Dugi Otok, les falaises du sud-ouest, 29 octobre 2019 (2)

Côte Ouest de Dugi Otok, 29 octobre 2019. Nous avons quitté hier soir Mali Losinj, et la descente vers le sud durant la nuit s'est passée sans encombre. Depuis que nous avons laissé à tribord la flotille de pêche, aucun bateau n'a été vu à proximité. Nous avons passé la nuit au cap 233°, de manière à rester éloignés des côtes de Dugi Otok. Aucun feu ne les éclaire, et malgré la veille de mes équipiers de quart, je ne veux courir aucun risque. Le vent et sans doute aussi un léger courant nous font dériver vers l'est. 

A 6h30 le soleil se lève. Nous sommes loin des falaises de Dugi Otok. Un point GPS me donne notre position à 7h : 43°56'N et 15°00'E, exactement sur la route tracée la veille sur la carte, à un peu plus de trois milles nautiques de la côte. Les falaises sont très belles et, maintenant qu'il fait jour cela vaut la peine de les longer. Je fais modifier le cap au 103° pour nous rapprocher de la côte.Dugi Otok, les falaises du sud-ouest, 29 octobre 2019 (3)

Dugi Otok, les falaises du sud-ouest, 29 octobre 2019 (1)

A 8h50 nous longeons les falaises de la côte ouest de Dugi Otok, quelques milles avant l'entrée du passage du Prolaz Mala Proversa. Le calcaire de ces falaises me fait toujours penser à celui des Calanques,et je me demande si des grimpeurs y ont ouvert des voies. Aux jumelles, je ne vois aucun équipement en place, mais ne pas équiper peut aussi être une question d'éthique. Des itinéraires semblent évidents, beaucoup d'entre eux nécessitant un ou plusieurs rappels pour arriver au pied des voies, 

Dugi Otok, côte ouest, Champ de cairns avant le passage du Prolaz mala Proversa 29 octobre 2019 DSCN0131

Toujours longeant la côte, nous passons quelques minutes plus tard devant une plage de rochers couverte de cairns. J'ignore si ces cairns ont un sens, où s'il s'agit de jeux d'enfants sans signification précise. Si un lecteur de ce blog connaît le sens ou/et l'histoire de ces cairns, merci d'avance à ce lecteur d'écrire un petit mot en commentaire de cet article pour indiquer celui-ci. Ce sera intéressant pour tous.

Dugi Otok côte ouest Cairns avant le passage du Prolaz mala Proversa 29 octobre 2019

Dugi Otok côte ouest, plage avant le passage du Prolaz mala Proversa 29 octobre

Le vent est faible. Engagés dans le passage du Prolaz Mala Proversa, qui circule entre les indentations de Dugi Otok au nord et Kornati au sud, nous n'avons plus que très peu d'air. Au printemps, j'ai réussi à franchir intégralement à la voile le passage. Aujourd'hui, cela va être beaucoup plus compliqué. Nous réussissons à remonter en tirant des bords jusqu'aux bâtiments du café-restaurant, le secteur le plus étroit du passage. Là, nous n'avons plus assez de place pour louvoyer, et notre vitesse est insuffisante pour nous permettre de passer le passage sur l'inertie. Le vent de face nous bloque et nous devons mettre le moteur pour terminer la passe. A la sortie du passage, après les derniers murets, je découvrirai sur tribord un tourbillon qui indique un petit courant de marée qui s'oppose à nous. Nous n'avions aucune chance de passer ce jour-là à la voile.

Quelques minutes plus tard nous jetons l'ancre dans Uvala Cuscica, une jolie anse qui s'ouvre à bâbord. Nous nous y sommes baignés en avril, et nous avions fait ce jour-là du ramassage de déchets plastiques. Aujourd'hui, mon programme est un peu différent. Nous avons identifié une déchirure d'une quinzaine de centimètres prèsque en haut le génois, qui part de l'étai en direction du mât. Les tubes de l'étai se sont désolidarisés, et les parties métalliques à nu ont commencé à déchirer la voile. Je vais profiter de notre pause dans la jolie crique pour aller poser des bandes d'adhésif Dacron sur la déchirure. Cette réparation de forture évitera que la déchirure ne s'étende, et permettra de continuer à utiliser le génois. Par contre, il nous faudra éviter de rouler et dérouler trop souvent le génois, sous peine de couper à nouveau les bandes de Dacron.

