Pula, on vient de débarquer Loïc et Sébastien, 14 mars 2020

Pula, zone de mouillage au nord de la baie, samedi 14 mars 2020. Le réveil sonne à 4h30. On est partis pour une longue journée de près de 23 heures. La première étape va consister à amener Sébastien et Loïc au quai de Pula, à un demi mille au sud-est. De là, ils iront à pied à la gare routière, où ils trouveront les cars qui les ramèneront en France pour Sébastien, et en Autriche pour Loïc qui vit à Vienne. A 4h45 nous commençons les manœuvres et levons l'ancre. Trente minutes plus tard, nous accostons au quai des douanes de Pula ; c'est Loïc qui est à la barre pour la manœuvre. Le quai est en zone safe, avec 25 kt de vent de NE. Nous mettrons un bon quart d'heure à amarrer le bateau : la midship posée est trop longue, etc. Un douanier nous rejoint. Nous lui expliquons que nous ne sommes là que pour quelques minutes, le temps de débarquer deux de nos équipiers, et que nous allons retourner au mouillage. Nous espérons revenir en fin de matinée récupérer d'autres équipiers. Le douanier ne voit pas d'inconvénient à nous laisser utiliser son quai. Nous débarquons Sébastien et Loïc, leur disons rapidement au revoir - Sébastien est pressé pas l'horaire de son car - puis nous larguons les amarres. A 8h nous sommes de nouveau au mouillage au nord de la baie. Nous avons deux heures devant nous pour une petite sieste. Je quitte avec plaisir la banquette du carré que j'occupe depuis une semaine, pour une vraie cabine et un vrai dodo dans la cabine double laissée libre par Sébastien.

Pula, retour au quai à 10h, samedi 14 mars 2020 (1)

Pula, retour au quai à 10h, samedi 14 mars 2020 (3)

A 10h heures nous levons l'ancre, quittons le mouillage et retournons à Pula. Nous allons garer le bateau sur tribord, un peu au nord du quai des douanes, au quai qui longe la rue. La journée s'annonce ensoleillée. L'amarrage du bateau s'effectue beaucoup plus vite que cette nuit, et à 10h30 nous sommes en train de prendre le petit déjeuner dans le cockpit. A 11h un appel de Loïc nous apprend qu'il n'a pas pu partir en car. A près avoir étudié les diverses possibilités, on se met d'accord : il va rejoindre le bord dès que possible, et nous quittera demain à Cres, au plus tard à 8h. Je lui confirme que cela ne posera pas de difficulté : entre Pula et Cres il y a moins de cinquante milles nautiques.

Pula, retour au quai à 10h, samedi 14 mars 2020 (2)

 

A 11h45, nous quittons le bateau pour aller faire l'avitaillement. Nous serons peu nombreux pour la semaine qui vient. Bloqués aux frontières, les trois équipiers qui devaient nous rejoindre aujourd'hui à Pula ont déclaré forfait. Ils sont déjà sur le chemin du retour en France. Cela tombe bien, car nous ne sommes que trois pour faire les courses, et ce n'est pas très pratique à Pula. Les supermarchés sont loin à l'extérieur de la ville, le seule épicerie que je connais est petite, au bout d'une ruelle qui monte en biais vers le sud depuis l'amphithéâtre romain. Olivier, Claude et moi profitons de ce que nous ne sommes pas encore chargés de victuailles pour admirer la façade de l'édifice et ses murs qui ont défié les siècles. Je finis par retrouver l'épicerie. Sa vendeuse, qui parle anglais, porte un masque FFP2. C'est l'un des premiers que nous voyons depuis notre arrivée en Croatie. Nous trouvons à peu près tout ce dont nous avons besoin à l'épicerie ; seuls les fruits ne sont pas très beaux. Plus grave, nous ne trouvons pas de gaz, et nous ne savons pas où en trouver - sauf à prendre un taxi et sortir du centre-ville. Pour le moment, nous n'en manquons pas. Nous avons consommé une bonbonne en une semaine, et j'ai demandé à ce que nous ayons trois bonbonnes de gaz à bord au départ de Biograd au lieu des deux habituellement fournies ; mais je ne veux pas risquer de tomber en panne de gaz. Nous cuisinons beaucoup, nous utilisons aussi régulièrement le four pour faire des tartes et des pizzas, et tout cela consomme du gaz. Si nous ne trouvons pas de gaz demain à Cres, nous essayerons lundi à Sali. La vérité, c'est que je n'ai aucune certitude de trouver du gaz avant Sibenik ; la troisième bouteille de gaz nous sera peut-être très utile.

