Les abords du camp de Moria, 15 janvier 2017 (auteur:author Cathsign)

Un gigantesque incendie a ravagé dans la nuit du mardi 8 au mercredi 9 septembre 2020 le camp de réfugiés de Moria, sur l'île grecque de Lesbos, en mer Egée, mettant 12.000 personnes à la rue dans le plus complet dénuement. Le plus grand camp de réfugiés en Grèce, surpeuplé car prévu pour abriter seulement 2.000 personnes, est presque totalement détruit.

Mobilisés derrière l'Allemagne et son ministre des Affaires étrangères Heiko Maas, dix pays de l'Union européenne vont accueillir quelque 400 migrants mineurs non accompagnés, évacués de l'île grecque de Lesbos après l'incendie gigantesque du camp de réfugiés de Moria. «Nos contacts avec les pays membres de l'Union européenne ont conduit à ce que 10 pays membres participent au transfert» de ces 400 mineurs, a annoncé vendredi le ministre allemand de l'Intérieur, Horst Seehofer. L'Autriche a refusé son aide. L'Allemagne et la France prendraient en charge chacune 100 à 150 de ces enfants. Les Pays-Bas après avoir dit "non" (cf. Courrier International, 10/09/2020) avaient proposé jeudi de prendre en charge une centaine de migrants, dont une moitié de mineurs (source AFP/Figaro International, 11/09/2020).

Les conditions de vie sur le camp de Moria avaient été dénoncées par le HCR (Haut commissariat de l'ONU aux réfugiés) et les ONG. Le camp, ouvert en 2013 sur une ancienne base militaire, avait accueilli jusqu'à 22.000 personnes en février 2020. Il était interdit à la presse depuis les accords signés avec la Turquie en mars 2016. 

Le gouvernement de droite qui dirige la Grèce depuis un an a durci la politique migratoire et promis la construction de nouveaux centres d'enregistrement fermés à Lesbos et sur les quatre autres îles de la mer Égée où vivent au total plus de 24.000 personnes, quatre fois plus que leur capacité initiale. Mais des habitants de l'île s'opposent au projet, et, jeudi matin, des barrages ont été dressés sur les routes près du camp pour empêcher l installation de nouvelles tentes.

Selon les termes d'une journaliste d'Antenne 2, le champ de ruines de Moria est "l'illustration de l'urgence à réformer la politique migratoire européenne".

Une réunion européenne sur la question, longtemps repoussée, devrait avoir lieu à la fin du mois.

Une bombe à retardement

Pour le quotidien New-York Times, “le camp et ses résidents laissés à l’abandon sont synonymes de l’antipathie croissante du continent envers les réfugiés”. “Quiconque a visité Moria ces dernières années savait que c’était une bombe à retardement sur le point d’exploser, le reflet de l’incapacité des autorités grecques et européennes à gérer les flux migratoires”, ajoute le quotidien espagnol El Païs.

Déjà, en 2016, un incendie avait entraîné l’évacuation de 4.500 réfugiés. L'an passé, un autre incendie y avait fait deux morts, sans provoquer de réaction de la part des pouvoirs publics grecs ou de la communauté internationale.

Seul point positif de cette crise : l'élan de solidarité des Allemands. Selon le quotidien Süddentsche Zeitung, dans les rues de Berlin, Leipzig, Hambourg et Francfort, plusieurs milliers d’Allemands ont réclamé l’ouverture des frontières et l’accueil des réfugiés. “Nous avons de la place !”, pouvait-on lire sur les pancartes. 

Rappelons la nécessité pour l'Europe d'ouvrir complètement ses frontières aux migrants climatiques pendant qu'il en est encore temps. Le réchauffement climatique fait de l'Afrique une poudrière qui va exploser dans les quarante prochaines années. L'accueil des migrants n'est plus un choix, c'est une obligation si nous voulons survivre à des vagues migratoires qu'il sera illusoire de vouloir maîtriser. Il faut, à l'instar de l'Allemagne, apprendre aux populations à coexister avec les migrants, et faire découvrir aux gens la richesse qu'apportent avec eux ces gens qui ont tout perdu. Ouvrir les frontières, c'est supprimer les passeurs, permettre les contrôles sanitaires, générer de la main d'oeuvre dans des secteurs où on en recherche désespérément, éviter les replis communautaristes, dynamiser l'économie, etc. Les maintenir fermées, c'est aussi fermer les yeux sur les "camps de concentration" comme Moria, sur les enfants morts en Méditerranée, sur la xénophobie qu'on encourage par l'exemple, sur les violations répétées des droits de l'homme, etc. 

