Incendies à la frontière entre Espagne et Portugal 5 septembre 2019 (auteur:author Sophie Mami) Resized_2-2

Les fortes chaleurs de ces derniers mois et les incendies criminels ont fait leur lot de dévastation dans les pays du sud de l'Europe, et notamment en Espagne et au Portugal. La photo ci-dessus a été prise hier à la frontière entre les deux pays par l'une des membres de notre association.

En France, les incendies sévissent également : 120 pompiers étaient mobilisés hier matin : les flammes ont menacé des habitations à Banyuls-sur-mer. L'après-midi quatre Canadair étaient toujours en rotation mais l’incendie était fixé. Dans l’Aude 150 ha de pinède ont brûlé près de Carcassonne, 350 pompiers restaient hier sur place pour éviter une reprise du feu. Des flammes qui prennent place dans des départements bien moins habitués aux incendies de l’été : en Charente-Maritime 150 ha d’une forêt de pins sont partis en fumée entre mercredi et jeudi après-midi à Bedenac où un brasier a ravagé la forêt de Lancôme ; et là aussi il faudra encore plusieurs jours pour parvenir à l’éteindre complètement.

Frederic Delport était hier après-midi l'invité du 14-17 de France Info. Voici une transcription de l'interview.

 « — Bonjour Frédéric Delport. Vous êtes le chef du département de la santé des forêts au ministère de l'agriculture c'est vrai qu'on a l'habitude d'assister à des départs de feu sur le bassin méditerranéen alors qu’en en Charente-Maritime ou l’Indre ça nous paraît plus inhabituel. Pensez-vous est-ce qu'on est là face à une situation inédite ou plus rare ? 

— Oui c’est une situation plus rare à laquelle on s’attendait parce qu’on avait des études, les chercheurs nous disaient : « avec le changement climatique le risque d’incendie va se déplacer du sud de la France où il est bien connu jusqu’au Nord ». Et c’est ça qu’on voit là, après deux années de sécheresse très fortes en 2018 et 2019.

— Donc là, on est clairement dans ls conséquences de la sécheresse de ces derniers mois ?

—Tout à fait.

— Et comment ça s’explique ? C’est parce que la forêt est fragilisée par ces fortes chaleurs ?

— Oui tout à fait. En fait les fortes chaleurs et la sécheresse déséchent la végétation, et à la fois le sous-étage et les arbres eux-mêmes sont beaucoup plus secs et donc beaucoup plus inflammables.

— Donc ça veut dire que vous vous attendez à ce que des départs de feux aient lieu dans un petit peu toutes les régions de France au cours des prochaines années ?

— C’est quelque chose à laquelle il va falloir se préparer, et adopter le genre de stratégie et d’organisation qu’on a pour l’instant dans le sud de la France ou dans les Landes, sur des territoires beaucoup plus grands.

— Ça veut dire quoi, des stratégies et une organisation, vous pensez à quoi ?

— Tout ce qui est lutte contre l’incendie, avoir des pistes pour accéder aux forêts, avoir des systèmes de stockage d’eau pour que les pompiers puissent s’approvisionner, avoir des systèmes aussi de surveillance pour détecter le plus tôt possible les départs de feux.

- Il n’y a pas de surveillance aujourd’hui adaptée à ce genre de risque lorsqu’on est dans la moitié nord de la France ? 

- La surveillance y est moins forte. On a la chance aujourd’hui qu’avec les moyens de communication et les téléphones portables le grand public peut aussi donner l’alerte très rapidement, mais il n’y a pas exactement le même système que dans le sud de la France où on a des équipes dédiées qui patrouillent en forêt pour détecter les départs de feux.

- Est-ce que toutes les forêts françaises sont menacées de la même manière ? J’imagine que ça dépend peut-être aussi du type de végétation ?