Montée dans le mât 291019

Ascension dans le mât 291019 PHOTO-201_3

Le Quint II est peut-être équipé d'une chaise de calfat, mais je n'en suis pas certain. Si on m'a montré son emplacement lors du check-in du bateau je ne m'en souviens pas. Mais ce n'est pas important : deux harnais forment un baudrier complet très acceptable et très confortable, une technique que j'ai déjà utilisée il y a quelque temps à Dubrovnik. Je regrette un peu que seule la drisse de fortune courre à l'extérieur du mât. Les autres circulent à l'intérieur de celui-ci et en ressortent trop bas pour que je puisse me faire une assurance en fixant dessus un nœud autobloquant. Je me contente d'espérer que tout ira bien et demande à deux de mes équipiers de me hisser en haut du mât avec le winch fixé au pied de celui-ci. J'emporte avec moi deux rouleaux d'adhésif pour voile en Dacron, mon couteau Letherman à la lame tranchante comme un rasoir, et un grand anneau de cordelette à tout hasard.

Travail sur le génois 291019 PHOTO-201_2

PhB dans le mât, la déchirure

PhB travaille sur le génois 291019PHOTO-201_11

L'anneau de cordelette va m'être utile. J'ai beau être très proche du sommet du mât, l'étai du génois et la déchirure de la voie sont assez loin de moi. Pour travailler confortablement je fixe mon baudrier à une vingtaine de centimètres du mât avec la cordelette ; cela me permet d'avoir les deux mains libres pour travailler. Je fixe ainsi seize bandes de Dacron sur la déchirure - huit de chaque côté de la voile - en croisant bandes horizontales et bandes verticales. L'ambiance ici est superbe, et la vue magnifique. Le travail de réparation terminé, je tente de prendre quelques photos avec mon iPhone - j'ai laissé en bas mon appareil de photo, de toute manière peu adapté aux travaux acrobatiques. Malheureusement je découvre que la batterie est morte. Je ne pourrai pas faire partager les paysages extraordinaires que j'ai sous les yeux. Je signale à mes équipiers que la réparation est terminée et je leur demande de me redescendre.

Uvala Cuscica

Uvala Cuscica, l'étai du génois et réparation de fortune, 29 octobre 2019

La descente 291019 PHOTO-201_3

Nous récupérons notre orin. L'ancre rentre à poste sans problème et nous reprenons notre route vers 12h45. Nous sortons de la baie en enroulant la pointe Rt Caska à bâbord, et remontons au NW dans le Lavdaraski Kanal, qui sépare la côte E de Dugi Otok de l'île allongée de Lavdara. A 14h nous sommes à Sali, charmant petit village sur la côte est de Dugi Otok. Nous amarrons le Sun Odyssey 51 Quint II le long du quai sur le côté tribord, tout au fond du quai près du Café Maritimo. Dugi Otok côte est, le village de Sali, 29 octobre 2019Dugi Otok, arrivée au port de Sali, 29 octobre 2019

Sali, 29 octobre 2019 (1)

Sali, le café Maritima, 29 octobre 2019

Nous prenons un peu moins de deux heures pour faire une pause et visiter la ville, et peu avant 16h nous reprenons notre route. Nous reprenons le Lavdaraski Kanal, celle fois-ci vers le SE, pour rejoindre et traverser le fouillis de petits îlots qui donne accès au Murtersko More, grande étendue d'eaux libres plus au sud. A 16h45 nous passons au sud de l'îlot Roncic. Un léger vent et la mer nous poussent, et nous marchons à 6 kt. Nous prenons la cap compas 102° en direction du Sitski Kanal et de la passe entre les îlots Gangarol au nord et Bikarijica au sud. Nous atteignons la passe à  17h17. De là nous prenons au 120° CC sur 2,5 milles pour arriver à 17h50 au sud de la tourelle blanche au sud de l'île Kosara. Le coucher de soleil est magnifique et donne à tout le paysage des couleurs rose-orangées. Nous roulons le génois que le vent n'arrive plus à gonfler et continuons sous GV et moteur dans le rose du couchant. Du sud de Kosara, un grand bord plein Est nous amène au nord du petit îlot Artica Mala puis de la cardinale ouest Plic Kusija. C'est le début du chenal d'accès qui va nous mener à à Hrmina, jolie marina où nous allons passer la nuit. Le soleil à disparu, la nuit est noire, et le scintillement de la cardinale ouest nous guide. Michel est à la barre, et je suis à ses côtés pour lui donner les indications sur les fonds qu'il va rencontrer et les caps à suivre entre les îlots qui ferment la baie. Le vent est nul, la mer est plate ; nous fonctionnons GPS éteint, au chronomètre, à la carte et au sondeur. Les lumières du carré ont été éteintes. Plein de souvenirs me reviennent de ces passes, que j'ai empruntées de jour il y a longtemps, lors de ma première croisière en Croatie, sur un Bavaria 36 avec Aude. Depuis, je n'y suis jamais revenu. Je suis heureux d'être ce soir avec Michel et les autres dans la paix de ces chenaux.

