La Convention citoyenne pour le climat a rendu son rapport à la ministre de la Transition écologique et solidaire ce mardi 23 juin.

150 personnes tirées au sort dans la population française et censées représenter celle-ci ont bénéficié de sept week-ends tout frais payés à Paris (déplacements, hôtels, restaurants, garderies, etc.) pour donner leur avis éclairé sur la question. Si l'institut de sondages grassement payé sur les deniers du contribuable a fait correctement son travail, on a donc dû trouver parmi les membres de la Convention citoyenne sur le climat des climato-négationnistes, une majorité de gens de gens pas du tout concernés, un certain nombre de pollueurs très concernés soucieux de protéger leurs intérêts, un très, très petit nombre de scientifiques, dont peut-être un ou deux au maximum ont un domaine de recherche touchant de loin un des aspects multiples du réchauffement climatique, etc. Et une quasi-totalité de gens n'ayant aucune vision globale du problème, qui ont foncé tête baissée vers les muleta agitées devant eux par les « experts » proposés par le gouvernement. Fabien 29 ans, cité dans un article co-rédigé le 26 juin par le site Basta ! et l'hebdomadaire Politis, déclare : « C'était nouveau pour tout le monde, donc on a appris en marchant. D’un point de vue démocratique, c’est tout de même très riche de pouvoir échanger, puis délibérer, tous ensemble, en se formant un avis éclairé grâce aux ressources mises à notre disposition, alors même qu’on partait de niveaux de connaissance très inégaux. ». Un éclairage significatif. 

Si demander leur avis à des gens notoirement incompétents suffisait à régler des problèmes, cela fait longtemps qu'on m'aurait demandé mon avis sur la façon de soigner le Covid-19 ou de trouver un vaccin contre le Sars-cov-2 et que le problème aurait été réglé.

Il faut bien réaliser aujourd'hui ce que représente l'épais rapport de 460 pages qui vient d'être remis par la Convention à la ministre Elisabeth Borne. Il ne s'agit en aucun cas des solutions les plus efficaces pour résoudre la crise climatique, comme le gouvernement français a tendance à le présenter. Il s'agit seulement d'un recueil de solutions acceptables par la population française, car acceptées par un échantillon jugé représentatif de celle-ci. Ce n'est ni plus ni moins qu'un outil de marketing électoral qui sera utilisé lors des prochaines élections présidentielles – ou même avant – pour faire croire à la volonté du président Macron de lutter contre le réchauffement climatique, alors qu'il n'en n'est rien. On sait depuis 1972 que la lutte contre le réchauffement climatique est antinomique de la notion de croissance, elle-même à l'opposé de la notion de durabilité (peut on avoir une croissance infinie sur une planète finie ? La réponse de toute évidence est non. Pourtant, le président Macron annonçait fièrement il y a un an aller au G7 de Biarritz pour « obtenir plus de croissance »).

Nicolas Hulot disait il y a quelques années au micro d'Antenne 2 qu'on avait tous les outils pour lutter contre le réchauffement climatique, et que seule manquait la volonté de le faire. 

La Convention citoyenne pour le climat est l'exemple type d'un « effet de manche » qui a permis au gouvernement français de gagner neuf mois supplémentaires d'inaction climatique – cette même inaction qui vaut actuellement à l'Etat français d'être traîné devant les tribunaux par plusieurs grosses ONG. Et c'est sur la base de ce même tour de passe-passe – car c'est bien de cela qu'il s'agit – que le gouvernement actuel va se dispenser de prendre les vraies mesures dont tous les scientifiques reconnaissent qu'elles passeront par une atteinte aux libertés individuelles et des mesures extrêmement impopulaires. Ce qui entraînera obligatoirement la chute ou la non-réélection du gouvernement ou du président qui s'avisera de les prendre ou de les soutenir. Bref, on va continuer avec des mesurettes, simplement pour permettre à une poignée d'hommes de pouvoir de se maintenir coûte que coûte sur le trône, fut-ce en sacrifiant les générations futures. C'est mal parti pour la planète – ou, pour être plus exact, pour les êtres qui y vivent. Car, même si à notre échelle de temps des catastrophes effroyables sont à prévoir en lien avec le réchauffement climatique, à l'échelle de temps géologique il ne se passe rien, ou quasiment rien. Et les taux de gas à effet de serre dans l'atmosphère, au plus haut depuis que l'homme existe, sont en fait très, très bas.

