"Bercy revoit en hausse le déficit pour 2022 à 1,5 % du PIB. Les nouvelles prévisions du gouvernement montrent une dégradation par rapport à celles du printemps dernier, qui tablaient sur un déficit à 1,2 % en 2022. La dette devrait être réduite de moins d'un point de PIB sur le quinquennat. »

Ces quelques lignes publiées lundi dernier 2 octobre 2019 dans Les Echos montrent à quel point les gouvernements des pays riches sont éloignés de la lutte contre le réchauffement climatique. Et lorsque la jeune Greta Thunberg dit aux politiques rassemblés à l'ONU : « Vous avez volé mes rêves et mon enfance », c'est en fait sa vie tout entière qu'ils ont volée. Explication.

Dette_publique_France_1979-2017

Nos Etats dépensent plus qu'ils ne gagnent. Pour un particulier, cela s'appelle de la mauvaise gestion. Pour un gouvernement, cela s'appelle une politique keynésienne, qui peut aboutir en période de crise à recréer artificiellement de la croissance et de l'emploi. A condition de ne pas se tromper, c'est à dire injecter l'argent dans du social, et non dans les entreprises : la croissance vient de la consommation (produire s'il n'y a personne en face pour consommer est un non-sens). Et ce sont les pauvres qui consomment le plus fort pourcentage de ce qu'on leur donne (la totalité) et alimentent la machine. La droite – et la gauche, car nos faux dirigeants de gauche ont eu de vraies politiques de droite dans la plupart des domaines – a appliqué cette politique de déficit année après année, en donnant toujours plus aux riches et aux entreprises. Des grandes entreprises (Peugeot PSA, etc.) ont ainsi bénéficié des largesses de l'Etat, ce qui a abouti de façon inéluctable à accroître la fracture sociale.

En 1974, Valéry Giscard d'Estaing dénonçait déjà cette fracture sociale lors de sa campagne électorale ; et en 1988, le candidat Raymond Barre (un des plus brillants économistes français) alertait sur la nécessité de réduire la dette étatique. Depuis, rien n'a été fait en ce sens. La dette publique est passée de 74 milliards d'euros en 1978 à 2 315,3 milliards d'euros à la fin de 2018 (dette publique, « au sens de Maastricht » estimée par l'Insee, en euros courants). Si on parle en termes de taux d'endettement, on est passés ainsi d'une dette équivalent à 21 % du PIB (en gros, ce que gagne la France) à la fin de 1978 et 66,8 % à la veille de la crise de 2008, à une dette de 98,4 % en 2019. Cette dette va passer à 98,9 % en 2020 (source : Insee Comptes de la Nation - Base 2014, Trajectoire des finances publiques pour le budget 2020)

France dette publique en pourcentage du PIB

Pensez que votre banquier – qui lui n'est pas fou – surveille votre taux d'endettement et refuse de vous prêter de l'argent dès lors que votre taux d'endettement dépasse 35 % : il sait que vous serez dans l'incapacité de rembourser votre dette. 

Et on parle ici seulement de dette publique, c'est à dire la dette de l'Etat. Si on y ajoute les dettes des autres acteurs économiques (entreprises, ménages) on arrivait déjà en 2008 à un taux d'endettement pour la France de 190 % du PIB (pour 63% de dettes des administrations à l'époque). 

Alors, comment l'Etat fait-il pour rembourser cette dette ? La réponse est simple : il emprunte sur les marchés, constamment et toujours plus. Pour une entreprise ou un particulier, le procédé qui consiste à emprunter à B pour rembourser ce qu'on doit à A, puis emprunter à C pour rembourser B, etc., porte un nom : cela s'appelle faire de la cavalerie. Bien entendu, le jour où on ne trouve plus de prêteur pour rembourser la dette tout s'écroule. Si l'entreprise est saine et dégage des marges susceptibles à la longue d'éteindre la dette, la cavalerie peut-être envisagée pour franchir une mauvaise passe de trésorerie.

Lorsque le déficit est structurel, chaque nouvel emprunt doit couvrir la dette plus le nouveau déficit, et la dette globale augmente inéluctablement. Dans ces conditions, s'il ne s'agit que de faire perdurer sciemment une situation qui finira un jour ou l'autre par léser les créanciers, cela devient un délit. 

Ce qui est affolant, c'est que l'Etat, qui est au-dessus des lois qui s'appliquent aux entreprises et aux ménages, n'en a cure. Et personne n'est là pour l'arrêter. La France n'est pas seule en cause : « La crise de 2008 a poussé l'ensemble des pays à accroître fortement leur endettement. De 2007 à 2017, la dette mondiale s'est accrue de 40 %. En 2017, la dette publique des pays avancés atteignait en moyenne 105 % du PIB » (source : Wikipédia).

