Lefkada, l'approche du chenal de Lefkas, 29 décembre 2019

Preveza, dimanche 29 décembre. 7h du matin, nous quittons le quai municipal de Preveza. Le départ s'effectue sur garde arrière (descendante), Sortis du long chenal balisé qui gagne la mer Ionienne, nous trouvons 19 kt de vent de nord, qui souffle dans notre dos. Le ciel est couvert. Nous arrivons vers 8h10 aux fortifications vénitiennes qui gardent l'entrée du chenal de Lefkas. Le pont-levis qui ferme l'accès au chenal que nous devons emprunter est ouvert aux heures pleines, et nous avons près d'une heure devant nous. Nous nous engageons dans l'avant port, avec dans l'idée d'y faire des manoeuvres d'accostage ; il y a ici un quai protégé par des bandes de caoutchouc marron propices à ce genre d'exercice. Ce n'est sans doute pas la meilleure idée que j'ai eue durant cette matinée. Le vent est devenu violent au point que, moteur à fond, le bateau est embarqué par une rafale, et nous parvenons à grand peine à faire demi-tour et éviter le crash contre le passage encore fermé. 

Voyant la situation, le capitaine de la barge qui commande le pont-levis décide d'ouvrir celui-ci sans attendre neuf heures. Pour nous faciliter la tâche, il fait pivoter sa barge, et nous dégage ainsi un large passage, beaucoup plus large que celui que celui auquel nous avons eu droit la veille. A 8h30, nous franchissons sans plus de difficulté le passage, et nous pénétrons dans le chenal qui sépare l'île de Lefkada à tribord du continent à bâbord. Nous passons ainsi successivement devant la ville de Lefkas et sa grande marina, devant sa décharge qui donne dans le chenal, puis le chenal traverse des marécages dont les berges sont jonchées de plastiques - y compris une chaise de jardin, sans doute issue de la décharge et véhiculée jusqu'ici par le courant.

A 9h15, nous débouchons à la sortie sud du chenal de Lefkas, et nous prenons le cap 148°. A 12h10, le point nous place au 155° du feu nord de la grande île Meganisi, et au 240° du sommet 1573m Akarnanika situé sur le continent. La visibilité est totale, et le ciel est devenu bleu. Nous avançons à 7 noeuds, poussés par un vent de largue, le génois sorti et deux ris pris dans la grand-voile. Depuis quelques minutes, nous faisons route au cap 187°, en vue de rejoindre Nisi Oxia, petite île sauvage et inhabitée qui fait une bonne étape quand on est en route pour rejoindre le golfe de Corinthe. Selon le vent que nous trouverons sur place, nous mouillerons sur le côté est, qui offre une anse bien décrite sur le guide Imray de Rod Keikell, ou sur la côte ouest. L'unique baie de cete côte ouest en grande partie occupée par une ferme marine, et le reste de la baie n'est pas propice au mouillage. En descendant plus au sud sur la côe ouest de Nisis Oxia, on finit cependant par trouver un banc de sable qui permet de mouiller par 10-12 m de fond, bien abrité des vents d'est par les hautes murailles de l'île.

Meganisi, la côte est, 29 décembre 2019Vers 13h30 nous naviguons cap au sud dans le bras de mer situé entre Katomeri, au nord-est de la grande île Meganisi - qu'on voit à tribord dans la photo ci dessus - et Kalamos, l'île aux roseaux. Nos équipiers tiennent la barre, le temps est superbe.

Les îles Vromonas et Makri, 29 décembre 2019A 15h45, alors que le soleil commence à baisser, nous laissons à tribord les deux îles Vromonas et Makri, pour passer entre elles et le continent. Depuis un moment, nous faisons route en oblique vers le sud-est, au cap 150°. Nous naviguons à 8 noeuds, poussés par un vent de NE de 13 kt que nous recevons bâbord amures. Le vent ici n'a pas encore eu le temps de lever les vagues, et celles-ci ne dépassent pas les vingt centimètres.

