Dubrovnik, le port de Gruz, vendredi 23 octobre 2020 (4)

Dubrovnik, vendredi 23 octobre 2020. Réveil tardif, aux environs de 8h30. Le petit déjeuner est prévu à neuf heures avec l'équipage, et le départ est programmé à onze heures. Nous avons devant nous une belle journée et une nuit de navigation pour arriver demain à Trogir, aux environs de dix heures du matin. Nous y serons rejoints par quelques membres de l'équipage, qui embarqueront pour la seconde semaine de notre croisière d'entraînement.

Dubrovnik, le marché du port de Gruz, vendredi 23 octobre 2020

Dubrovnik, la caraque devant le marché, vendredi 23 octobre 2020 (2)

Pour l'heure, je fonce faire des photos du marché tout proche - je n'ai qu'à traverser a rue. Les gens s'y pressent, à première vue pas trop inquiets de la pandémie de covid-19 qui sévit en France et dans de nombreux pays. Ici, seuls les deux tiers des gens dans la rue portent un masque. A côté du marché est amarrée la caraque en bois que je vois ici depuis que j'ai découvert le port de Gruz. C'est une très belle construction en bois vernis, réplique d'un bateau traditionnel de la fin du Moyen Age, caractérisé par ses deux hauts châteaux, à l'avant et à l'arrière. La Santa Maria, le bateau de Christophe Colomb lors de son départ à la découverte des Amériques était une caraque, la Nina et la Pinta qui l'accompagnaient étant des caravelles, évolution assez révolutionnaire pour l'époque des anciennes caraques, avec un franc bord élevé pour résister aux vagues de l'Atlantique, un fond plat pour les explorations côtières, et des voiles latines permettant de remonter au vent.

Dubrovnik, la caraque, vendredi 23 octobre 2020

Christine profitera du marché pour acheter quelques tomates, on y prendra aussi du raisin. La nuit au port de Gruz nous coûte 95 euros, qu'un employé du port est venu nous demander ce matin. C'est cher, mais le bateau fait plus de quinze mètres de long, et nous sommes huit à bord. Mettre le bateau à la marina au fond de la rivière voisine n'aurait pas eu de sens. Les tarifs auraient peut-être été moins élevés, mais auraient été compensés par les deux taxis que nous aurions du prendre à l'aller et au retour (tarif de nuit) pour aller passer hier la soirée dans la cité médiévale de Dubrovnik. Et le cadre aurait été moins beau. Se réveiller dans le port de Gruz est toujours un enchantement.

Dubrovnik, petit déjeuner à bord, vendredi 23 octobre 2020 (2)

Dubrovnik, petit déjeuner à bord, vendredi 23 octobre 2020 (3)

Dubrovnik, petit déjeuner à bord, vendredi 23 octobre 2020

A 10h, mon petit déjeuner terminé, je m'attaque à la réparation des déchirures du génois. Pour le moment, ce sont de minces lignes qui courent le long des coutures horizontales, mais il ne faut pas leur laisser le temps de prendre de l'ampleur. J'ai emporté avec moi deux rouleaux d'adhésif dacron pour voile, des bandes qui chacune font deux mètres de long par dix centimètres de large. Je descends dans le carré les récupérer, ainsi que la chaise de calfat qui se trouve sous la banquette. Michel et Pierre vont utiliser la drisse de spi pour me hisser dans la mâture. Par chance, il n'y a pas de vent. Nous ouvrons le génois, Pierre et Michel me hissent avec le winch, et m'amènent au niveau de la déchirure la plus haute. En utilisant la chute de la voile pour me bloquer avec les jambes, je peux avoir les mains libres pour découper mes bandes d'adhésif aux dimensions requises et les plaquer sur le tissu de la toile en les croisant pour plus de solidité. Je note au passage que mon couteau Leatherman semble moins tranchant qu'à l'accoutumée. Peut-être faudra-t-il un jour que je le fasse réaffûter. Je mettrai à peu près quarante-cinq minutes pour réparer cette déchirure, puis celle située sur la couture horizontale un peu plus bas, et faire quelques photos. Quand j'ai fini, il ne reste plus grand-chose de mes bandes d'adhésif - mais la réparation devrait tenir correctement jusqu'à la fin du mois. 