A lire : 

Le camp Moria, ou l'enfer sur terre - Le Journal International

Les réfugiés qui sont présents au sein du camp sont tous demandeurs d'asile. Cependant, ils n'ont pas l'autorisation de sortir du camps, ce qui transforme cette " terre d'accueil " en véritable prison. Les populations arrivées au sein du camp souhaitent à tout prix éviter un retour forcé en Turquie.

http://www.lejournalinternational.info

------------------------------

A gigantic fire ravaged the night of Tuesday 8 to Wednesday 9 September 2020 in the Moria refugee camp, on the Greek island of Lesbos, in the Aegean Sea, putting 12,000 people on the streets in complete poverty. The largest refugee camp in Greece, overcrowded because it was designed to house only 2,000 people, is almost completely destroyed.

Mobilized behind Germany and its Minister of Foreign Affairs Heiko Maas, ten European Union countries will welcome some 400 unaccompanied minor migrants, evacuated from the Greek island of Lesvos after the gigantic fire in the Moria refugee camp. “Our contacts with member countries of the European Union have led to 10 member countries participating in the transfer” of these 400 minors, German Interior Minister Horst Seehofer announced on Friday. Austria refused to help. Germany and France would each take care of 100 to 150 of these children. The Netherlands after having said "no" (cf. Courrier International, 09/10/2020) had offered on Thursday to take care of a hundred migrants, half of whom were minors (source AFP / Figaro International, 09/11 / 2020).

The living conditions in the Moria camp had been denounced by the UNHCR (UN High Commissioner for Refugees) and NGOs. The camp, opened in 2013 on a former military base, had accommodated up to 22,000 people in February 2020. It was banned from the press since the agreements signed with Turkey in March 2016. The right-wing government that has ruled Greece for a year has toughened migration policy and promised the construction of new closed registration centers in Lesvos and the other four Aegean islands where a total of more than 24,000 people live, four times more than their initial capacity. But residents of the island oppose the project, and on Thursday morning, roadblocks were erected on the roads near the camp to prevent the installation of new tents. In the words of a journalist from Antenne 2, the field of ruins at Moria is "the illustration of the urgency to reform European migration policy".

A European meeting on the issue, long postponed, is expected to take place at the end of the month.

A time bomb

For the New York Times, "the camp and its stranded residents are synonymous with the continent's growing antipathy towards refugees." “Anyone who has visited Moria in recent years knew that it was a time bomb about to explode, a reflection of the inability of the Greek and European authorities to deal with migratory flows,” added the Spanish daily El Païs. Already in 2016, a fire had led to the evacuation of 4,500 refugees. Last year, another fire killed two people there, without causing any reaction from the Greek public authorities or the international community. The only positive point of this crisis: the German spirit of solidarity. According to the daily Süddentsche Zeitung, in the streets of Berlin, Leipzig, Hamburg and Frankfurt, several thousand Germans have demanded the opening of borders and the reception of refugees. “We have room!” Read the signs.

Let us recall the urgent need for Europe to completely open its borders to climate migrants while there is still time. Global warming is turning Africa into a powder keg that will explode in the next forty years. Welcoming migrants is no longer a choice, it is an obligation if we want to survive waves of migration that it will be illusory to want to control. We must, like Germany, teach populations to coexist with migrants, and make people discover the wealth that these people who have lost everything bring with them. Opening the borders means eliminating smugglers, allowing health checks, generating manpower in sectors where it is desperately sought after, avoiding communitarian withdrawal, boosting the economy, etc. Keeping them closed also means turning a blind eye to "concentration camps" like Moria, to children who have died in the Mediterranean, to xenophobia that is encouraged by example, to repeated violations of human rights. , etc.

To read: http://www.lejournalinternational.info/le-camp-moria-ou-lenfer-sur-terre/

Photo : Les abords du camp de Moria, 15 janvier 2017 (auteur/author : Cathsign).