— Oui, tout à fait. Et ce qu’on voit, c’est que l’impact des sécheresses ne se traduit pas qu’en termes d’incendie. Il se traduit aussi en termes sanitaires. On a eu des gros dégâts sur les épicéas, sur les sapins, des rougissements ou des dépérissements un peu plus diffus sur le hêtre, on a aussi un effet direct de la sécheresse, c’est un peu un incendie sans feu si j’ose dire.

— Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que la forêt manifeste qu’elle souffre de ces conditions climatiques ? 

— Oui, tout à fait. Et il faudra à l’avenir, quand on va la renouveler, qu’on arrive à la rendre moins vulnérable en mélangeant plus les essences, en faisant varier les provenances, en utilisant des provenances du sud de la France pour les implanter au nord, voire en introduisant des nouvelles essences. Il va falloir adapter la forêt dans le contexte du changement climatique.

— Donc ça veut dire que la forêt est en en train de changer complètement ?

— Elle va changer, oui, elle est en train petit à petit de changer et elle va changer dans les années qui viennent, c’est inéluctable. Et ce changement sera accompagné par l’homme. La forêt est très marquée par l’intervention humaine en France. Et c’est quelque part une chance parce que les chercheurs nous disent que les arbres ne se déplacent pas assez rapidement pour faire face à la rapidité du changement climatique actuel.

— Et quelles sont les essences qui sont les plus menacées ou qui pourraient à terme disparaître du territoire français à cause de ce changement climatique ? 

— C’est difficile de faire un constat national parce qu’en forêt c’est très important, le sol, les conditions micro-climatiques très locales, l’exposition. On voit bien quand on va en montagne, entre le versant exposé au sud et le versant exposé au nord on n’a pas du tout la même végétation. Mais les essences sur lesquelles il y a des inquiétudes, c’est l’épicéa en plaine par exemple, c’est le sapin à basse altitude - ça ne veut pas dire que ces deux essences sont condamnées en montagne. C’est aussi le hêtre dans les endroits les plus secs, Et ce qu’on a vu aussi cet été, ce sont des dégâts sur le pin sylvestre, et donc il va falloir vraiment être très attentifs à là où on implante les essences, et pas les mettre dans les endroits les plus secs, ou les plus exposés à la chaleur. »  (Source : 14-17 de France Info, jeudi 5 septembre 2019)

C'est en fait l'ensemble de la forêt européenne qui est en profonde mutation. En Belgique aussi on s'interroge sur la nécessité d'introduire de nouvelles essences, dont les cèdres de l'Atlas. Moins gourmandes en eau et résistant mieux à la sécheresse, on ne sait pas encore si ces espèces habituées à la chaleur résisteront correctement à des hivers plus froids que ceux auxquels elles sont habituées. Concernant les fameux cèdres de l'Atlas dont on parle beaucoup en ce moment quand il est question de reboisement, ils sont considérés par UICN comme en danger dans leur habitat naturel, en Algérie et au Maroc, où les habitants les ont utilisés longtemps pour le chauffage. Dits aussi  « cèdres bleus », ces cèdres de l'Atlas, différents des cèdres du Liban, sont présents en France dans les forêts du Lubéron.

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Cedrus_atlantica

The hot weather of recent months and the arson have caused devastation in the countries of southern Europe, especially Spain and Portugal. The photo above was taken yesterday at the border between the two countries by one of the members of our association.

In France, fires are also raging: 120 firefighters were mobilized yesterday morning: the flames threatened homes in Banyuls-sur-mer. Afternoon four Canadair were still in rotation but the fire was fixed. In Aude 150 ha of pine forest burned near Carcassonne, 350 firefighters remained yesterday on site to prevent a fire recovery. Flames that take place in departments much less used to the fires of the summer: in Charente-Maritime 150 ha of a pine forest went up in smoke between Wednesday and Thursday afternoon in Bedenac where a fire ravaged the forest Lancôme; and again it will take several days to completely extinguish it.

Frederic Delport was yesterday afternoon guest 14-17 of France Info. Here is a transcript of the interview.