Vous trouverez en tête de cet article la liste des 150 mesures préconisées, dont une (la réduction du temps de travail à 28 heures hebdomadaires) a déjà été écartée avant même d'être présentée. 

La première chose qui choque dans ce rapport est qu'il est censé « Proposer des mesures pour réduire d'au moins 40 % les émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030 dans une optique de logique sociale ». C'est du moins l'objectif de la Convention citoyenne pour le climat, tel qu'il est affiché sur son site officiel. Un objectif chiffré, pour lequel on s'attend à avoir des mesures chiffrées : on fait ceci, on réduit de tant pour cent les émissions de GAS, on fait cela, on réduit de tant pour cent, etc. Or, il n'en n'est rien. Rien n'est chiffré dans le rapport, qui aligne les bonnes intentions sans jamais évaluer ni leurs coûts, ni leurs effets de façon quantitative. Rien, à la lecture de ce rapport, n'indique que les objectifs fixés seraient atteints en suivant les recommandations. Et, à l'heure des choix, aucun élément chiffré ne permet d'évaluer la pertinence de ceux-ci.

Bref, on répond à côté de la question, dans le plus pur style « Y'a qu'à, faut qu'on »...

Vous remarquerez aussi l'aspect financier de ces mesures, dont beaucoup ne coûtent rien à l'Etat, mais vont lui rapporter gros en amendes diverses : la pénalisation du crime contre l'environnement, la réduction de la vitesse sur les autoroutes, etc. Sauf à fixer des amendes véritablement dissuasives – ce que je ne crois pas que le législateur fera, sous peine de freiner la croissance - un simple calcul de rentabilité conduira les entreprises les plus polluantes à intégrer les coûts des amendes dans leur compte de résultat. C'est ce que font beaucoup de municipalités, qui préfèrent violer leur obligation de créer des logements sociaux et payer des amendes, plutôt que se soumettre à la loi. 

Vous remarquerez aussi l'aspect anti-social de ces mesures à base de taxes et amendes : les riches pourront les payer sans sourciller, et les pauvres verront leur niveau de vie baisser considérablement. On est très loin de « l'optique de justice sociale » affichée. Les mesures concernant les taxes sur les transports aériens (de 30 à 1.200 euros de supplément à payer par siège passager) sont très explicites sur le sujet : au lieu de faire le choix égalitaire de limiter l'avion pris dans un but touristique à un vol par personne et par an, on a pris le choix d'interdire encore plus l'avion aux pauvres, tout en laissant les pistes d'envol grandes ouvertes aux riches. Quand à l'argent des taxes sur le transport aérien, le principe de non affectation des recettes budgétaires fait que personne n'est capable de dire aujourd'hui à quoi il sera affecté – peut-être à financer les vols utilisés par nos ministres et notre président ou la construction d'infrastructures dont nous avons tous besoin, comme notre prochain sous-marin nucléaire.

Mais dans la Convention citoyenne pour le climat, combien des participants ont reçu une formation aux finances publiques ?

Une autre mesure phare de cette convention était la réduction de la vitesse sur les autoroutes à 110 km/h au lieu de 130. Tous ceux de ma génération se souviennent que la première limitation de la vitesse sur les autoroutes était établie à 140 km/h. Il est bien évident que la réduction de la vitesse sur les autoroutes (et sur tous les types de route) diminue les émissions de carbones, et diminue aussi les morts (en augmentant sérieusement au passage le nombre des handicapés). Mais au delà des évidences, a-t-on expliqué aux membres de la convention qu'un Français passe en moyenne plus de huit années de sa vie dans les transports, et que toute diminution de la vitesse sur les autoroutes va augmenter mécaniquement ce temps ? C'est comme si on prenait une mitraillette et qu'on diminuait d'autant la vie des gens en les assassinant – mis à part le fait que c'est un assassinat légal. A t'on expliqué aux membres de la convention qu'en rapprochant de moitié la vitesse sur les autoroutes – très chères en France – et celle sur les nationales, ils allaient décourager les gens de prendre l'autoroute, et envoyer à l'abattoir toute une partie des usagers de la route, la nationale tuant huit fois plus que l'autoroute par kilomètre parcouru ? 

A t'on expliqué aux membres de cette convention que le transfert des usagers de l'autoroute vers les routes nationales allait créer des bouchons, dans lesquels un surcroît de consommation d'énergies fossiles allait avoir lieu ?

Au vu de cela, quelle est la valeur des autres propositions de la Convention citoyenne pour le climat ?