Dubrovnik, réparations dans le génois, vendredi 23 octobre 2020 (2)

Dubrovnik, réparations dans le génois, vendredi 23 octobre 2020 (1)

Dubrovnik, le pont Fanjo-Tudman vu de la sortie du port, vendredi 23 octobre 2020

A 11h je demande à Laurence d'organiser le départ. Nous quitterons le quai de Dubrovnik contre une garde arrière, Laurence à la barre. A 11h12 nous laissons à bâbord les haubans du grand pont Fanjo-Tudman, et vingt minutes plus tard, nous sommes au sud de Kolocep, une des îles voisines de Dubrovnik. Nous avons envoyé toute la toile dont nous disposons, et réglé le moteur sur 1.800 tours/minute, pour une vitesse sur le fond de 7,3 nœuds. La mer est calme, d'abord plate puis animée par des vagues d'une dizaine de centimètres. Le ciel est superbe, j'estime à environ trois nœuds le vent de SW que nous recevons. Le baromètre du bord s'est stabilisé depuis hier à 1.024 hpa (contre 1.027 avant-hier). Nous avons commencé à tirer un long bord d'une dizaine heures au cap 271° ; Laurence, qui est de quart avec Christine et Pierre, a choisi de mettre le pilote automatique en marche.

Côte sud de Kolocep, vendredi 23 octobre 2020 (0)

Côte sud de Kolocep, vendredi 23 octobre 2020 (2)

Laurence à la barre, 12h30 vendredi 23 octobre 2020

A 13h45 nous arrivons à l'extrémité SE de la très longue île de Mljet. Le vent s'est un peu levé (6 kt de WSW. A 17h35, nous profitons de la fin du jour pour faire des exercices de récupération de l'homme à la mer à la voile. Avec la nuit qui tombe, tout le monde ne peut pas faire l'exercice aujourd'hui (il ne faut pas seulement le faire, il faut surtout le réussir, et cela prend parfois un peu de temps). Nous le continuerons demain matin - les conditions sont bonnes, et nous devrions avoir de l'avance sur notre horaire.

bateau à l'est de Sv Andrija, vendredi 23 octobre 2020

A 20 h nous passons au sud du feu Fl 10s de la pointe Struga, sur la côte sud de l'île Lastovo ; quarante minutes plus tard nous relevons au 176° le feu de Mrcaru, situé sur un écueil juste à l'ouest de Lastovo. A 21h20 nous obliquons au cap 327°; puis à 22h45 au cap 337°. A 22h45 le vent à tourné, et nous sommes passés de bâbord amures à tribord amures ; pour conserver notre vitesse de 6 nœuds, sous naviguons sous grand-voile, génois et moteur à 1.800 tours/minutes. 

A 1h10 du matin, nous réduisons le moteur à 1.200 trs/mn, pour ne pas arriver trop tôt à destination. Après le repas du soir, je me suis confortablement installé sur la banquette bâbord du cockpit, où je somnole pendant que mes équipiers de quart assurent la veille. A 3h10 nous passons à proximité immédiate d'Otok Vodnjak, que nous laissons à tribord. C'est le dernier îlot qui prolonge à l'ouest l'archipel de Sv Klement, lui même très proche de Hvar. Michel décide de remonter le régime du moteur à 1.500 trs/mn. 

A 6h30, nous voyons plein est le feu vert sur Otok Polib, qui marque la fin des dangers à l'ouest de la grande île Solta. Le sondeur indique des fonds de 72 mètres. C'est le moment pour nous de prendre au 045°, en direction du danger isolé Plicina Milin. Pierre est à la barre, de quart avec Christine et Laurence. Une demi-heure plus tard, nous sommes à bâbord du danger isolé. Nous prenons presque deux heures pour travailler dans ce secteur les manœuvres de récupération de l'homme à la mer à la voile.

 

A 8h45, nous mettons le cap à vue sur le chenal d'accès à la baie de Trogir ; vingt-cinq minutes plus tard nous passons entre les marques rouges et vertes sur les îlots d'Okuld. Arrivés en baie de Trogir, nous prenons plein est vers la cité médiévale. Durant la nuit, j'ai fait les comptes de la caisse de bord. Il ne me manque plus que le coût du carburant consommé pour la compléter. Plutôt que de faire une estimation, nous allons profiter de ce que nous avons un peu d'avance pour aller faire le plein de carburant. Il y a deux quais des carburants à l'entrée de Trogir, l'un à l'entrée est de la marina à bâbord, l'autre au fond de celle située à tribord. C'est là que nous irons faire  le plein. Peu après 10h30, le Sun Odyssey Rock Point est revenu à son point de départ, amarré sur pendilles au ponton de la marina ACI de Trogir.

