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Selon l'édition web du journal belge Le soir (Le Soir.be, 9 juin 2019), reprenant des informations venues de leur confrère La Voix du Nord, les chercheurs australiens du « Breakthrough National Centre for Climate Restoration » estiment qu'« il pourrait nous rester finalement que très peu d’années à vivre. Trente ans au plus. Les chercheurs ont fait des estimations en fonction du non-respect des recommandations faites durant les Accords de Paris. Les températures devraient continuer d’augmenter et atteindre minimum 3 degrés supplémentaires. Ce qui provoquerait, à court et moyen terme, une destruction des écosystèmes de l’Arctique et de l’Amazonie. Ce dérèglement climatique entraînera alors beaucoup de sécheresse, de la famine et un sérieux trouble de l’ordre international. Plus de la moitié de la population mondiale serait soumise à vingt jours par an de « chaleur létale ».

Yves Cochet lors d'une conférence sur le pic de Hubbert à l'INSA de Toulouse le 6 février 2007

Le mathématicien et ancien ministre de l’Environnement français Yves Cochet (celui-là même qui s'est mis en « grève de la viende » lors du sommet sur le climat de 2009 à Copenhague pour faire reconnaître l'impact de la consommation de viande sur l'environnement, la souffrance animale et la sous-alimentation humaine) rejoint l’avis des chercheurs australiens : « Il y a une hypothèse selon laquelle l’humanité n’existera plus en tant qu’espèce en 2050 », expliquait-il au Parisien. « Selon les instituts de recherche, jusqu’à 24 paramètres peuvent entrer en jeu, comme la qualité et la quantité de l’eau potable, les cycles du phosphore et de l’azote, les émissions de méthane dues à la fonte du pergélisol (NDLR : des terres normalement gelées toute l’année)… Il pourrait y avoir, autour de 2026-2028, une hausse brutale de la température de 1 ºC en seulement deux ans, alors qu’elle a augmenté de 1,2 ºC depuis 1750 et la révolution industrielle.  »

Devant l'incapacité des gouvernements à tenir leurs engagements pris lors des accords de Paris (+1,5°C), Ian Dunlop, l’ancien président de l’Australian Coal Association et ancien dirigeant de l’industrie du pétrole, du gaz et du charbon, et David Spratt, directeur de Breakthrough National Centre s'inquiètent : « La planète et l’humanité auront atteint un point de non-retour à la moitié du siècle (…) sans une action radicale immédiate, nos perspectives sont faibles », affirment-ils dans un rapport de dix pages. Les journalistes de Marianne, qui se sont aussi intéressés à cette étude, tempèrent : « Les auteurs du rapport australien l'admettent pourtant eux-mêmes : leurs terrifiants résultats relèvent davantage d'une "possibilité" que d'un scénario à forte probabilité et doivent avant tout servir… à alerter leurs contemporains. « Un futur apocalyptique n'est pas inévitable !, écrit ainsi Chris Barrie dans la préface du dossier. Mais sans action drastique et immédiate, nos perspectives d'avenir sont faibles. Nous devons réagir collectivement ».

Les scientifiques du Giec, eux, ne datent pas encore la fin de l'espèce humaine, mais s’accordent en revanche pour dire que les dix prochaines années sont cruciales. A l'automne dernier ils estimaient que limiter la hausse de la température moyenne à la surface de la Terre à 1,5ºC était encore possible selon « les lois de la chimie et de la physique », mais au prix de « changements inédits, profonds et rapides dans les sociétés ». « Les prochaines années seront sans doute les plus importantes de l’histoire humaine », ajoutait une des expertes du groupe, citée par Michel de Muelnaere (Le Soir, 08/10/18). Le rapport spécial du Giec sur l’océan et la cryopshère dans le contexte du changement climatique (« Ocean and Cryosphere in a Changing Climate ») qui paraître à l'automne 2019 devrait être de la même veine.

Enfin, interrogée ce matin sur la validité des études australiennes, une des sommités de la Plate-forme Océan & Climat estimait qu'elles manquaient de solidité. 