D'un autre côté, le, président Macron avait au début promis de transmettre à l'assemblée l'intégralité des propositions de la Convention. Le site de celle-ci annonce d'ailleurs fièrement : « Le Président de la République s’est engagé à ce que ces propositions législatives et réglementaires soient soumises “sans filtre” soit à référendum, soit au vote du parlement, soit à application réglementaire directe. ». Le président Macron était ensuite revenu sur sa promesse en parlant de quasi totalité, et, lundi 29 juin au matin, il ne parlait, plus que d'une sélection de propositions – en écartant celle de réduire la vitesse sur les autoroutes car elle « ne lui plaisait pas ». 

De même, le projet de réécriture du préambule de la Constitution de 1958 destiné à y intégrer l'écologie ne lui a pas plu, et il a décidé de le supprimer des mesures transmises à l'Assemblée. Pour cela, il a affirmé : « Je suis le garant de nos institutions ». « Or, telle que proposée, la rédaction de ce préambule menace de placer la protection de l'environnement au-dessus des libertés publiques ». « Je ne souhaite pas reprendre cette proposition. Je considère que ce serait contraire à notre texte constitutionnel, à l'esprit même de nos valeurs ». Emmanuel Macron se considère t'il comme le seul détenteur de nos valeurs (plus en tout cas que 150 citoyens sensés être représentatifs de l'ensemble des Français) ? Ou bien utilise-t-il ici le « nos » à la façon du Roi qui dit « nous voulons », et estime-t-il que ses propres valeurs (dont on sait qu'elles sont bien au-dessus de l'environnement) doivent s'appliquer à l'ensemble des Français ? Où est la démocratie dans tout cela ? Ne se rapproche t'on pas tout doucement d'une forme de dictature ?

« Il y aura une suite » a affirmé le président Macron, qui souhaite que les 150 conventionnels deviennent « les colporteurs de cette ambition écologique ». Brillante opération de marketing politique d'un futur candidat à sa propre succession, intégralement financée sur les deniers publics (5.431.223 €, chiffre officiel du coût de la Convention citoyenne pour le climat), et échappant totalement au contrôle de la Commission de contrôle des comptes de campagne, puisqu'engagée bien en amont de la période pré-électorale. 

 

De plus en plus inquiétant et de moins en moins démocratique, à mesure que le temps passe les « mesurettes » préconisées par la Convention sont de plus en plus édulcorées par le gouvernement. Le site Reporterre écrivait le mercredi 1er juillet sous la plume de Gaspard d'Allens : « À peine 24 heures après le discours d'Emmanuel Macron à l'Elysée, les propositions de la Convention citoyenne pour le climat ont déjà du plomb dans l’aile. Interrogé mardi matin sur RMC et BFM TV, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, s’est déclaré en désaccord avec deux mesures phares des citoyens et des citoyennes. Il refuse d’interdire la publicité sur les produits les plus polluants, dont les SUV, et ne souhaite pas non plus qu’on réduise la TVA sur les billets de train, au motif que ce serait une dépense « lourde » pour L’État. Bruno le Maire s’est dit en revanche favorable à une meilleure information des consommateurs. En novembre dernier, le locataire de Bercy avait proposé que les publicités pour les voitures mentionnent leur conséquences environnementales, parmi les pistes lancées pour s’attaquer à la pollution engendrée par les véhicules les plus polluants.

Sur le train, le locataire de Bercy s’est dit aussi très réservé. « Nous avons les taux de TVA les plus réduits globalement de tous les pays européens. Baisser la TVA, ce sont des dépenses qui sont très lourdes pour l’État », a t-il justifié. Le ministre a aussi fait savoir qu’il n’était pas pour l’interdiction de l’extension d’aéroports existants comme le propose la Convention. Il préfère, dit-il, refaire « un bilan coût/avantages » du projet de terminal 4 de Paris-Charles-de-Gaulle « au regard des nouvelles exigences environnementales et de la réalité du trafic aérien ».

Mardi, sur France Inter, Nicole Belloubet, la ministre de la Justice, a affiché son opposition à un référendum sur le crime d’écocide tel que l’exigeait la Convention : « Dans notre droit, la loi pénale ne peut pas résulter d’une adoption par voie référendaire. » Elle propose par contre de « travailler sur le droit international, parce que l’écocide ne s’arrête pas aux frontières de la France ».

Lors des questions au gouvernement, mardi, la secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie Agnès Pannier-Runacher a déclaré vouloir « lancer les enchères de la 5 G ,(…) une technologie essentielle à la compétitivité de notre pays », alors que les membres de la Convention citoyenne pour le climat réclamaient un moratoire sur cette technologie. » Macron,

(source : https://reporterre.net/Bruno-Le-maire-enterre-plusieurs-mesures-phares-de-la-Convention-Le-ministre-de-l).

