Ocean_viking_anchored_by_volfegan-d42atrf (2011 auteur Daniel Leite Lacerda)

Depuis le début de l’année, près de 300 personnes ont été secourues par des navires humanitaires en Méditerranée centrale. SOS Méditerranée dans une newsletter parue cette semaine dénonce un « trou noir ». 

Pour SOS Méditerranée, « il n’existe toujours pas de mécanisme concerté, prévisible et pérenne concernant le débarquement des rescapés secourus en Méditerranée ». L'ONG parle de « cynisme » pour qualifier la façon dont l'UE a délégué l'organisation des secours à la Libye. D'une part le centre de coordination de recherche et de sauvetage libyen, le JRCC, ne répercuterait pas les appels au secours à l'ensemble des bateaux sur zone, contrairement au droit maritime, mais encore, il ne disposerait pas de personnel parlant anglais disponible 24h/24. « Par ailleurs, l’absence de relais de coordination dans cette zone par d’autres centres de coordination compétents, comme ceux de l’Italie et de Malte apparaît également problématique. Il en résulte un trou noir en Méditerranée centrale où les navires humanitaires et les ONG se débattent, avec leurs propres moyens, pour détecter des situations de détresse et réussir à porter secours aux rescapés dans les temps, et à les protéger. Ainsi, plus d’un tiers des opérations de sauvetage menées par l’Ocean Viking ont été repérées par nos équipes à la jumelle. »


Lorsque les garde-côtes libyens, qui ont pris la suite des italiens, récupèrent les naufragés, ils les rapatrient ou les font rapatrier en Libye, une situation intolérable pour des gens qui ont risqué leur vie pour fuir ce pays en guerre où leur vie est menacée. 

« Immanquablement, l’histoire se répète : les équipes de l’Ocean Viking, qui ont envoyé une demande pour un lieu sûr afin de débarquer les rescapés, se sont vues assigner Tripoli par les autorités maritimes libyennes. Or, il est inenvisageable de débarquer des rescapés dans un pays en proie aux conflits tel que la Libye. Le droit international est on ne peut plus clair : « Tout rescapé doit être débarqué dans un "lieu sûr" dans les meilleurs délais, où ses droits fondamentaux seront respectés.»

Le Haut-commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés (UNHCR), tout comme l'Organisation internationale des migrations (OIM) a déclaré à plusieurs reprises que la Libye ne pouvait pas être considéré comme un lieu sûr. Malgré cela l'OIM a annoncé le 14 janvier que près de 1000 personnes avaient été interceptées et renvoyées en Libye depuis le début de l'année.

En tout état de cause, il est inadmissible de renvoyer des personnes secourues en mer, dans le pays qu’elles ont justement fui au péril de leur vie et où SOS Méditerranée rappelle que « des êtres humains subissent les pires atrocités dans ce pays, comme nous l’ont raconté la plupart des rescapés ».

« Malgré les « millions d’euros » d’aide de l’Union européenne (UE), la Libye en guerre est incapable de coordonner les secours en Méditerranée, augmentant le risque de naufrages mortels » déplore auprès de l’AFP la cofondatrice de l’ONG SOS Méditerranée, Sophie Beau.

« Un pays en guerre va-t-il aller faire du sauvetage en mer pour des migrants ? On est sérieux ? Ça ne marche pas », dénonce Mme Beau, directrice de SOS Méditerranée.

Pour elle, « « Les pays européens doivent prendre leurs responsabilités » pour accueillir les migrants secourus, mais aussi en déployant une force européenne de sauvetage. La « désorganisation de l’Europe » sur les migrations a, selon elle, un « coût politique » en termes de crédibilité et de montée des extrémismes. »

Les passagers du dernier zodiac récupérés par SOS Méditerranée, 92 personnes dont 5 femmes enceintes et 38 mineurs, épuisés et couverts d'essence, ont eu la chance de pouvoir débarquer en Italie (JT A2 20h, vendredi 24 janvier 2020). Mais la question : « où les débarquer ?» se repose avec chaque secours en mer. Il est urgent que les Etats européens se mettent d'accord une bonne fois pour tous et que les capitaines des ONG qui assurent les secours en mer en Méditerranée n'aient plus à demander des autorisation coûteuses en temps en en souffrances humaines. 

Cette solution, indispensable aujourd'hui, ne suffira pas à résoudre la totalité des problèmes. Elle améliorera seulement - grandement - le sort des victimes secourues, et permettra aux bateaux des ONG de gagner en efficacité. Cependant, aujourd'hui, il est impossible de dire combien de victimes disparaissent en Méditerranée sans que personne n'en ait connaissance.