Pula, l'amphithéâtre romain de Pula, samedi 14 mars 2020 (1)

Pula, l'amphithéâtre romain de Pula, samedi 14 mars 2020 (2)

Pula, l'amphithéâtre romain de Pula, samedi 14 mars 2020 (4)

Nous repassons, cette fois chargés de nos emplettes, devant l'amphithéâtre et le petit parc ombragé qui le sépare de la mer et des quais. A 12h20, nous sommes de retour au bateau. Loïc a déjà regagné le bord, et nous le retrouvons avec plaisir. Il s'est mis aux fourneaux, et à 13h il nous propose des penne rigate aux carottes, qu'Olivier nous sert dans le cockpit.

Pula, Loïc prépare des penne rigate aux carottes, samedi 14 mars 2020 (1)

Pula, Loïc sert les penne rigate aux carottes, samedi 14 mars 2020 (2)

Pula, Loïc sert les penne rigate aux carottes, samedi 10 mars 2020 (1)

A 14h, nous quittons le quai. Nous sommes en zone safe, c'est à dire que nous sommes sous le vent du quai. La météo prévoit pour la journée et le début de la journée du dimanche 20 à 30 nœuds de vent de NE. Loïc est à la barre, et lorsque nous larguons les amarres, le bateau s'écarte naturellement du quai. Hier soir, nous sommes arrivés dans la baie de Pula en passant par le sud de l'île Sv Andrija. Aujourd'hui, j'ai demandé à Loïc de nous faire passer par le nord de l'île, dans la passe qui la sépare de la presqu'ile Katarina. Deux paires de bouées rouges et vertes marquent bien le passage. Quelques ruines sont visibles sur le rivage à tribord. 

Départ de Pula, Olivier love les aussières, samedi 14 mars 2020

Baie de Pula, ruines, samedi 14 mars 2020 (1)

Pula, sortie de la baie, samedi 14 mars 2020

La passe entre Sv Andrija et Katarina donne accès au chenal délimité par le continent à bâbord et le long brise-lames semi-immergé à bâbord. Nous le remontons vers le nord-est, et, à 14h30, nous enroulons sur bâbord la tourelle verte Rt Kumpar, qui marque l'extrémité du brise-lames. Nous avons regagné la pleine mer. Les vagues ici font environ cinquante centimètres de haut. Nous avons 20 kt de vent. Un coup d'œil au baromètre montre que la pression atmosphérique est tombée à 1015 hpa. Vu nos caps (175° puis 146° jusqu'à Hrid Pohrer) et la météo, nous espérions passer l'après-midi au portant. Nous sommes en fait au près, bâbord amures. Sous un demi-génois et une demi-grand-voile, nous avançons à 7 kt sur le fond. Le speedo n'est pas complètement en panne, mais fournit toujours des indications très faibles, sans rapport avec la vitesse surface réelle. Sans doute est-il encrassé, et j'ai la flemme de le démonter pour le nettoyer.

Au nord-ouest de Hrid Pohrer, samedi 14 mars 2020 (1)

Loïc gardera la barre jusqu'à 16h, puis me la passera. Je n'ai pratiquement jamais barré cette semaine, sauf pour certaines manœuvres délicates, et cela ma fait plaisir de barrer un peu sous voile, rien pour le plaisir. Olivier n'aime pas barrer, et nous respectons ce choix. La visibilité est totale, et je vois déjà l'îlot Hrid Pohrer et son phare, que je laisserai à bâbord. A 16h30 je passe au sud de Hrid Pohrer, et je change de cap pour remonter au nord-est vers la pointe Marlera et le Golfe Kvarner. A partir de là, le vent qui est passé ENE (17 kt) va nous obliger à tirer des bords autour de notre route au 050°. Notre vitesse fond tombe à 5 nœuds, et, bien sûr, notre vitesse sur notre route tombe encore plus bas.

Au nord-ouest de Hrid Pohrer, samedi 14 mars 2020 (3)

Au nord-ouest de Hrid Pohrer, samedi 14 mars 2020 (5)