On est très loin du « sans filtre » initialement promis. Il semble bien que le gouvernement, sous l'impulsion du chef de l'Etat, n'ait en rien changé sa ligne de conduite : l'économie et la vision à court terme continue à primer sur l'environnement et la vision à long terme. Il le confirme en affirmant ce lundi 29 juin devant les 150 membres de la convention réunis dans les jardins du palais de l'Elysée (tout un symbole) : « il est essentiel de ne pas mettre un droit de la nature au-dessus des droits humains ». Traduction : « continuons à détruire la nature autant que nous, humains, en aurons envie ». 

Concernant le crime d'écocide, le chef de l'Etat a trouvé une superbe manœuvre : au lieu de se battre pour sa création en France, il va se battre pour sa création au niveau international. Quand on sait le temps qu'il faut pour obtenir un accord international, et la création des instances adéquates pour juger les crimes, et les délais que le droit international donne aux pollueurs pour se mettre aux normes, il est certain que les entreprises françaises polluantes ont encore de beaux jours devant elles – plusieurs dizaines d'années au moins. Pourtant, l'idée est bonne, et même nécessaire tant que la définition du crime de génocide, trop restrictive, ne s'applique pas aux entreprises et aux individus responsables de la mort de millions de personnes par le biais du réchauffement climatique, ou, de façon plus générale, de la modification de leur environnement. Néanmoins, avant d'aller faire le ménage chez les autres, il serait bon de faire le ménage chez soi. Et cela, Emmanuel Macron s'abstient bien d'en parler, plaçant au-dessus de tout des valeurs dont il se vante qu'elles sont « issues du siècle des Lumières ». Rappelons, puisque le président ne semble pas le savoir, que la période dite du « siècle des Lumières » couvre les années 1715 à 1789. Ces valeurs (dont l'esclavagisme et bien d'autres choses dont il convient de se débarrasser et non de les valoriser) ont trois siècles de retard ! Ce sont celles d'un monde dont on ne connaissait pas tout et dont on pensait les les ressources inépuisables. Ce sont aussi celles d'un monde dix fois moins peuplé que le nôtre (682 millions de Terriens en 1700, 968 millions en 1800, 7.794 millions en 2020). Ce sont aussi ces valeurs qui ont conduit à la situation actuelle, telle que quelques mois avant sa mort l'astrophysicien Stephen Hawking donnait 250 ans à l'humanité pour quitter la terre ou disparaître définitivement. Selon le chercheur, sur la trajectoire actuelle en 2600 la Terre victime du réchauffement climatique pourrait atteindre 250°C en surface, et être dévastée par des pluies d'acide sulfurique.

Bref, est-il judicieux de suivre le président Macron, lorsqu'il prétend s'appuyer sur des valeurs complètement obsolètes, dont on sait qu'elles sont inadaptées à la situation, et dont on constate jour après jour les catastrophiques résultats ? J'ai des doutes.

La formule consistant à tirer au sort des gens incompétents pour résoudre des problèmes est d'autant plus inquiétante que le président Macron a annoncé ce lundi qu'il envisageait de la reprendre et de la développer dans l'avenir. Visiblement très satisfait de son œuvre (c'est passionnant de le regarder et de l'écouter,https://www.youtube.com/watch?time_continue=51&v=KTla0F1nCMg&feature=emb_logo), le président Macron a conclu :

« Enfin, il y aura d'autres conventions citoyennes. Durant ces neuf mois, vous avez montré que sur un sujet difficile, inflammable même, de créer du consensus. De prendre des mesures courageuses, en cherchant de la concorde et de l'apaisement. C'est cela, dont notre pays, notre démocratie ont besoin. Savoir rester ensemble, même quand nous ne sommes pas d'accord. Savoir avoir de l'ambition...». « Je souhaite donc que se créent d'autres conventions citoyennes sur d'autres sujets. Une réforme du Conseil économique, social et environnemental sera présentée au prochain Conseil des ministres, qui fera du CESE la Chambre des conventions citoyennes. »

                                                                                                 Philippe Bensimon

Emmanuel Macron at the Phare de Biarritz in Biarritz, France

 

Photo : Emmanuel Macron at the Phare de Biarritz in Biarritz, France. (Official White House Photo by Andrea Hanks, 28 08 2019).jpg