Arrivée sur la côte ouest de Nisis Oxia au coucher du soleil, 29 décembre 2019 1

Arrivée sur la côte ouest de Nisis Oxia au coucher du soleil, 29 décembre 2019 5

Nisis Oxia, côte ouest, en route vers la zone de mouillage, 29 décedmbre 2019

Nisis Oxia, côte ouest, affalage des voiles, 29 décembre 2019

A 16h30, nous sommes en vue de Nisis Oxia, à quelques encablures au nord-ouest de l'île où nous allons passer la nuit. Le vent vient du nord-est. Il est prévu qu'il vire de plus en plus à l'est durant la nuit. Le mouillage traditionnel, au pied des falaises à l'est de l'île, est complètement ouvert à l'est. Les fonds y tombent très vite - ce qui implique de mouiller près des cailloux - et si le bateau est chassé vers les rochers, nous allons manquer de temps pour réagir. La sécurité veut donc que nous mouillons sur le petit banc de sable côté ouest de l'île. Ce banc ne figure sur aucune carte, mais je l'ai trouvé il y a quelques années grâce à une photo google earth, et je me fais fort de le retrouver. Le ciel est dégagé, et le coucher du soleil s'annonce magnifique. Plus par acquis de conscience que mû par un réel espoir d'y trouver un mouillage, j'emmène mon équipage visiter l'anse nord-ouest. Elle est toujours occupée par une ferme marine - peur être moins important que dans mon souvenir, mais suffisante tout de même pour rendre la baie inexploitable. Nous descendons donc plus au sud, longeant la côte ouest de Nisis Oxia, à la recherche du banc. Une avancée de calcaire blanc en marque l'extrémité nord. Les rochers s'incendient dans des teintes de plus en plus orangées au fur et à mesure que le soleil descend sur l'horizon. A 17h30, nous mouillons l'ancre, avec  76m de chaîne dans quatorze mètres de fond. J'ai pris la précaution d'envoyer un orin avec l'ancre. En affalant les voiles, nous remarquons une petite déchirure d'une quinzaine de centimètres dans la grand-voile ; l'oeillet du deuxième ris, proche de la déchirure, est lui aussi un peu décousu. J'utiliserai la totalité ou presque d'un rouleau de Dacron adhésif pour faire une réparation de fortune. 

Dans un cadre superbe, nous nous attaquons au repas du soir. Sur le livre du bord, j'inscris : "apéritif, poulet au curry, tarte aux pommes et aux poires". 

Nisis Oxia, côte ouest, poulet au curry pour l'équipage du Sofia IV, 29 décembre 2019

Nisis Oxia, mouillage sur la côte ouest, corvée de vaisselle pour l'équipage du Sofia IV, 29 décembre 2019

Preveza, Sunday December 29. 7am, we leave the municipal wharf of Preveza. The departure is done on stern spring. Leaving the long signposted channel which reaches the Ionian Sea, we find 19 kt of north wind, which blows in our back. The sky is covered. We arrive around 8:10 am at the Venetian fortifications which guard the entrance to the Lefkas channel. The drawbridge which closes the access to the channel that we have to take is open at peak hours, and we have almost an hour in front of us. We are entering the outer harbor, with the idea of ​​carrying out docking maneuvers; There is a dock here protected by brown rubber bands suitable for this kind of exercise. It was probably not the best idea I had during this morning. The wind has become violent to the point that, engine fully down, we can hardly turn around and avoid the crash against the passage which is still closed.