A proximité de Hrid Pohrer, samedi 14 mars 2020

A 18h30, le baromètre a regagné deux hectopascals. Nous faisons le point. Nous sommes par 44°46' N et 13°59' E, sensiblement à 1,8 M au sud de Rt Marlera. En deux heures de bord, nous n'avons avancé que de 4,3 M sur notre route. Il nous reste 21,8 M avant d'arriver à Cres, soit un peu plus d'une dizaine d'heures à ce rythme. Arrivée prévue à Cres à 5h du matin... si tout va bien. Or, nous allons avoir dans le Kvarner la mer contre nous, et aussi le vent, canalisé par le passage entre Cres et le continent. je ne veux pas faire courir à Loïc le risque de rater son avion le lendemain. Nous rentrons les voiles et mettons le moteur en route, en le calant à 1.800 trs/mn. Nous réglons le pilote automatique sur le cap 053°, en route directe vers l'entrée du Creski Zaljev. Nous obtenons ainsi une vitesse de 3 kt (ce qui donne une arrivée prévue autour de deux heures du matin). Dans la réalité, nous arriverons à 1h20 au nord de Rt Punat. De là nous traverserons au cap 090° le Creski Zaljev, et nous finirons l'étape à 3h10, bateau amarré au quai est de Cres, sur le côté tribord. La météo sur le canal 16 annonce 50 kt de vent pour la nuit, devenant faible dans la journée. On a doublé toutes les aussières. Je me suis souvenu il y a quelques années de la peur d'un patron-pêcheur sur le quai de Cres quand soufflait la bora.

Un mille à l’est de Hrid Pohrer, en route pour Cres, samedi 14 mars 2020

 

Pula, mooring area north of the bay, Saturday March 14, 2020. The alarm rings at 4.30 am. We left for a long day of almost 23 hours. The first step will be to bring Sébastien and Loïc to the Pula wharf, half a mile to the southeast. From there, they will go on foot to the bus station, where they will find the coaches which will bring them back to France for Sébastien, and to Austria for Loïc who lives in Vienna. At 4.45 am we start the maneuvers and weigh anchor; thirty minutes later, we dock at the Pula customs wharf; Loïc is at the helm for the maneuver. The quay is in a safe zone, with 25 kt NE wind. We will take a good quarter of an hour to moor the boat: the midship laid is too long, etc. A customs officer joins us. We explain that we are only there for a few minutes, the time to disembark two of our teammates, and that we will return to anchor. We hope to return at the end of the morning to collect other team members. The customs officer has no problem with letting us use his dock. We disembark Sébastien and Loïc, quickly say goodbye to them - Sébastien is in no hurry to schedule his bus - then we cast off. At 8am we are again at anchor in the north of the bay. We have two hours before us for a little nap. I gladly leave the square seat, which I have occupied for a week, for a real cabin and a real sleep in the cabin left free by Sébastien.

Pula, le Quint II devant l'amphithéâtre, samedi 14 mars 2020 (1)

At 10 am we weigh anchor, leave the anchorage and return to Pula. We are going to park the boat on starboard, a little north of the customs wharf, at the wharf that runs along the street. The day promises to be sunny. The mooring of the boat takes place much faster than last night, and at 10:30 am we are having breakfast in the cockpit. At 11 am a call from Loïc tells us that he couldn't leave. After studying the various possibilities, we agree: he will join the ship as soon as possible, and will leave us tomorrow at Cres, at the latest at 8 am. I confirm that this will not pose any difficulty: between Pula and Cres there are less than fifty nautical miles.Pula, l'amphithéâtre romain de Pula, samedi 14 mars 2020 (3)At 11.45 am, we leave the boat to go and victualling We will be few in number for the coming week. Blocked at the borders, the three team members who were to join us today in Pula have withdrawn. They are already on their way back to France. This is good, because there are only three of us to do the shopping, and it is not very practical in Pula. Supermarkets are far outside the city, the only grocery store that I know of is small, at the end of an alley that slopes diagonally south from the Roman amphitheater. 

 

Olivier, Claude and I take advantage of the fact that we are not yet loaded with food to admire the facade of the building and its walls that have defied the centuries. I end up finding the grocery store. Her saleswoman, who speaks English, wears an FFP2 mask. It is one of the first we have seen since our arrival in Croatia. We find pretty much everything we need at the grocery store; only the fruits are not very beautiful. More seriously, we can't find gas, and we don't know where to find it - except to take a taxi and get out of the city center. For the moment, we are not lacking. We consumed one bottle in one week, and I asked that we have three bottles of gas on board from Biograd instead of the two usually provided; but I don't want to risk running out of gas. We cook a lot, we also regularly use the oven to make pies and pizzas, and all that consumes gas. If we don't find gas tomorrow at Cres, we will try Monday at Sali. The truth is, I have no certainty of finding gas before Sibenik; the third bottle of gas may be very helpful. We pass, this time loaded with our purchases, in front of the amphitheater and the small shaded park which separates it from the sea and the quays. At 12:20 pm, we are back on the boat. Loïc has already returned to the edge, and we find him with pleasure. He started cooking, and at 1 p.m. he offered us rigid penne with carrots, which Olivier served us in the cockpit. At 2 p.m., we leave the quay. We are in the safe zone, that is to say that we are downwind from the quay. The weather forecast for the day and the start of the day is Sunday 20 to 30 knots of NE wind. Loïc is at the helm, and when we drop the moorings, the boat naturally departs. Yesterday evening, we arrived in Pula bay passing through the south of the island Sv Andrija. Today, I asked Loïc to take us through the north of the island, in the pass that separates it from the Katarina peninsula. Two pairs of red and green buoys mark the passage well. Some ruins are visible on the starboard shore. The pass between Sv Andrija and Katarina gives access to the channel bounded by the mainland to port and the long semi-submerged breakwater to port. We go up it to the northeast, and at 2:30 p.m. we roll on the port side the green turret Rt Kumpar, which marks the end of the breakwater. 