La seule solution globale, on ne le dira jamais assez, consiste à ouvrir complètement les frontières de l'Europe aux migrants, une solution qui assurerait la sécurité de tous, mettrait fin aux activités des passeurs, résoudrait les problèmes de main d'oeuvre et de manque de natalité en Europe, rajeunirait les populations, permettrait un meilleur contrôle des flux migratoires et permettrait à ces flux de s'établir dans les deux sens. Il faut que tous se mobilisent pour exiger cette ouverture des frontières, qui seule mettra fin à une hécatombe en Méditerranée qui déshonore les pays européens et leurs gouvernements. Et, répétons-le, on ne peut se contenter de faux-semblants, comme de renvoyer ces migrants à la mort via des prétendus « pays sûrs » comme la Turquie ou la Libye.

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Since the start of the year, almost 300 people have been rescued by humanitarian ships in the central Mediterranean. SOS Mediterranean in a newsletter published this week denounces a "black hole".

For SOS Mediterranean, "there is still no concerted, predictable and lasting mechanism concerning the landing of rescued rescuers in the Mediterranean". The NGO speaks of "cynicism" to describe the way in which the EU has delegated the organization of aid to Libya. On the one hand, the Libyan search and rescue coordination center, the JRCC, would not pass on the calls for help to all the boats in the area, contrary to maritime law, but still, it would not have English-speaking personnel available 24 hours a day. "Furthermore, the absence of coordination relays in this area by other competent coordination centers, such as those in Italy and Malta also seems problematic. The result is a black hole in the central Mediterranean where humanitarian ships and NGOs are struggling, with their own means, to detect situations of distress and successfully rescue and protect survivors on time. More than a third of the rescue operations carried out by the Ocean Viking were identified by our binoculars. " When the Libyan coast guards, who took over from the Italians, recover the shipwrecked, they repatriate them or have them repatriated to Libya, an intolerable situation for people who risked their lives to flee this war-torn country where their lives are threatened. "Inevitably, history repeats itself: teams of the Ocean Viking, who sent a request for a safe place to disembark the survivors, were assigned Tripoli by the Libyan maritime authorities. However, it is unthinkable to land survivors in a country plagued by conflict such as Libya. International law could not be clearer: "All survivors must be landed in a" safe place "as soon as possible, where their fundamental rights will be respected." The United Nations High Commissioner for Refugees (UNHCR), like the International Organization for Migration (IOM) has repeatedly stated that Libya cannot be considered a safe place. Despite this, the IOM announced on January 14 that nearly 1,000 people had been intercepted and returned to Libya since the beginning of the year. In any event, it is unacceptable to send rescued people back to the sea, to the country that they rightly fled at the risk of their lives and where SOS Mediterranean recalls that "human beings are suffering the worst atrocities in this country, as Most of the survivors have told us. " "Despite the" millions of euros "in aid from the European Union (EU), Libya at war is unable to coordinate aid in the Mediterranean, increasing the risk of fatal shipwrecks" deplores the co-founder of AFP the NGO SOS Méditerranée, Sophie Beau. “Will a country at war go to rescue at sea for migrants? Are we serious? It doesn't work, ”says Ms. Beau, director of SOS Mediterranean. For her, "" European countries must take their responsibilities "to welcome rescued migrants, but also by deploying an European rescue force. The "disorganization of Europe" on migration has, she said, a "political cost" in terms of credibility and the rise of extremism. " The passengers of the last zodiac recovered by SOS Mediterranea, 92 people including 5 pregnant women and 38 minors, exhausted and covered with petrol, were lucky enough to be able to disembark in Italy (JT A2 8 p.m., Friday, January 24, 2020). But the question: “where to land them?” Rests with each rescue at sea. It is urgent that the European states agree once and for all and that the captains of the NGOs that provide rescue at sea in the Mediterranean n '' no longer have to ask for time-consuming authorizations in human suffering. This solution, essential today, will not be enough to solve all of the problems. It will only - greatly - improve the lot of the victims rescued, and will allow NGO boats to become more efficient. However, today, it is impossible to say how many victims disappear in the Mediterranean without anyone knowing about it.  The only global solution, we can never say it enough, is to open Europe's borders completely to migrants, a solution that would ensure the security of all, put an end to the activities of smugglers, solve labor problems and lack of births in Europe, would rejuvenate populations, allow better control of migratory flows and allow these flows to be established in both directions. All must mobilize to demand this opening of borders, which alone will put an end to a massacre in the Mediterranean which dishonors European countries and their governments. And, let us repeat, one cannot be satisfied with pretenses, like sending these migrants to death via so-called "safe countries" like Turkey or Libya.

Photo : Ocean_viking_anchored_by_volfegan-d42atrf (2011, auteur/author Daniel Leite Lacerda)