Seeing the situation, the captain of the barge who commands the drawbridge decides to open it without waiting nine hours. To make our job easier, he swivels his barge, and thus gives us a wide passage, much wider than the one we were given the day before. At 8:30 am, we cross the passage without more difficulty, and we enter the channel that separates the island of Lefkada to starboard from the mainland to port. We thus pass successively in front of the town of Lefkas and its large marina, in front of its outlet which gives into the channel, then the channel crosses swamps whose banks are strewn with plastic - including a garden chair, probably from the landfill and so far carried by the current.
At 9:15 am, we arrive at the south exit of the Lefkas channel, and we take the course 148 °. At 12:10, the point places us at 155 ° from the north light of the big Meganisi island, and at 240 ° from the summit 1573m Akarnanika. The visibility is total, and the sky has turned blue. We are advancing at 7 knots, pushed by a downwind, the genoa out and two reefs caught in the mainsail. For a few minutes, we have been heading to Cape 187 °, in order to reach Nisi Oxia, a small wild and uninhabited island that makes a good stopover when we are on our way to reach the Gulf of Corinth. Depending on the wind that we will find on the spot, we will anchor on the east side, which offers a cove well described on Rod Keikell's Imray guide, or on the west coast. The only bay on this coast is largely occupied by a marine farm, and the rest of the bay is not suitable for anchoring. Descending further south on the west coast of Nisis Oxia, however, you end up finding a sandbank that allows you to anchor in 10-12 m depth, well sheltered from east winds by the high walls of the island.
Around 1:30 p.m. we sail south in the inlets located between Katomeri, northeast of the large Meganisi island - which we can see on the starboard side in the photo above - and Kalamos, the island of reeds. Our teammates are at the helm, the weather is superb.
At 3:45 p.m., as the sun begins to drop, we leave the two islands of Vromonas and Makri to starboard, to pass between them and the mainland. For a while, we have been heading obliquely to the southeast, at heading 150 °. We are sailing at 8 knots, pushed by a 13 kt NE wind that we receive on port tack. The wind here has not yet had time to lift the waves, and they do not exceed twenty centimeters.
Arrivée sur la côte ouest de Nisis Oxia au coucher du soleil, 29 décembre 2019 2At 4.30 p.m., we are in sight of Nisis Oxia, not far from the northwest of the island where we will spend the night. The wind comes from the northeast. It is expected to veer further east during the night. The traditional anchorage, at the foot of the cliffs to the east of the island, is completely open to the east. The funds fall there very quickly - which involves anchoring near the pebbles - and if the boat is chased towards the rocks, we will run out of time to react. Security therefore wants us to anchor on the small sandbank on the west side of the island. This bench does not appear on any map, but I found it a few years ago thanks to a google earth photo, and I am doing my best to find it. The sky is clear, and the sunset promises to be magnificent. More for the sake of conscience than driven by a real hope of finding an anchorage there, I take my crew to visit the northwest cove. It is still occupied by a marine farm - fear to be less important than in my memory, but sufficient all the same to make the bay unusable. We therefore descend further south, along the west coast of Nisis Oxia, in search of the bank. A projection of white limestone marks the north end. The rocks burn down in more and more orange hues as the sun descends on the horizon. At 5.30 p.m., we anchor, with 76m of chain in fourteen meters of water. I have taken the precaution of sending a rope with the anchor. As we lower the sails, we notice a small tear of about fifteen centimeters in the mainsail; the eyelet of the second reef, close to the tear, is also a little disjointed. I will use almost all of a roll of Dacron adhesive to make a makeshift repair. In a superb setting, we tackle the evening meal. On the log book, I wrote: "aperitif, curry chicken, apple and pear pie".

Nisis Oxia, côte ouest, approche de la zone de mouillage, 29 décembre 2020

Photos : Lefkada, l'approche depuis le nord du chenal de Lefkas, 29 décembre 2019 ; Meganisi, la côte est, 29 décembre 2019 ; Les îles Vromonas et Makri, 29 décembre 2019 ; Arrivée sur la côte ouest de Nisis Oxia au coucher du soleil, 29 décembre 2019 (1 et 2) ; Nisis Oxia, côte ouest, en route vers la zone de mouillage, 29 décembre 2019 ; Nisis Oxia, côte ouest, affalage des voiles, 29 décembre 2019 ; Nisis Oxia, côte ouest, dîner dans le carré du Cyclades 50.5, 29 décembre 2020 ; Nisis Oxia, mouillage sur la côte ouest, corvée de vaisselle pour l'équipage du Sofia IV, 29 décembre 2019 ; Arrivée sur la côte ouest de Nisis Oxia au coucher du soleil, 29 décembre 2019 (3) ; Nisis Oxia, côte ouest, approche de la zone de mouillage, 29 décembre 2020. Auteur/author : Philippe Bensimon