 "- Hello Frédéric Delport. You are the head of the Department of Forest Health at the Ministry of Agriculture, it is true that we are used to witness fire starts in the Mediterranean while in Charente-Maritime or Indre it seems to us more unusual. Do you think we are here faced with an unprecedented or rarer situation?

- yes it is a rarer situation that we expected because we had studies, the researchers told us: "with climate change the risk of fire will move south of France where it is well known to the North and that's what we see here, after two years of drought very strong in 2018 and 2019.

- So, we are clearly in the consequences of the drought of recent months?

-Absolutely.

- And how does it explain? This is because the forest is weakened by these hot weather?

- Yes quite. In fact, the high temperatures and the dryness drain the vegetation, and both the understorey and the trees themselves are much drier and therefore much more flammable.

- So does that mean that you expect fire starts to occur in a little bit of all regions of France in the next few years?

- This is something that will have to be prepared, and adopt the kind of strategy and organization that we have for the moment in the south of France or in the Landes on much larger territories.

- What does it mean, strategies and an organization, what do you think?

- Everything that is firefighting, have tracks to access forests, have water storage systems so that firefighters can stock up, have systems also monitoring to detect as early as possible departures of fires.

- There is no surveillance today adapted to this kind of risk when one is in the northern half of France?

- The surveillance is less strong. We are lucky today that with the means of communication and mobile phones the general public can also give the alert very quickly, but there is not exactly the same system as in the south of France where has dedicated teams patrolling the forest to detect fire departures.

- are all French forests threatened in the same way? I guess it might also depend on the type of vegetation?

- Yes quite. And what we see is that the impact of droughts is not just a fire. It is also translated in sanitary terms. We had a lot of damage on the spruces, on the fir trees, redness or dieback a little more diffuse on the beech, it also has a direct effect of the drought, it is a little fire without fire if I dare say.

- What does it mean ? Does it mean that the forest shows that it suffers from these climatic conditions?

- Yes quite. And it will be necessary in the future, when we will renew it, that we manage to make it less vulnerable by mixing more species, by varying the provenances, using provenances from the south of France to implant them in the north, even introducing new species. We will have to adapt the forest in the context of climate change.

- So it means that the forest is changing completely?

- She will change, yes, she is gradually changing and she will change in the coming years, it is inevitable. And this change will be accompanied by the man. The forest is very marked by human intervention in France. And it's a bit of a chance because researchers tell us that trees are not moving fast enough to cope with the rapidity of current climate change.

- And which are the species that are most threatened or that could eventually disappear from French territory because of this climate change?

- It is difficult to make a national report because in the forest it is very important, the soil, micro-climatic conditions very local, exposure. It is clear when you go in the mountains, between the south-facing slope and the north-facing slope you do not have the same vegetation at all. But the species on which there are worries, it is the spruce in plain for example, it is the fir tree at low altitude - it does not mean that these two species are condemned in mountain. It is also the beech in the driest places, and what we saw also this summer, it is damage on the Scots pine, and so it will be necessary to be really attentive to where the implants are planted, and not put them in the driest places, or the most exposed to heat. (Source: 14-17 from France Info, Thursday, September 5, 2019)

It is in fact the whole of the European forest which is undergoing profound change. In Belgium, too, we are wondering about the need to introduce new species, including Atlas cedars. Less water-hungry and more drought-resistant, it is unclear whether these warm-weather species will withstand colder winters than they are accustomed to. Regarding the famous cedars of the Atlas, of which there is much talk at the moment about reforestation, they are considered by IUCN as endangered in their natural habitat, in Algeria and Morocco, where the inhabitants have used them for a long time heating. Also called "blue cedars", these cedars of the Atlas, different from the cedars of Lebanon, are present in France in the forests of Lubéron.

Photos : Incendies à la frontière entre Espagne et Portugal 5 septembre 2019 (auteur/author Sophie Mami) ; Cedrus_atlantica (attribution : CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=547598).jpg