Dubrovnik, le port de Gruz, vendredi 23 octobre 2020 (2)

Dubrovnik, le Rock Point au quai de Gruz, vendredi 23 octobre 2020 (2)

Dubrovnik, Friday October 23, 2020. Waking up late, around 8:30 am. Breakfast is scheduled for 9am with the crew, and departure is scheduled for 11am. We have a beautiful day and a night of navigation ahead of us to arrive in Trogir tomorrow, around ten in the morning. We will be joined there by some members of the crew, who will embark for the second week of our training cruise.

For now, I'm heading to take pictures of the nearby market - I just have to cross the street. People flock there, at first glance not too worried about the covid-19 pandemic which is raging in France and in many countries. Here, only two-thirds of the people on the street wear a mask. Next to the market is the wooden carrack that I have seen here since I came to the port of Gruz. It is a very beautiful construction in varnished wood, a replica of a traditional boat from the end of the Middle Ages, characterized by its two high castles, at the front and at the rear. The Santa Maria, the boat of Christopher Columbus when he left to explore the Americas was a carrack, the Nina and the Pinta which accompanied it being caravels, a fairly revolutionary development for the time of the old caraques, with a freeboard high to withstand the waves of the Atlantic, a flat bottom for coastal explorations, and Latin sails to go upwind.

Christine will take advantage of the market to buy some tomatoes, we will also take grapes. The night at the port of Gruz costs us 95 euros, which a port employee came to ask us this morning. It's expensive, but the boat is over fifteen meters long, and there are eight of us on board. Putting the boat at the marina at the bottom of the nearby river wouldn't have made sense. The prices would perhaps have been lower, but would have been compensated by the two taxis that we should have taken on the outward and return journey (night rate) to go to spend the evening in the medieval city of Dubrovnik yesterday. And the setting would have been less beautiful. Waking up in the port of Gruz is always a delight. 

Dubrovnik, sur la chaise de calfat, vendredi 23 octobre 2020

At 10 am, my breakfast finished, I tackle the repair of the tears in the genoa. At the moment, these are thin lines that run along the horizontal seams, but they should not be given time to gain momentum. I brought with me two rolls of dacron sail tape, strips each two meters long by ten centimeters wide. I go down to the saloon to retrieve them, as well as the caulking chair which is under the bench. Michel and Pierre will use the spinnaker halyard to hoist me up the masts. Luckily, there is no wind. We open the genoa, Pierre and Michel hoist me with the winch, and bring me to the level of the highest tear. By using the leech of the sail to block myself with the legs, I can have my hands free to cut my strips of adhesive to the required dimensions and press them onto the fabric of the canvas, crossing them for added strength. I note in passing that my Leatherman knife seems less sharp than usual. Maybe someday I will have to re-sharpen it. I will take about forty-five minutes to repair this tear, the one on the horizontal seam a little lower, and take some pictures. When I'm done, I don't have much of my tape left - but the repair should hold up well until the end of the month.
At 11 am I ask Laurence to organize the departure. We will leave the Dubrovnik quay against a rear guard, Laurence at the helm. 

Côte sud de Kolocep, vendredi 23 octobre 2020 (1)

At 11:12 am we leave the shrouds of the large Fanjo-Tudman bridge on the port side, and twenty minutes later, we are south of Kolocep, one of the neighboring islands of Dubrovnik. We sent all the canvas we have, and set the engine to 1,800 rpm, for a ground speed of 7.3 knots. The sea is calm, initially flat then animated by waves of ten centimeters. The sky is superb, I estimate the SW wind we are receiving at around three knots. The onboard barometer has stabilized since yesterday at 1024 hpa (against 1027 the day before yesterday). We started hauling a ten hour long tack at heading 271 °; Laurence, who is on watch with Christine and Pierre, chose to put the autopilot on.