Le problème du remboursement de la dette étatique n'est pas nouveau, et se finit toujours très mal : expulsion et spoliation des juifs d'Angleterre en 1290, arrestation des Templiers le vendredi 13 octobre 1307, "banqueroute des deux tiers" de 1797 après la Révolution française, de la Russie de 1917, plus près de nous problèmes de la Grèce et de l'Argentine, etc.

En attendant une faillite inéluctable mais sans cesse différée, le seul espoir des gouvernements consiste en une augmentation des bénéfices de l'Etat, celle-ci ne pouvant provenir que d'une diminution des charges (mais qui veut toucher aux emplois et aux salaires de la Fonction publique, alors même que s'applique la loi de Parkinson qui veut que dans une administration donnée le nombre de salariés pour une tâche donnée ne puisse aller qu'en augmentant) ou d'une augmentation des produits (TVA, IS, IRPP, etc.), c'est à dire de la croissance. Cette fameuse croissance qu'il faut stopper à tout prix si l'on veut lutter contre le réchauffement climatique.

Bref, on n'est pas près de voir les gouvernements s'attaquer réellement au réchauffement climatique, ce qui impliquerait pour eux une cessation de paiement. Et plus on attend, plus on s'enferre, le coût du service de la dette augmentant d'une part, et les pertes économiques liées au réchauffement climatique impactant de façon croissante les rentrées d'argent d'autre part.

L'argent manquant, l'Etat va immanquablement augmenter la pression fiscale, ce qui va accroître tout aussi inéluctablement la paupérisation et la fracture économique, et contribuer un peu plus à ralentir la croissance et augmenter le chômage pour un niveau de dette donné. On est ainsi rentrés dans un cycle infernal où le pouvoir d'achat est rogné, en commençant par celui des moins aptes à manifester, les retraités. Mais tout le monde finira par être touché.

Parmi les plus mécontents, les jeunes seront en première ligne. En effet, les générations précédentes, dont la mienne, ont vécu à crédit et ont dépensé sans compter les deniers publics, vivant dans ce qu'il faut bien appeler une opulence relative. Ce crédit, ont est en train de dire aux jeunes générations actuelles qu'il va falloir qu'elles le remboursent, mais qu'elles ne pourront prétendre à goûter aux plaisirs qu'il a générés, leurs parents ayant tout consommé. En gros on leur demande de payer l'énorme gâteau qu'on a entièrement dévoré. « Pas de chance, vous arrivez trop tard, on vous laisse juste l'addition ». On comprend la fureur de Greta Thunberg devant le crime dont elle est la victime impuissante – elle et tous les jeunes qu'elle représente.

En mai 68, le désir de changement et d'une société plus juste avait lancé les jeunes derrière les barricades. Dans trente ans, si les Etats ne font rien, ou se contentent de simulacres d'actions, je ne donne pas cher de la paix civile. Les jeunes en colère voudront inévitablement mettre à bas un système qui leur aura volé leur vie, leur cadre de vie, leur qualité de vie, et jusqu'à leur espérance de vie. Ils demanderont aussi des comptes aux responsables, qui, selon les termes de Jacques Chirac à Johannesburg, « ne pourront pas dire qu'ils ne savaient pas ». Il y a peu de chances pour que cela se passe paisiblement.

On appelle cela la révolution.

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"Bercy increases the deficit for 2022 to 1.5% of GDP. The government's new forecast shows a deterioration compared to last spring, which projected a deficit of 1.2% in 2022. The debt should be reduced by less than one point of GDP over the five-year period. " These few lines published last Monday, October 2, 2019 in Les Echos show how far the governments of rich countries are away from the fight against global warming. And when the young Greta Thunberg told politicians gathered at the UN: "You stole my dreams and my childhood," it's actually his entire life that they stole. Explanation.

Our states spend more than they earn. For an individual, this is called mismanagement. For a government, this is called a Keynesian policy, which can lead in times of crisis to artificially recreate growth and employment. On the condition of not being mistaken, ie injecting money into the social, and not into companies: growth comes from consumption (to produce if there is no one in front to consume is a no -meaning). And it is the poor who consume the highest percentage of what is given to them (totality) and feed the machine. The right - and the left, because our false left-wing leaders had real right-wing policies in most areas - applied this deficit policy year after year, always giving more to the rich and to businesses. Large companies (Peugeot PSA, etc.) have benefited from the largesse of the state, which has inevitably led to increasing the social divide.

