Gare Lyon-Part-Dieu 210820 1

Je suis arrivé le vendredi 28 août à Lyon dans un car TER bondé, avec une passagère assise à ma gauche et un passager assis à ma droite. J'en suis reparti le lundi 31 août en train, et j'ai pris ces photos à la gare SNCF de Lyon-Part-Dieu. Bousculades, aucun respect des distances. Les nombreux personnels de sécurité présents ne s'en émeuvent pas, et soit n'ont reçu aucune consigne, soit ont  reçu la consigne de ne pas intervenir. Dans le même temps, le gouvernement français agite l'épouvantail d'un reconfinement éventuel. 

La SNCF reste une émanation de l'Etat français (même si l'entreprise publique est devenue une SA le 1er janvier 2020). Qu'en penser ? Faut-il en conclure que le gouvernement fait passer la rentabilité de la SNCF avant la sécurité des gens ? J'espère que ce n'est pas le cas.

Un plan de relance basé sur l'isolation thermique

On nous propose un plan de relance axé sur l'isolation thermique. Une stupidité en période de réchauffement climatique ? Un monsieur qui avait l'air très content d'isoler l'extérieur de sa maison avec des matériaux à première vue très polluants (polystyrène, laine de verre, etc.) confiait aux journalistes d'Antenne 2 que sur un coût total de 32.000 euros il lui restait à payer 9.000 euros, le reste étant financé par diverses aides. Il va économiser ainsi environ 450 euros de chauffage par an. Sur cette base, et en admettant que le climat soit stable et que les gens souhaitent maintenir durant les années à venir le même degré de température dans leur maison, il leur faudra - une fois obtenues les aides gouvernementales - une vingtaine d'années pour obtenir un retour sur investissement. Or, le climat n'est pas stable. Il y a gros à parier que dans vingt ans, l'accélération du réchauffement climatique produise exactement le même résultat, avec ou sans isolation. Peut-être à ce moment-là seront-t-ils heureux d'être isolés, non pas du froid, mais de la chaleur ? Il y a des endroits où les maisons ont besoin d'être isolées. Mais pas toutes, et pas n'importe où. Appliquer la même politique à tous et partout est une stupidité.

Ces travaux d'isolation ressortent toujours de la même idée : pousser les consommateurs à consommer, et à dépenser toujours plus d'argent. Créer des emplois dans l'isolation, ponctionner les revenus des particuliers, etc. Or, c'est exactement le contraire de ce qu'il convient de faire : consommer moins, travailler moins pour mieux partager le travail entre un plus grand nombre de gens, etc. Les "passoires thermiques" ne sont très souvent (pas toujours) qu'un faux problème. La France n'est pas le Canada. J'habite actuellement à la lisière ouest du Jura, exactement à la latitude médiane de la France. J'ai vécu et travaillé en toutes saisons dans des lieux aussi variés que Nice, Aix-en-Provence, Marseille, Rodez, Champagnole, Rennes, Saint-Aubin-des-Châteaux, etc. Et habité le plus souvent dans des "passoires thermiques". Les vitres de ma maison (220 m2 habitables) sont aujourd'hui en simple vitrage de 1 mm d'épaisseur, et mes huisseries sont des antiquités superbes que je ne changerai pour rien au monde. Je dépense environ 450 euros par an pour chauffer, et j'ai pris l'habitude de dormir quelque soit la saison avec les fenêtres de ma chambre ouverte. Je ne suis pas un extraterrestre. N'importe qui peut décider de rajouter une couverture sur la couette de son lit s'il a froid, de garder un gros pull sur lui dans sa maison en hiver, et mettre un plaid sur ses genoux le soir en regardant la télé. Vivre dans un environnement frais et ventilé est bien meilleur pour la santé que les pièces surchauffées. Et c'est bien plus économique et bien plus écologique que d'investir des sommes colossales dans de l'isolation. Les sommes que François Bayrou - éminence grise depuis plusieurs années d'Emmanuel Macron - destine à l'isolation seraient bien mieux employées à donner une vie décente aux plus défavorisés, aux sans-abri qui dorment chaque nuit sur les trottoirs, aux migrants, aux enfants qui, en France, souffrent de malnutrition (à Paris, un enfant sur cinq vit en dessous du seuil de pauvreté et ne mange pas toujours à sa faim - source : France Info, 28 avril 2020), etc.