Dubrovnik vue de la côte sud de Kolocep, vendredi 23 octobre 2020

At 13:45 we arrive at the SE end of the very long island of Mljet. The wind picked up a bit (6 kt from WSW. At 5.35 pm, we took advantage of the end of the day to do some man-overboard recovery exercises under sail. With night falling, everyone can't do the exercise today (you don't just have to do it, you have to pass it above all, and it sometimes takes a little while) .We will continue it tomorrow morning - conditions are good, and we should have ahead of our schedule.

At 8 pm we pass south of the Fl 10s traffic light at Struga Point, on the south coast of Lastovo Island; Forty minutes later we raised the Mrcaru light to 176 °, located on a reef just west of Lastovo. At 9:20 pm we veered off to heading 327 °; then at 10:45 p.m. on course 337 °. At 10:45 pm the wind turned, and we went from port tack to starboard tack; to maintain our speed of 6 knots, under sail under mainsail, genoa and engine at 1800 rpm. At 1:10 am, we reduce the engine to 1,200 rpm, so as not to arrive too early at our destination. After the evening meal, I settled down comfortably on the port side bench seat of the cockpit, where I dozed off while my crew on duty the day before. At 3:10 am we pass in the immediate vicinity of Otok Vodnjak, which we leave to starboard. It is the last islet which extends to the west the archipelago of Sv Klement, itself very close to Hvar. Michel decides to revive the engine speed to 1,500 rpm. At 6.30 am, we see the green light on Otok Polib, which marks the end of the dangers west of the large island Solta. The depth sounder indicates depths of 72 meters. It's time for us to take 045 °, towards the isolated danger Plicina Milin. Pierre is at the helm, on watch with Christine and Laurence. Half an hour later, we are on the port side of the isolated danger. We take almost two hours to work on man overboard recovery maneuvers under sail. At 8.45 am, we set sail for the access channel to the bay of Trogir; Twenty-five minutes later we pass between the red and green marks on the islets of Okuld. Arrived in the bay of Trogir, we head east towards the medieval city. During the night, I made the accounts of the cash register. All I need now is the cost of the fuel consumed to complete it. Rather than making an estimate, we will take advantage of what we have a little early to go and fill up with diesel. There are two fuel docks at the entrance to Trogir, one at the eastern entrance to the port marina, the other at the end of the starboard marina. This is where we will go to refuel. Shortly after 10:30 am, the Sun Odyssey Rock Point returned to its starting point, moored on mooring lines at the ACI Marina pontoon.

Dubrovnik, le port de Gruz, vendredi 23 octobre 2020 (3)

Vidéo : Vendredi 23 octobre 2020, départ de Dubrovnik. Réalisation : © Philippe Bensimon.Photos : Dubrovnik, le port de Gruz, vendredi 23 octobre 2020 (1) ; Dubrovnik, le marché du port de Gruz, vendredi 23 octobre 2020 (1 et 2) ; Dubrovnik, la caraque, vendredi 23 octobre 2020 ; Dubrovnik, petit déjeuner à bord, vendredi 23 octobre 2020 (1 à 3) ; Dubrovnik, réparations dans le génois, vendredi 23 octobre 2020 (1 et 2) ; Dubrovnik, le pont Fanjo-Tudman vu de la sortie du port de Gruz, vendredi 23 octobre 2020 ; La côte sud de Kolocep, vendredi 23 octobre 2020 (1 et 2) ; Laurence à la barre au sud de Kolocep, vendredi 23 octobre 2020 ; Voilier entre Sv Andrija et Kolocep, vendredi 23 octobre 2020 ; Dubrovnik, le port de Gruz, vendredi 23 octobre 2020 (2) ; Le Sun Odyssey 509 Rock Point au port de Gruz, vendredi 23 octobre 2020 ; Philippe hissé dans la chaise de calfat, vendredi 23 octobre 2020 ; La côte sud de Kolocep, vendredi 23 octobre 2020 (3) ; Dubrovnik vue de la côte sud de Kolocep, vendredi 23 octobre 2020 ; Dubrovnik, le port de Gruz, vendredi 23 octobre 2020. Auteurs/authors : Dubrovnik, petit déjeuner à bord, vendredi 23 octobre 2020 (1) ; Voilier entre Sv Andrija et Kolocep, vendredi 23 octobre 2020 ; Philippe hissé dans la chaise de calfat, vendredi 23 octobre 2020 ; Dubrovnik vue de la côte sud de Kolocep, vendredi 23 octobre 2020 : Christine Marpot. Autres photos : Philippe Bensimon.