 

Au nord-ouest de Hrid Pohrer, samedi 14 mars 2020 (2)

We returned to the open sea. The waves here are about fifty centimeters high. We have 20 kt of wind. A glance at the barometer shows that the atmospheric pressure has dropped to 1015 hpa. Given our capes (175 ° then 146 ° to Hrid Pohrer) and the weather, we were hoping to spend the afternoon downwind. We are in fact upwind, port tack. Under half a genoa and half a mainsail, we are advancing at 7 kt on the bottom. The speedo is not completely broken, but still provides very weak indications, unrelated to the actual surface speed. No doubt it is dirty, and I am too lazy to take it apart to clean it. Loïc will keep the bar until 4 p.m., then pass it to me. I practically never steered this week, except for certain delicate maneuvers, and it made me happy to steer a little under sail, nothing for fun. Olivier does not like to steer, and we respect this choice. The visibility is total, and I can already see the Hrid Pohrer islet and its lighthouse, which I will leave on the port side. At 4:30 p.m. I pass south of Hrid Pohrer, and I change course to go northeast to Pointe Marlera and the Kvarner Gulf. From there, the wind which passed ENE (17 kt) will force us to pull edges around our route at 050 °. Our bottom speed drops to 5 knots, and, of course, our speed on our way drops even lower. At 6.30 p.m., the barometer returned to two hectopascals. We take stock. We are at 44 ° 46 'N and 13 ° 59' E, which is approximately 1.8 M south of Rt Marlera. In two hours on board, we only advanced 4.3 M on our route. We still have 21.8 million before arriving at Cres, a little more than ten hours at this rate. Arrived at Cres at 5am ... hopefully. However, we will have in the Kvarner the sea against us, and the wind, channeled by the passage between Cres and the continent. I don't want to make Loïc run the risk of missing his plane the next day. We take in the sails and start the engine, setting it at 1,800 rpm. We set the autopilot on heading 053 °, in direct route to the entrance of Creski Zaljev. We thus obtain a speed of 3 kt (arrival scheduled around two in the morning). In reality, we will arrive at 1:20 north of Rt Punat, then cross at heading 090 ° Creski Zaljev, and we will finish the stage at 3:10, boat moored to the east quay of Cres, on the starboard side. The weather forecast on channel 16 announces 50 kt of wind for the night, becoming weak during the day. We doubled all the hawsers. I remembered a few years ago the fear of a fishing boss on the Cres wharf when the bora blew.

Au nord-ouest de Hrid Pohrer, samedi 14 mars 2020 (4)

Photos : La baie de Pula au petit jour, samedi 14 mars 2020 ; Le Sun Odyssey 51 Quint II au quai de Pula, samedi 14 mars 2020 (1 à 3) ; L'amphithéâtre romain de Pula, samedi 14 mars 2020 (1 à 3) ; Loïc prépare les penne rigate aux carottes à bord du Quint II, samedi 14 mars 2020 (1 à 3) ; Départ de Pula, samedi 14 mars 2020 ; Baie de Pula, les ruines, samedi 14 mars 2020 ; Sortie de la baie de Pula, entre le brise-lames à bâbord et le continent, samedi 14 mars 2020 ; Au nord-ouest de Hrid Pohrer, samedi 14 mars 2020 (1 à 3) ; A proximité de Hrid Pohrer, samedi 14 mars 2020 ; Le livre de bord et le carré du Quint II, samedi 14 mars 2020 ; Le Sun Odyssey 51 Quint II au quai de Pula, samedi 14 mars 2020 (4) ; L'amphithéâtre romain de Pula, samedi 14 mars 2020 (4) ; Au nord-ouest de Hrid Pohrer, samedi 14 mars 2020 (4 et 5). Auteur/author : Philippe Bensimon. Video : Départ de Pula, samedi 14 mars 2020. Réalisation : © Philippe Bensimon.