas and Muriel offer to return to shore with the annex to check with the service station the quality of the fuel that has been delivered to us. The idea does not seem extraordinary, but in the absence of wind and swell, it is not dangerous and will promote the return of calm on board. So we put the schedule afloat, and watch our three teammates move away to the coast. Our boat is very lightly maneuvering in the absence of wind and engine, I install an anchor ball (failing the two black balls regulations, because we have only one ball on board). 18:00 : after a few phone conversations describing the mechanical symptoms, and the refusal of the engine to restart, the renter decides to send us the "fire-boat", the star rescue at sea. It will tow us to the dock Customs of Tivat, located right next to the fuel quay. A mechanic called by Nautika Kufner arrives soon after, speaking little English. He will be constantly on the phone in his repair by a colleague on the ground (Kufner shipyard?). Appraisal: follow the entire fuel system to open all the filters and clean them (rain water has entered the tanks, and completely change the main water filter, out of order.) As a bonus, we learn that the water in the funds comes from the hulls of the three showers, which all three enter the seawater .The mechanic goes back to find silicone.A 19:30 he returns with the necessary equipment (cartridges and pistol) to put joints and to seal all the entries around the pipes, we learn in passing that the smell of diesel in the fresh water comes from a confusion of previous tenants, who put diesel in the water tanks of the boat. At 20:30, we are all gathered around the table for a big question that I submit to the crew: try to rally Kotor (about two hours of engine navigation, our initial goal of the day) or we decide to to spend the night in Tivat? Michele is afraid that the engine will fail overnight, Olivier too; the crew decides to stay in Tivat. I leave the edge to negotiate with the customs officers, who told me just now that we were not allowed to spend the night on this platform. Arguing the fatigue of my novice crew, I am amadding a first customs officer, who will expose the situation to his superior. Very kindly, this one will allow us exceptionally to stay the night at the dock, and will not charge us anything for it. The sanitary facilities of the marina, to which we have access, are brand new - a complete bathroom per person, luxury - we have a boat with full of fuel and fresh water (we put 400 liters in the tanks) , and many technical problems have been identified and solved: even if we will not see Kotor again during this cruise, life is beautiful!

Photos : L'Hercegnovski Zaljev vu de Zelenika, 10 avril 19 ; Le D&D Kufner 50 Prestige au quai des douanes de Zelenika, 10 avril 2019 ; La capitainerie de Zelenika (Montenegro), 10 avril 2019 ; "Evitez de mouiller sur les herbiers", affiche dans la capitainerie de Zelenika, 10 avril 2019 ; Blason à la porte d'entrée de la capitainerie de Zelenika, 10 avril 2019 ; En route pour Tivat, nous dépassons le navire-école Jadran, 10 avril 2019 (1 et 2) ; Dans le Tivatski Zaljev, 10 avril 2019 (1) ; Joaquin, Muriel et Thomas retournent au quai des carburants de Tivat, 10 avril 2019 (1 à 4) ; Démêlage de drisses dans le Tivatski Zaljev, 10 avril 2019. Auteur/author : Philippe Bensimon. Vidéo : de Zelenika à Tivat, 10 avril 2019. Réalisation : Mylène Labonne / Philippe Bensimon.