De ce qui précède, que doit-on penser du rapport du Breakthrough National Centre for Climate Restoration ? A défaut de pouvoir reprendre à zéro les calculs australiens, on peut s'interroger sur le fait que tous les rapports sans exception vont aujourd'hui dans le même sens. Les climatosceptiques/climatonégationnistes ont disparu en l'espace de quelques années du paysage scientifique. Il y a un consensus évident sur le fait que l'inaction va nous mener à la catastrophe. Nous savons aujourd'hui quelles en seront les causes, et comment elle se produira - en cela, les études australiennes ne nous apprennent rien. La seule question qui reste en suspens est : "quand ?". Et là, même si les études du Breakthrough National Centre for Climate Restoration peuvent être remises en question, force est de constater qu'étude après étude, rapport après rapport, la réponse est : "de plus en plus tôt".

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According to the web edition of the Belgian newspaper Le Soir (Le Soir.be, June 9, 2019), gathering information from their colleagues La Voix du Nord, the Australian researchers of the Breakthrough National Center for Climate Restoration believe that could we finally stay that very few years to live. Thirty years at most. Researchers made estimates based on non-compliance with recommendations made during the Paris Agreements. Temperatures should continue to rise and reach a minimum of 3 additional degrees. This would cause, in the short and medium term, a destruction of the ecosystems of the Arctic and the Amazon. This climate change will then cause a lot of drought, famine and a serious disorder of the international order. More than half of the world's population would be subjected to twenty days a year of "lethal heat". The mathematician and former French Minister of the Environment Yves Cochet (the same one who went on a "strike of the coming" at the 2009 climate summit in Copenhagen to recognize the impact of meat consumption on the environment, animal suffering and undernourishment) joined the Australian researchers' opinion: "There is an assumption that humanity will no longer exist as a species in 2050," he explained. to the Parisian. "According to the research institutes, up to 24 parameters can come into play, such as the quality and quantity of drinking water, the cycles of phosphorus and nitrogen, the methane emissions due to melting permafrost ( Editor's note: Normally frozen land all year round) ... There could be, around 2026-2028, a sharp rise in temperature of 1ºC in just two years, while it has increased by 1.2ºC since 1750 and the industrial revolution". In the face of the inability of governments to meet their commitments made in the Paris Agreement (+ 1.5 ° C), Ian Dunlop, the former president of the Australian Coal Association and former leader of the oil, gas industry and coal and David Spratt, director of Breakthrough National Center are worried: "The planet and humanity will have reached a point of no return in the middle of the century (...) without an immediate radical action, our prospects are weak" they say in a ten-page report. IPCC scientists, for their part, put the end of the human race into perspective, but agree that the next ten years are crucial. Last fall they thought that limiting the rise of the average temperature on the surface of the Earth to 1.5ºC was still possible according to "the laws of chemistry and physics", but at the cost of "new, profound changes and fast in societies ". "The next few years will undoubtedly be the most important in human history," added one of the group's experts, quoted by Michel de Muelnaere (Le soir, 08/10/18). The IPCC Special Report on the Ocean and Cryosphere in the Context of Climate Change ("Ocean and Cryosphere in a Changing Climate") to appear in autumn 2019 should be in the same vein. Finally, questioned this morning on the validity of Australian studies, one of the leaders of the Ocean & Climate Platform felt that they lacked solidity. From what precedes, what should we think about the Breakthrough National Center for Climate Restoration report? In the absence of being able to start from scratch the Australian calculations, one can wonder about the fact that all the reports without exception go in the same direction today. Climate-Skeptics / climate-conservatives have disappeared within a few years from the scientific landscape. There is an obvious consensus that inaction will lead to disaster. We know today what will be the causes, and how it will happen - in this, Australian studies do not teach us anything. The only question that remains unresolved is: "when?" And there, even if the studies of BreakThrough National Center for Climate Restoration can be questioned, force is to note that study after study, report after report, the answer is: "more and more early".

Photo : Yves Cochet lors d'une conférence sur le pic de Hubbert à l'INSA de Toulouse le 6 février 2007 (auteur/author : Guillaume Paumier)