Il faut arrêter cette hérésie selon laquelle donner de l'argent aux entreprises va faire redémarrer l'économie. Si les gens n'ont pas d'argent pour consommer, ils ne consommeront pas - même si les produits et services existent. C'est la demande qui tire l'offre. Donnez de l'argent aux pauvres, et ils le consommeront intégralement, en remplissant les carnets de commande des entreprises et en les obligeant à créer des emplois. Donnez de la même somme à des riches, ils en consommeront une petite partie, et thésauriseront le reste. Donnez de l'argent aux entreprises, elles ne créeront que très peu d'emplois : cet argent servira en priorité à rembourser leurs dettes, moderniser leur outil de production, enrichir leurs actionnaires, et à faire grimper les cours de la bourse... faisant gagner ainsi un peu plus d'argent aux "nantis" dont font partie les membres actuels du gouvernement. Le ministre des finances passant sur Antenne 2 très récemment a été clair à ce sujet : il fait "entièrement confiance" aux entreprises et aucune contrepartie sociale n'est exigée en retour des mannes de l'Etat. Sarkozy, Hollande, Macron maintenant, tous injectent des milliards pour sauver les riches et les entreprises (mises artificiellement sous perfusion), et endettent à chaque fois un peu plus les citoyens français. Sans jamais arriver à faire reculer significativement le taux de chômage et le taux de pauvreté. Il faudrait maintenant envisager d'injecter un peu de bon sens dans l'économie, et se mettre à sauver ceux qui ont réellement besoin de l'être. A la surprise (ou pas) du président Macron, on verra la consommation repartir sur des bases redevenues plus saines.

Et pour ceux qui objecteraient que l'argent donné aux pauvres leur sert à acheter des produits bas de gamme fabriqués en Asie et profite peu aux entreprises françaises, la réponse est simple : les entreprises françaises n'ont qu'à s'adapter et produire des produits/services correspondant aux attentes de leurs clients. Les clients sont là, toujours plus nombreux. Répondez à leurs attentes, servez-les... ou disparaissez. C'est la loi du marché. 

Un plan de relance, pour quoi faire ?

Dernier point, mais non le moindre. Pourquoi faire un plan de relance ? Est-il vraiment intéressant de relancer un modèle économique basé sur la croissance dont on sait qu'il est radicalement incompatible avec la lutte contre le réchauffement climatique ? Certains nous promettent que d'ici deux ans on aura retrouvé notre situation "ante covid-19". Autrement dit, on aura retrouvé la voie (production - distribution - consommation) qui nous conduit tout droit à la sixième extinction des espèces - dont la nôtre. Est-ce vraiment souhaitable ? C'est exactement ce que craignait le climatologue et académicien Jean Jouzel au début du printemps (cité de mémoire, interview sur un JT d'A2). Ne devrait-on pas profiter de la bénédiction de cette crise qui met nos économies à plat pour changer radicalement nos modes de vie ? Et entrer définitivement dans une décroissance (moins de production d'objets neufs, décroissance démographique, partage du travail), plutôt que nous battre pour retrouver des comportements dont on sait qu'ils condamnent une part importante de la vie sur Terre ? Le marketing et la télévision nous ont transformés en fashion victims, et nous ont convaincus que le bonheur se trouvait dans la consommation.  Pour réaliser cet idéal trompeur, nous avons accepté d'aliéner notre liberté, au prix d'une productivité toujours plus forte et d'un travail de plus en plus stressant : plus d'un suicide par semaine dans l'Education nationale, un tous les deux jours chez les agriculteurs (sources : Ministère de l'Education nationale, 5 novembre 2019 ; https://fr.wikipedia.org/wiki/Suicide_en_France). Il est grand temps de mettre fin au cycle infernal de la croissance et de prévoir non pas des plans de relance, mais des plans de décroissance.

Ph. Bensimon

Gare Lyon-Part-Dieu 210820 2

I arrived in Lyon on Friday August 28 in a crowded TER bus, with a passenger seated to my left and a passenger seated to my right. I left on Monday, August 31 by train, and I took these photos at the Lyon-Part-Dieu SNCF station. Jostling, no respect for distances. The many security personnel present were not moved by it, and either did not receive any instructions, or were instructed not to intervene. At the same time, the French government is shaking the scarecrow of a possible reconfinement.

SNCF remains an offshoot of the French State (even if the public company became an SA on January 1, 2020). What to think? Should we conclude from this that the government puts profitability before the safety of people? I hope this is not the case.

