Covid-19 et migrants

Un agriculteur du sud de l'Italie fait ce constat : si l'on refuse la mondialisation, il faut que les Européens retournent travailler dans les champs. Il manque aujourd'hui 250.000 personnes pour travailler en Italie dans les champs, les récoltes sèchent ou pourrissent sur pied (céleris, etc.), et cet agriculteur appelle le gouvernement italien à régulariser massivement les centaines de milliers de migrants actuellement bloqués dans le sud de l'Italie (source : A2, JT 22 avril 2020). Ce sont en effet 300 000 travailleurs étrangers, originaires de l’Europe de l’Est, qui ont été empêchés par le covid-19 de rejoindre l’Italie. "Sans eux, toutes les récoltes du pays sont menacées et risquent de ne jamais arriver sur les étals des supermarchés italiens et européens", rapporte infomigrants.net.

Le Portugal a déjà régularisé

Régulariser, c'est ce qu'a déjà fait le Portugal. « Alors que le continent européen fait face à l’épidémie de coronavirus, les pouvoirs publics portugais ont annoncé, samedi 28 mars, la régularisation temporaire des immigrés en attente de titre de séjour à partir du lundi 30 mars. Une mesure exceptionnelle et temporaire pour les protéger du Covid-19. « Les gens ne devraient pas être privés de leurs droits à la santé et au service public simplement parce que leur demande n'a pas encore été traitée », a déclaré Claudia Veloso, porte-parole du ministère des Affaires intérieures, à l'agence Reuters. « Dans cette période exceptionnelle, les droits des immigrés doivent être garantis. » (RFI, 30 mars 2020). Cela dit, cette mesure n'est que temporaire, et les procédures « normales » reprendront leur cours en juillet – avec peut-être un retour à la fragilisation de ces populations. 

Toujours est-il que de plus en plus de gens prennent conscience qu'en Europe, nous avons tous besoin des migrants pour faire tourner nos économies. Rappelons que l'été dernier, rien qu'en France, il manquait 100.000 bras dans le seul secteur de la restauration saisonnière. Cet été, si les Français décident de passer leurs vacances en France (ou y sont condamnés), la situation ne va pas aller en s'améliorant.

Teresa_Bellanova_datisenato_2018, 21 mars 2018, auteur Senato

Inquiet de la pénurie de main-d’œuvre dans le secteur agricole le gouvernement italien envisage aujourd'hui de régulariser 600.000 migrants

D’après des estimations du ministre des Politiques agricoles, alimentaires et forestières, Teresa Bellanova, « il manque entre 270 000 et 350 000 travailleurs saisonniers dans ce secteur en Italie ». Les autorités misent donc sur la régularisation des migrants présents sur son territoire pour combler le vide. Ils étaient déjà nombreux à travailler de façon illégale, dans l’agriculture avant la crise sanitaire. Mais selon l'hebdomadaire italie L'Espresso, «l’armée des migrants journaliers » est restée bloquée dans les ghettos et les camps de fortune. A partir du moment où il a fallu justifier tout déplacement (en raison du confinement), toute une filière est entrée en crise ». Les migrants n’ayant pas de contrat de travail pour justifier leurs sorties, le secteur est entré dans une grande crise, à l’image de celle que traversent la plupart des travailleurs du secteur informel.

La ministre de l’agriculture italienne, sur la situation des migrants, a signalé à un journal italien le Corriere della sera que quelque « 600 000 personnes sous-payées et exploitées de façon souvent inhumaine » dans les cham, ps italiens, pourraient être concernées par « la mesure de régularisation, qui est une question économique mais aussi sociale et humanitaire », a-t-elle ajouté (source : https://www.bladi.net/italie-sans-papiers-regularisation,67854.html). L'extrême-droite italienne conduite par Matteo Salvini est bien sûr montée au créneau contre cette mesure.

Jacques_Toubon

La France a refusé de fermer les centres de rétention

En France, la situation des migrants ne s'est guère améliorée. SOS Méditerranée s'est séparée de Médecins sans Frontières, et le Défenseur des droits, dont les avis ne sont que consultatifs, a de nouveau réclamé, samedi 18 avril, la fermeture des centres de rétention administrative (CRA) où sont détenus les étrangers en procédure d'expulsion. « Pour Jacques Toubon, le risque de contamination au Covid-19 y est « indéniable ». En mars, Jacques Toubon avait demandé à plusieurs reprises la fermeture des CRA, estimant que la promiscuité y faisait courir « un risque sanitaire particulièrement élevé aux retenus et au personnel ». Le 27 mars, le Conseil d'Etat  a rejeté ces demandes, estimant que les centres de rétention administrative ne constituaient pas « un facteur d'évolution de l'épidémie », et que les nouveaux placements en rétention devaient devenir « marginaux » et que « la carence dans l'accès aux soins ou dans la mise à disposition de produits d'hygiène » n'était « pas avérée ». Samedi 18 avril, le Défenseur des droits a insisté sur le fait que non seulement les placements sen CRA ont été continués « dans des proportions non-marginales », et que « la situation sanitaire n'a cessé de se dégrader et plusieurs étrangers et personnels du CRA de Paris, dans le bois de Vincennes, ont été testés positifs au Covid-19 ». Le tribunal administratif de Paris a d'ailleurs ordonné jeudi qu'aucun nouveau placement n'ait lieu dans ce centre.

