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L'expédition Tour des deux Amériques a reçu de l'association No Plastic in My Sea le courriel dont voici un extrait :
"Je me permets de vous contacter suite à la dernière réunion du CFO sur le reporting extra financier. 
Nous (l’association No Plastic In My Sea et l’entreprise Gifts for change) avons conçu une tribune co-signée par des acteurs associatifs et économiques pour une meilleure prise en compte de la pollution grandissante due au retour en force de l’usage unique et du plastique. Et pour inciter le gouvernement à proposer des solutions plus circulaires.
Nous vous proposons de la signer si elle vous convient (dans des délais très courts mais nous n’avons pas pu faire mieux :).
Muriel Papin
No plastic in my sea."
Après lecture, nous avons décidé de soutenir officiellement la tribune ci-dessous, qui sera publiée cette semaine dans le journal Le Monde et le JDD : 

 

Retour en force de la pollution plastique : pour une action publique claire et incitative. 

Nous voici donc déconfinés. Libres, enfin, de tous nos mouvements ou presque. Conscients, cette fois, que tous nos gestes vont désormais compter pour protéger nos concitoyens. Inquiets, sans doute, des nouvelles conséquences susceptibles d’apparaître dans les jours, semaines et mois qui viennent. Et pour cause… Toutes et tous, individuellement, acteurs privés et associatifs de l’économie circulaire et régénératrice, avons tenté d’alerter, avec la mesure imposée par cette situation exceptionnelle, sur les impacts écologiques insuffisamment considérés du retour en force de l’usage unique et du plastique. Nous avons aujourd’hui pris le parti de nous réunir, pour alerter sur l’urgence de mieux concilier protection des personnes et protection de l’environnement. Nous devons à tout prix éviter de voir des milliers de tonnes de déchets plastiques non recyclables envahir nos rues, nos littoraux, nos océans, et accélérer encore davantage une pollution environnementale que la loi antigaspillage pour une économie circulaire avait pour ambition de réduire. 

Des déchets problématiques en volume et en nature 

Avant toute chose, de quoi parlons-nous ? Nous parlons d’un retour en force des plastiques et de l’usage unique dans des dispositifs mis en place dans l’urgence pour éviter une seconde vague de contamination : masques, gants, parois en plexiglas, équipements de protection jetables … La protection des personnes doit évidemment être une priorité mais le recours trop systématique à la facilité de l’usage unique, à la plastification et au suremballage génère des volumes soudains de déchets, des difficultés de tri et de traitement, et enfin des pollutions et des risques de contamination. 

Ces déchets sont problématiques d’une part du fait du volume soudain généré, car il s’agit bien de millions d’objets à usage unique, et sans doute très prochainement de milliards.... Prenons le seul exemple du masque : si chaque Français utilise 2 à 3 masques chirurgicaux jetables par jour, ces masques étant composés de plus de 5g de plastique, 60 millions de Français pourraient générer sur une année plus de 300.000 tonnes de déchets plastiques nouveaux. C’est l’équivalent de notre production annuelle de bouteilles jetables. Et ce chiffre ne tient pas même compte des emballages et des sacs plastique dans lesquels il est recommandé de les jeter. 

D’autre part, ces objets devenus très rapidement déchets ne seront pas recyclés car potentiellement contaminés. Ils peuvent, et doivent, disposer d’alternatives écologiques, qui resteront efficaces et accessibles économiquement pour tous les citoyens et toutes les entreprises... 

Nous parlons ensuite d’une dramatique banalisation et d’une confusion autour du « jetable », de ce fameux « usage unique » qui nous a déjà tant fait de mal : masques toujours, mais aussi lingettes nettoyantes, emballages individuels pour les plats à emporter, bouteilles jetables … Confusion reposant sur l’idée souvent fausse que le jetable offrirait une meilleure protection. Confusion préjudiciable entre usage unique et usage personnel. Cette banalisation a pour effet immédiat un certain nombre de comportements individuels inadaptés, d’ores et déjà illustrés et dénoncés par de nombreuses municipalités, par des éboueurs catastrophés, par des agents intervenant sur des canalisations bouchées ou plus récemment des plongeurs scandalisés. 

Oui, nous avons un problème, et il faut le nommer. Nous saluons la position ferme du gouvernement et de l’Europe face à l’opportunisme de certains lobbies de l’industrie plastique qui voudraient profiter de cette confusion pour obtenir un recul des réglementations environnementales. Mais, le recul est déjà là ! Dans les commandes d’objets de protection individuelles qui se sont tournées massivement vers l’usage unique alors que des alternatives 

réutilisables, normées, performantes et accessibles existent, dans le suremballage en grande distribution, dans le recours massif au take away ou à la livraison de repas. 

Aussi, nous pensons que l’Etat doit réagir a minima pour rappeler les bons gestes de tri. Mais surtout pour réviser certaines fiches métiers de déconfinement publiées par le Ministère du travail qui privilégient trop l’usage unique et pour informer et inciter à une préférence systématique pour les solutions de protection les mieux-disantes sur le plan écologique. Il est urgent de réinstaurer une approche de prévention des déchets et de ne pas réduire l’action publique au tri et au traitement. 

On peut protéger en générant moins de déchets et moins de pollution 

La bonne nouvelle, c’est que des solutions plus circulaires existent, fondées sur la réduction des déchets et le réemploi. Nous avons parfaitement conscience du caractère inédit de notre situation, ainsi que de la nécessaire priorisation des enjeux qui vous incombe, mais nous le savons : la planète n’attend pas. Nous sommes ici pour vous rappeler également que notre pays dispose d’un écosystème entrepreneurial et associatif riche, et particulièrement engagé et innovant sur les questions liées à l’économie circulaire. Nous sommes tous prêts à aller plus loin, à travailler davantage, à tout imaginer pour proposer aux Français.es des solutions du quotidien qui sachent les protéger, tout en préservant les générations futures… Et nous nous y employons toutes et tous quotidiennement, parfois de longue date. 

Nous avons su réagir rapidement et produire en France en un temps record des masques lavables et réutilisables conformes au cahier des charges AFNOR. Les magasins en vrac ont adopté leurs pratiques et renforcé leurs règles d’hygiène, alors que le suremballage plastique ne protège pas, comme l’ont montré plusieurs études. Les acteurs du secteur de l’eau ont poursuivi leur travail permettant d’écarter tout risque de contamination. Des pharmacies et sociétés proposent de réutiliser les contenants de gel hydro alcoolique pour les remplir, des start up et associations proposent de solutions consignées particulièrement utiles avec le recours massif au take away… 

Nous avons besoin que l’Etat et les collectivités locales en fassent la plus large promotion qui soit, en mettant rapidement en place a minima un discours, si possible de véritables leviers de persuasion et d’incitation aux bons gestes, aux bons outils, aux bonnes pratiques. 

Le pays tout entier vous écoute et s’en remet à vous. Cette crise sanitaire est déjà dramatique. La crise économique s’annonce historique. Il vous appartient aujourd’hui d’éviter qu’elle n’amplifie encore la crise écologique. Nous comptons sur vous."