A recovery plan based on thermal insulation

We are being offered a stimulus plan focused on thermal insulation. A stupidity in times of global warming ? A gentleman who seemed very happy to insulate the outside of his house with materials that at first glance were very polluting told Antenne 2 journalists that out of a total cost of 32,000 euros he still had to pay 9,000 euros, the remainder being financed by various aids. It will thus save around 450 euros in heating per year. On this basis, and assuming that the climate is stable and that people want to maintain the same temperature in their homes for years to come, it will take them - once government aid has been obtained - about twenty years to obtain a return on investment. However, the climate is not stable. It's a good bet that in twenty years, accelerating global warming will produce exactly the same result, with or without insulation. There are places where houses need to be insulated. But not all of them, and not just anywhere. To apply the same policy to everyone and everywhere is stupid.

These insulation works are always based on the same idea: to push consumers to consume, and to spend more and more money. Create jobs in insulation, tap the income of individuals, etc. However, this is exactly the opposite of what should be done: consume less, work less to better share the work between a greater number of people, etc. Very often (not always) "thermal strainers" are just a false problem. France is not Canada. I currently live on the western edge of the Jura, exactly at the middle latitude of France. I have lived and worked in all seasons in places as varied as Nice, Aix-en-Provence, Marseille, Rodez, Champagnole, Rennes, Saint-Aubin-des-Châteaux, etc. And most often lived in "thermal strainers". The windows of my house (220 m2 living space) are today single glazing 1 mm thick, and my doorframes are superb antiques that I will not change for the world. I spend around 450 euros per year on heating, and I have made a habit of sleeping in all seasons with my bedroom windows open. I am not an alien. Anyone can decide to add a blanket to the quilt of their bed if they are cold, to keep a big sweater with them in their house in the winter, and to put a blanket on their knees at night while watching TV. Living in a cool, ventilated environment is much better for your health than overheated rooms. And it is much more economical and much more ecological than investing colossal sums in insulation. The sums that François Bayrou - eminence grise for several years by Emmanuel Macron - earmarked for isolation would be much better used to give a decent life to the most disadvantaged, to the homeless who sleep on the sidewalks every night, to migrants, to children who, in France, suffer from malnutrition (in Paris, one in five children lives below the poverty line and does not always have enough to eat - source: France Info, April 28, 2020), etc.

We must stop this heresy that giving money to businesses will restart the economy. If people don't have the money to consume, they won't consume - even if the products and services are there. It is demand that drives supply. Give money to the poor, and they will consume it all, filling business order books and forcing them to create jobs. Give the same amount to the rich, they will consume a small part, and hoard the rest. Give money to companies, they will create very few jobs: this money will be used primarily to repay their debts, modernize their production facilities, enrich their shareholders, and drive up stock market prices ... thus making a little more money for the "haves" to which the current members of the government belong. The Minister of Finance, who appeared on Antenne 2 very recently, was clear on this subject: he “fully trusts” companies and no social compensation is required in return for State money. Sarkozy, Hollande, Macron now, all inject billions to save the rich and businesses (artificially put on a drip), and each time put French citizens a little more into debt. We should now consider injecting a little common sense into the economy, and start saving those who really need to be saved. To the surprise (or not) of President Macron, we will see consumption start again on bases that have become healthier again.

And for those who would object that the money given to the poor is used to buy low-end products made in Asia and does little to benefit French companies, the answer is simple: French companies just have to adapt and produce. products / services corresponding to the expectations of their customers. The customers are there, always more numerous. Meet their expectations, serve them ... or disappear. It is the law of the market.

A recovery plan, what for?

Last, but not the least. Why make a recovery plan? Is it really interesting to relaunch an economic model based on growth which we know is radically incompatible with the fight against global warming? Some promise us that within two years we will have recovered our "ante covid-19" situation. In other words, we will have found the path (production - distribution - consumption) which leads us straight to the sixth extinction of species - including our own. Is it really desirable? This is exactly what the climatologist and academician Jean Jouzel feared at the beginning of spring (quoted from memory, interview on an A2 newscast). Should we not take advantage of the blessing of this crisis which is shattering our economies to radically change our lifestyles? And to enter definitively into a decrease (less production of new objects, demographic decrease, sharing of work), rather than fight to find behaviors which we know condemn a significant part of life on Earth? Marketing and television have turned us into fashion victims, and convinced us that happiness is in consumption. To achieve this deceptive ideal, we agreed to alienate our freedom, at the cost of ever higher productivity and more and more stressful work: more than one suicide per week in the National Education, one all the two days with farmers (sources: Ministry of National Education, November 5, 2019; https://fr.wikipedia.org/wiki/Suicide_en_France). It is high time to put an end to the infernal cycle of growth and to plan not stimulus plans, but degrowth plans.

Philippe Bensimon devant Santorin 25 décembre 2017 Philippe Bensimon