In 1974, Valéry Giscard d'Estaing was already denouncing this social divide during his election campaign; and in 1988 candidate Raymond Barre (one of France's brightest economists) warned of the need to reduce state debt. Since then, nothing has been done in this direction. The public debt rose from 74 billion euros in 1978 to 2,315.3 billion euros at the end of 2018 (public debt, "in the sense of Maastricht" estimated by INSEE, in current euros). If we talk in terms of the debt ratio, we went from a debt equivalent to 21% of GDP (roughly, what France earns) at the end of 1978 and 66.8% on the eve of the crisis of 2008, to a debt of 98.4% in 2019. This debt will increase to 98.9% in 2020 (source: Insee Accounts of the Nation - Base 2014, trajectory of public finances for the 2020 budget)

Think that your banker - who is not crazy - monitors your debt ratio and refuses to lend you money when your debt exceeds 35%: he knows you will be unable to repay your debt. And we are talking here only about public debt, that is to say the debt of the State. If we add the debts of other economic players (businesses, households) we already arrived in 2008 at a debt ratio for France of 190% of GDP (for 63% of government debt at the time). So, how does the state do to repay this debt? The answer is simple: it borrows on the markets, constantly and always more. For a business or an individual, the process of borrowing money from B to pay back what you owe to A, then borrowing from C to pay back B, etc., has a name: it's called making cavalry. Of course, the day you can not find a lender to repay the debt, everything falls apart. If the company is healthy and generates margins likely to extinguish the debt, the cavalry may be considered for a bad cash flow.

When the deficit is structural, each new loan must cover the debt plus the new deficit, and the overall debt inevitably increases. In these circumstances, if it is only a matter of knowingly endangering a situation that will eventually end by damaging the creditors, it becomes an offense. What is frightening is that the state, which is above the laws that apply to businesses and households, does not care. And no one is there to stop him. France is not alone in question: "The crisis of 2008 pushed all countries to significantly increase their debt. From 2007 to 2017, global debt has increased by 40%. In 2017, the public debt of advanced countries averaged 105% of GDP "(source: Wikipedia). The problem of the repayment of the State debt is not new, and always ends badly: expulsion and despoilment of the Jews of England in 1290, arrest of the Knights Templar on Friday October 13, 1307, closer to us problems of Greece and from Argentina, etc. While awaiting an inevitable bankruptcy but always deferred, the only hope of the governments consists of an increase of the profits of the State, this one can come only from a reduction of the charges (but which wants to affect the jobs and the wages of the Public Service, even though the Parkinson's law that in a given administration the number of employees for a given task can only increase) or an increase in products (VAT, IS, IRPP , etc.), ie growth. This famous growth must be stopped at all costs if we want to fight against global warming.

In short, we are not about to see governments really tackle global warming, which would mean that they will have to stop paying. And the longer we wait, the more we fall back, the cost of debt service increasing on the one hand, and economic losses related to global warming increasingly impacting the money inflow on the other hand. With the missing money, the state will inevitably increase the tax burden, which will inevitably increase impoverishment and the economic divide, and contribute a little more to slowing down growth and increasing unemployment for a given level of debt. We have thus entered an infernal cycle where the purchasing power is cut off, starting with the one of the least able to manifest, retirees. But everyone will eventually be touched.

Among the most discontented, young people will be in the front line. In fact, previous generations, including mine, lived on credit and spent lavishly public money, living in what must be called a relative opulence. This credit, have been telling the younger generation that they will have to pay it back, but they can not pretend to taste the pleasures it has generated, their parents having consumed everything. Basically they are asked to pay the huge cake that we devoured entirely. "No luck, you arrive too late, we just leave you the bill". We understand Greta Thunberg's fury at the crime of which she is the helpless victim - she and all the young people she represents.

In May 1968, the desire for change and a more just society had launched young people behind the barricades. In thirty years, if the States do nothing, or are content with mock actions, I do not give much to civil peace. Angry young people will inevitably want to put down a system that has robbed them of their lives, their living environment, their quality of life, and even their life expectancy. They will also demand accountability from officials, who, in Jacques Chirac's words in Johannesburg, "will not be able to say that they did not know". It is unlikely that this will happen peacefully.

This is called revolution.

Graphiques : 1. Dette_publique_France_1979-2017, auteur /author : Touchatou, 4 février 2018. 2. France dette publique en pourcentage du PIB. Dette des administrations publiques (S13) au sens de Maastricht (au sens du règlement n° 3605 de la Commission Européenne) en milliards d’€ et en pourcentage du PIB.  Sources : 1979 à 1996 - Insee "3.101 Dette des administrations publiques (S13) au sens de Maastricht et sa répartition par sous-secteur" https://www.insee.fr/fr/statistiques/fichier/2832698/ t_3101.xls, 7 sept. 2017 1996 à 2017,75 ; Insee "Dette des administrations publiques au sens de Maastricht au troisième trimestre 2017" https://www.insee.fr/fr/statistiques/fichier/2830301/econ-gen-dette-trim-adm-pub-2.xls, 30 janvier 2018