Coucher de soleil sur le Murtersko More, 29 octobre 2019 (2)

Coucher de soleil sur le Murtersko More, 29 octobre 2019 (3)

A 20h30, le bateau est amarré à Marina Hrmina. Un employé travaille toute la soirée à l'accueil des bateaux. Sa guérite est au bout du ponton, à quelques mètres de l'emplacement où le Quint II est garé sur pendilles. Il nous accompagne à la réception de la marina, près du bar et du restaurant. Le bar fonctionne encore ; la réception vient de fermer, et nous devrons attendre son ouverture le lendemain à 8h pour payer et récupérer le dossier du bateau. Les sanitaires sont ouverts toute la nuit.

Coucher de soleil sur le Murtersko More, 29 octobre 2019 (1)

West Coast of Dugi Otok, October 29, 2019. We left Mali Losing last night, and the descent to the south during the night passed without a hitch. Since we left the fishing fleet to starboard, no boats have been seen nearby. We spent the night at Cape 233 °, so as to stay away from the coast of Dugi Otok. No fire lights them, and despite the watch of my shiftmates, I do not want to run any risk. The wind and probably also a slight current make us drift east.
At 6:30 the sun rises. We are far from the cliffs of Dugi Otok. A GPS point gives us our position at 7am: 43 ° 56'N and 15 ° 00'E, exactly on the road drawn the day before on the map, just over three nautical miles from the coast. The cliffs are very beautiful and, now that it is daytime it is worth going along. I change the course to 103 ° to get closer to the coast.
At 8:50 we drive along the cliffs of the west coast of Dugi Otok, a few miles before the entrance of Prolaz Mala Proversa. The limestone of these cliffs always makes me think of that of the Calanques, and I wonder if climbers have opened tracks there. With the binoculars, I do not see any equipment in place, but not equipping can also be a question of ethics. Routes seem obvious, many of them requiring one or more reminders to get to the foot of the tracks,

Always along the coast, we spend a few minutes later in front of a rocky beach covered with cairns. I do not know if these cairns make sense, or if it's about children's games with no specific meaning. If a reader of this blog knows the meaning and / or history of these cairns, thank you in advance to this reader to write a note in commentary of this article to indicate this one. It will be interesting for everyone.

The wind is weak. Engaged in the Prolaz Mala Proversa passage, which runs between the indentations of Dugi Otok in the north and Kornati in the south, we have only very little air. In the spring, I managed to fully cross the passage. Today, it will be much more complicated. We manage to climb back up to the cafe-restaurant buildings, the narrowest sector of the passage. There we do not have enough room to tack, and our speed is insufficient to allow us to pass the passage on the inertia. The headwind is blocking us and we have to put the engine to finish the pass. At the exit of the passage, after the last low walls, I will discover on starboard a whirlwind which indicates a small current of tide which opposes us. We had no chance to spend that day sailing.
A few minutes later we cast anchor in Uvala Cuscica, a nice cove that opens to port. We bathed there in April, and that day we collected plastic waste. Today, my program is a little different. We have identified a tear of about fifteen centimeters near the top of the genoa, which starts from the forestay towards the mast. The tubes of the forestay became detached, and the bare metal parts began to tear the sail. I'm going to take advantage of our break in the pretty cove to put strips of Dacron adhesive on the tear. This fortress repair will prevent the tear from spreading, and will continue to use the genoa. On the other hand, we will have to avoid to roll and unroll the genoa too often, under penalty of cutting again the bands of Dacron.
Quint II may have a cauldron chair, but I'm not sure. If I was shown its location during the check-in of the boat I do not remember. But this is not important: two harnesses form a complete harness very acceptable and very comfortable, a technique that I already used some time ago in Dubrovnik. I regret a little that only the halyard of fortune runs outside the mast. The others circulate inside of it and come out too low so that I can make myself an insurance by fixing on it a self-locking knot. I just hope that all will be well and ask two of my teammates to hoist me to the top of the mast with the winch attached to the foot of it. I take with me two rolls of Dacron sail adhesive, my Letherman knife with a razor-sharp blade, and a large rope ring at random. This one will be useful to me. Although I am very close to the top of the mast, the stay of the genoa and tearing of the way are far enough away from me. To work comfortably I fixed my belt to about twenty centimeters of the mast with the rope; it allows me to have both hands free to work. I thus fix sixteen strips of Dacron on the tear - eight on each side of the sail - by crossing horizontal bands and vertical bands. The atmosphere here is superb, and the view beautiful. The repair work finished, I try to take some pictures with my iPhone - I left my camera down, anyway not suitable for acrobatic work. Unfortunately I discover that the battery is dead. I will not be able to share the extraordinary landscapes that I have in front of me. I tell my teammates that the repair is over and I ask them to come down.

