Dette_publique_France_1979-2017 (auteur Touchatou, 4 février 2018)

A l'époque où il se présentait aux élections présidentielles, le grand économiste Raymond Barre alertait déjà sur les dangers représentés par la dette publique et appelait les Français à se serrer la ceinture pour permettre le remboursement progressif de celle-ci. Avec un tel programme, pas besoin de faire appel à un fakir pour prévoir le résultat de l'élection : c'est François Mitterand qui a été élu en 1988. Au début de l'ère Mitterrand (années quatre-vingt), la dette de la France représentait environ 589 milliards de francs (12,2 % du PIB fin 1980). A l'époque, on montrait du doigt l'Italie et son déficit public abyssal. Avant la crise de la covid-19, début 2020, on était arrivés en France à environ 2.380 milliards d'euros, soit 98,40 % du PIB, 8 fois ce que Raymond Barre jugeait déjà inacceptable. On avait presque rattrapé l'Italie (2.409 Md€ fin 2019). Les gouvernements qui se sont succédé ont creusé chacun un peu plus le déficit au mépris des générations futures. Ce sont elles qui devront rembourser les sommes empruntées par les différents gouvernements, de droite comme de gauche, afin d'assurer la paix sociale et leur réélection (ils ont tous compris la leçon de 1988). Année après année, la France a ainsi trahi systématiquement ses engagements de Maastricht (pas plus de 3% de déficit annuel, et une dette publique inférieure à 60 % du PIB). En 2019, un bébé naissant en France avait déjà sur les épaules une dette supérieure à 35.500 euros à sa naissance, qui n'a cessé depuis de croître. Après seulement dix mois de crise, la dette publique française a bondi de façon effroyable à 120 % du PIB. D'ici la fin de l'année, le gouvernement aura débloqué 490 milliards d'euros sur dix mois pour soutenir l'économie, ce qui n'empêchera pas une récession annoncée de l'ordre de 11 %.

A lors que faire ? Certains suggèrent l'annulation pure et simple de la dette. Seuls deux Etats à ce jour on fait dans le monde le choix de la banqueroute (à ma connaissance) : la Russie de 1918, refusant de reconnaître et rembourser les dettes du tsar (on se souvient de l'emprunt des Chemins de fer russes), et... la France de 1797, refusant de payer les dettes de la royauté.

Le problème aujourd'hui est que la France vit à crédit (environ 400 millions d'emprunts quotidiens sur les marchés). Or, plus personne ne voudra prêter à celui qui ne rembourse pas ses dettes. Au micro d'Antenne 2, un journaliste expliquait hier soir : "Le gouvernement français compte sur la croissance pour rembourser ses dettes" (JT de 20h, 30/11/2020).

Or, la croissance, c'est l'ennemi n°1 de la lutte contre le réchauffement climatique. Alors qu'il faudrait entrer dans une décroissance impérative à tous les niveaux (être moins nombreux, consommer moins de façon générale (ce qui veut dire moins de TVA rentrant dans les caisses de l'Etat), utiliser moins de carburants d'origine fossile (ce qui veut dire moins de Taxe sur les produits pétroliers rentrant dans les caisses de l'Etat), etc., c'est exactement vers le contraire que le gouvernement français va sans doute se diriger, sacrifiant encore une fois l'avenir des générations futures (et des jeunesses actuelles) au bien être immédiat... et à sa réélection. 

On se bat actuellement dans un combat sans espoir entre des personne qui ont le pouvoir mais agissent pour leur intérêt personnel à court terme, et l'intérêt du plus grand nombre, hélas fait de gens qui n'ont ni le pouvoir politique ni le pouvoir financier pour agir sur le long terme. Personnellement, je suis écœuré de voir avec quelle facilité l'Etat français sort de l'argent pour soutenir l'économie, et avec quelle facilité les haut fonctionnaires arrivent à dire "on n'a pas d'argent" quand il s'agit de lutter contre le réchauffement climatique, beaucoup plus dangereux à terme que la covid-19.

Philippe Bensimon

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At the time when he was running for the presidential elections, the great economist Raymond Barre was already alerting to the dangers represented by the public debt and called on the French to tighten their belts to allow the gradual repayment of it. With such a program, no need to appeal to a fakir to predict the outcome of the election: it was François Mitterand who was elected in 1988. At the beginning of the Mitterrand era (1980s), the debt of France represented around 589 billion francs (12.2% of GDP at the end of 1980). At the time, we pointed out Italy and its abysmal public deficit. Before the covid-19 crisis, at the beginning of 2020, we had arrived in France at around 2.380 billion euros, or 98.40% of GDP, 8 times what Raymond Barre already considered unacceptable. We had almost caught up with Italy (€ 2.409 billion at the end of 2019). Successive governments have each widened the deficit a little more to the detriment of future generations. They are the ones who will have to repay the sums borrowed by the various governments, on the right and on the left, in order to ensure social peace and their re-election (they have all understood the lessons of 1988). Year after year, France has systematically betrayed its Maastricht commitments (no more than 3% of annual deficit, and a public debt of less than 60% of GDP). In 2019, a baby born in France already had on the shoulders a debt of more than 35,500 euros at birth, which has continued to grow since then. After only ten months of crisis, French public debt jumped appallingly to 120% of GDP. By the end of the year, the government will have released 490 billion euros to support the economy, which will not prevent an announced recession of around 11%. So what to do? Some suggest outright debt cancellation. Only two states in the world have made the choice of bankruptcy (to my knowledge): Russia in 1917, refusing to recognize and repay the tsar's debts (we remember the loan from the Russian Railways) , and ... France in 1789, refusing to pay the debts of royalty. The problem today is that France lives on credit (around 400 million daily loans on the markets). However, no one will want to lend to someone who does not repay their debts. At the microphone of Antenne 2 (8pm news), a journalist explained last night: "The French government is counting on growth to repay its debts". However, growth is the number one enemy in the fight against global warming. While it would be necessary to enter into an imperative decrease at all levels (to be less numerous, to consume less in general (which means less VAT going into the State coffers), to use less fossil fuels (which means less Tax on petroleum products entering the State coffers), etc. It is exactly the opposite that the government will undoubtedly be heading, once again sacrificing the future of future generations (and current youth) to immediate well-being ... and to his re-election. We are currently fighting in a hopeless fight between people who have power but act for their personal interest in the short term, and the interest of the greatest number, unfortunately made up of people who have neither political power nor power. financial to act in the long term.

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