Le risque de contamination est donc « indéniable » et « porte une atteinte disproportionnée au droit à la vie et à la protection de la santé, alors même qu'il n'existe pratiquement aucune perspective d'éloignement à bref délai », dénonce Jacques Toubon. Il réitère son appel à fermer tous les CRA et à libérer les personnes retenues, ou réclame à défaut « l'arrêt immédiat » des placements et la distribution « en quantité suffisante » de matériel pour protéger étrangers et personnel (Source : RFI, https://www.infomigrants.net/fr/post/24197/coronavirus-le-defenseur-des-droits-reclame-toujours-la-fermeture-des-centres-de-retention).

_______________

Covid-19 and migrants

A farmer in southern Italy makes this observation: if we refuse globalization, Europeans must return to work in the fields. Today, 250,000 people are missing to work in Italy in the fields, crops are drying up or rotting on the ground (celery, etc.), and this farmer calls on the Italian government to massively regularize the hundreds of thousands of migrants currently stranded in the south from Italy (source: A2, JT April 22, 2020). In fact, 300,000 foreign workers from Eastern Europe were prevented by the covid-19 from reaching Italy. "Without them, all the country's crops are threatened and risk never reaching the stalls of Italian and European supermarkets," reports infomigrants.net.

Portugal has already regularized

Regularizing is what Portugal has already done. "As the European continent faces the epidemic of coronavirus, the Portuguese authorities announced, on Saturday March 28, the temporary regularization of immigrants awaiting residence permits from Monday March 30. An exceptional and temporary measure to protect them from the Covid-19. "People should not be deprived of their rights to health and public service simply because their request has not yet been processed," Ministry of Internal Affairs spokeswoman Claudia Veloso told the agency. Reuters. “In this exceptional period, the rights of immigrants must be guaranteed. "(RFI, March 30, 2020). That said, this measure is only temporary, and the “normal” procedures will resume their course in July - with perhaps a return to the weakening of these populations.

The fact remains that more and more people are realizing that in Europe, we all need migrants to run our economies. Remember that last summer, in France alone, 100,000 arms were missing in the seasonal catering sector alone. This summer, if the French decide to spend their holidays in France (or are condemned there), the situation will not get better.

Worried about the shortage of manpower in the agricultural sector the Italian government plans today to regularize 600,000 migrants

According to estimates by the Minister of Agriculture, Teresa Bellanova, "there are between 270,000 and 350,000 seasonal workers in this sector in Italy". The authorities therefore rely on the regularization of migrants present on its territory to fill the void. Many of them were already working illegally in agriculture before the health crisis. But according to a local newspaper, "the army of daily migrants" remained stranded in ghettos and makeshift camps. As migrants do not have a work contract to justify their exits, the sector has entered a great crisis, like that experienced by most workers in the informal sector. The Italian Minister of Agriculture, on the situation of migrants, told an Italian newspaper that some "600,000 underpaid and often inhumanely exploited people" in Italian fields could be affected by "the regularization measure , which is an economic issue but also a social and humanitarian one ”, she added (source: https://www.bladi.net/italie-sans-papiers-regularisation,67854.html). The Italian far-right led by matteo Salvini has of course stepped up to the plate against this measure.

France has refused to close its detention centers

In France, the situation of migrants has hardly improved. SOS Méditerranée has separated from Médecins sans Frontières, and the Defender of Rights, whose opinions are only advisory, once again demanded, on Saturday, April 18, the closure of administrative detention centers (CRA) where foreigners are detained. expulsion procedure. "For Jacques Toubon, the risk of contamination with Covid-19 is" undeniable ". In March, Jacques Toubon had asked several times for the closure of the CRAs, believing that the promiscuity made there run "a particularly high health risk to detainees and staff". On March 27, the Council of State rejected these requests, finding that administrative detention centers were not "a factor in the evolution of the epidemic", and that new detention placements should become "marginal" and that "The deficiency in access to care or in the provision of hygiene products" was "not proven". Saturday April 18, the Defender of Rights insisted on the fact that not only the placements sen CRA were continued "in non-marginal proportions", and that "the sanitary situation did not stop deteriorating and several foreigners and staff of the CRA of Paris, in the Bois de Vincennes, tested positive for Covid-19 ”. The Paris administrative court also ordered Thursday that no new placement takes place in this center. The risk of contamination is therefore "undeniable" and "disproportionately affects the right to life and the protection of health, even though there is practically no prospect of expulsion at short notice", denounces Jacques Toubon . It reiterates its call to close all the CRAs and to release the persons retained, or demands failing this "immediate cessation" of the placements and the distribution "in sufficient quantity" of material to protect foreigners and personnel (Source: RFI, https: //www.infomigrants.net/fr/post/24197/coronavirus-le-defenseur-des-droits-reclame-toujours-la-fermeture-des-centres-de-retention).

Photos : Teresa_Bellanova_datisenato_2018, 21 mars 2018, auteur Senato ; Jacques Toubon, ancien Ministre et député européen, intervenant lors de la session des Semaines sociales de France à Villepinte, le 21 novembre 2009, auteur Semaines sociales de France