We recover our orin. The anchor returns to post without problem and we resume our route to 12:45. We get out of the bay by winding the Rt Caska point to port, and go up NW in the Lavdaraski Kanal, which separates the E coast of Dugi Otok from the elongated island of Lavdara. At 14h we are in Sali, a charming village on the east coast of Dugi Otok. We moor the Sun Odyssey 51 Quint II along the dock on the starboard side, at the bottom of the dock near Café Maritimo. We take a little less than two hours to take a break and visit the city, and shortly before 16h we resume our journey. We take the Lavdaraski Kanal, this time to the SE, to reach and cross the clutter of small islets that gives access to the Murtersko More, large expanse of open water further south. At 16.45 we pass south of Roncic islet. A light wind and the sea push us, and we walk at 6 kt. We take the compass heading 102 ° towards Sitski Kanal and the pass between Gangarol islets in the north and Bikarijica in the south. We reach the pass at 17:17. From here we take 120 degrees to 2.5 miles to arrive at 17:50 south of the white turret south of Kosara Island. The sunset is beautiful and gives all the landscape pink-orange colors. We roll the genoa that the wind can not inflate anymore and continue under GV and engine in the rose of the sunset. From the south of Kosara, a large eastern edge brings us to the north of the small island Artica Mala and then to the west cardinal Plic Kusija. This is the beginning of the access channel that will lead us to Hrmina, a pretty marina north of Otok Murter where we will spend the night. The sun has disappeared, the night is dark, and the sparkle of the western cardinal guides us. Michel is at the helm, and I am at his side to give him the indications on the funds he will meet and the courses to follow between the islets that close the bay. The wind is nil, the sea is flat; we operate GPS off, stopwatch, map and sounder. The lights of the square have been extinguished. A lot of memories come back from these passes, which I borrowed by day long ago, on my first cruise in Croatia, on a Bavaria 36 with Aude. Since then, I have never returned. I'm happy to be here tonight with Michel and the others in the peace of this channel. At 20:30, the boat is moored at Marina Hrmina. An employee works all evening at the reception of the boats. Its gate is at the end of the pontoon, a few meters from where the Quint II is parked on hangers. He accompanies us to the reception of the marina, near the bar and the restaurant. The bar still works; the reception has just closed, and we will have to wait until it opens the next day at 8 am to pay and recover the boat's file. The toilets are open all night.

Photos : Falaises de Dugi Otok, côte ouest, 29 octobre 2019 (1 à 3) ; Dugi Otok côte ouest Cairns avant le passage du Prolaz mala Proversa 29 octobre 2019 (1 et 2) ; Dugi Otok côte ouest, plage avant le passage du Prolaz mala Proversa 29 octobre ; Dugi Otok, Uvala Cuscica, montée du mât, 29 octobre 2019 (1 à 4) ; Dugi Otok, Uvala Cuscica, 15 avril 2016 ; Dugi Otok, Uvala Cuscica, pose des bandes Dacron sur le génois, 29 octobre 2019 ; Dugi Otok, Uvala Cuscica, la réparation du génois, 29 octobre 2019 ; Dugi Otok, Uvala Cuscica, descente du mât, 29 octobre 2019 ; Dans le Lavdaraski Kanal, en vue de Sali, 29 octobre 2019 ; Arrivée à Sali, 29 octobre 2019 ; Sali, le Café Maritimo, 29 octobre 2019 ; Coucher de soleil sur le Murtersko More, 29 octobre 2019 (1 à 3). Auteur/author : Dugi Otok, Uvala Cuscica, montée du mât, 29 octobre 2019 (1 à 4) : Céline Decoster ; Dugi Otok, Uvala Cuscica, la réparation du génois, 29 octobre 2019 ; Dugi Otok, Uvala Cuscica, descente du mât, 29 octobre 2019 : Michel Claisse. Autres photos : Philippe Bensimon.