Île_Saint-Paul, relief côtier (auteur author B

Le secrétariat général à la Mer auprès du Premier ministre a annoncé mercredi à l'AFP qu'il détenait des Nations Unies l'autorisation d'étendre le domaine maritime français au large de La Réunion, de 58.121 km2, et au large des îles de Saint-Paul et Amsterdam, dans les TAAF, de 93.202 km2, soit au total l'équivalent de plus d'un quart de la superficie de l'Hexagone. Deux décrets ont été publiés dans ce sens en janvier au Journal officiel. La commission des Limites du plateau continental, organe spécialisé de l'ONU, avait déjà annoncé en juin 2020 qu'elle autorisait la France à étendre son plateau continental dans ces secteurs de l'Océan indien.

Le SG Mer a déclaré ce mercredi 3 février 2021 : cela "fait rentrer dans le droit français l'extension du plateau continental au large des îles Saint-Paul et Amsterdam (TAAF), et de la Réunion". Une phrase à prendre au pied de la lettre : seul le sol et le sous-sol des nouvelles zones rentrent dans le droit français, la colonne d'eau les surplombant restant dans le domaine international. En d'autres termes, pas question d'en faire des Aires marines protégées (AMP). Il s'agit simplement d'un droit accordé à la France d'exploiter et de détruire ces fonds marins à sa convenance - ou pas : l'article 76 de la convention des nations Unies sur le droit de la mer, signée à Montego Bay en 1982 après vingt ans de palabres, donne aux pays côtiers dans ces zones le droit d'étendre le plateau continental sous leur juridiction de 200 milles à 350 milles des côtes, et d'explorer et d'exploiter librement les ressources naturelles du sol et du sous-sol (hydrocarbures, minéraux, métaux et ressources biologiques). 

En juin 2020, le SG Mer s'était voulu rassurant, disant : "L'exploitation de ces espaces sous-marins n'est pas à l'ordre du jour." Cela "permet à la France de préserver ses droits pour l'avenir dans de vastes espaces sous-marins, ce qui implique la possibilité d'assurer leur protection si l'exploitation n'est pas souhaitée". C'est dans cette dernière réserve que le bât blesse : "si l'exploitation n'est pas souhaitée". Il suffit qu'on y trouve d'immenses richesses pour que l'exploitation soit souhaitée et que ces fonds grands comme le quart de la France soient détruits à jamais. En effet nulle part dans cette déclaration du SG Mer ne figure l'intention de préserver ces fonds marins.

Le plateau continental de la France est ainsi porté à une surface de 730.000 km2, qui s'ajoutent aux 10,2 millions de km2 d'eaux sous souveraineté (eaux intérieures et mer territoriale) ou sous juridiction (ZEE, zone économique exclusive incluant la colonne d'eau). La France espère pouvoir continuer dans le futur à étendre de cette manière son plateau continental de 500.000 km2 supplémentaires, notamment autour du sud-est de la Nouvelle-Calédonie et de la Polynésie française, de Wallis et Futuna, de Saint-Pierre-et-Miquelon, et de l'archipel de Crozet.

Contrairement aux ZEE, ces nouvelles zones qui n'incluent pas la colonne d'eau ne sont pas prises en compte dans le classement des domaines maritimes mondiaux, où la France reste en deuxième position après les USA avec 10,2 millions de km2. D'après la ministère de la mer, ce chiffre "ne devrait plus augmenter" (source : France info https://la1ere.francetvinfo.fr/grace-a-la-reunion-et-aux-iles-saint-paul-et-amsterdam-la-france-etend-son-domaine-sous-marin-923215.html). 

Pour mémoire, rappelons que la France métropolitaine ne contribue que peu au domaine maritime français (334.604 km2) : l'essentiel de celui-ci provient des territoires ultra-marins.

Saint-Paul et Amsterdam carteThe General Secretariat for the Sea to the Prime Minister announced to AFP on Wednesday that it had authorization from the United Nations to extend the French maritime domain off Reunion Island, by 58,121 km2, and off the islands of Saint-Paul and Amsterdam, in the TAAF, of 93,202 km2, or in total the equivalent of more than a quarter of the surface of the Hexagon. Two decrees were published in this direction in January in the Official Journal. The Commission on the Limits of the Continental Shelf, a specialized body of the United Nations, had already announced in June 2020 that it authorized France to extend its continental shelf in these sectors of the Indian Ocean. SG Mer declared this Wednesday, February 3, 2021: this "brings into French law the extension of the continental shelf off the islands of Saint-Paul and Amsterdam (TAAF), and Reunion". A sentence to be taken at face value: only the soil and the subsoil of the new zones come under French law, the water column above them remaining in the international domain. In other words, there is no question of making them Marine Protected Areas (MPAs). It is simply a right granted to France to exploit and destroy these seabed at its convenience - or not: Article 76 of the United Nations Convention on the Law of the Sea, signed in Montego Bay in 1982 after twenty years of palaver, gives the coastal countries in these areas the right to extend the continental shelf under their jurisdiction from 200 miles to 350 miles from the coast, and to explore and freely exploit the natural resources of the soil and of the subsoil (hydrocarbons, minerals, metals and biological resources). In June 2020, SG Mer wanted to be reassuring, saying: "The exploitation of these underwater spaces is not on the agenda." This "allows France to preserve its rights for the future in vast underwater spaces, which implies the possibility of ensuring their protection if exploitation is not desired". It is in this last reserve that the shoe pinches: "if the exploitation is not desired". It suffices that immense wealth be found there for exploitation to be desired and for these funds, as large as a quarter of France, to be destroyed forever. In fact nowhere in this statement by SG Mer does the intention to preserve these sea beds appear. The continental shelf of France is thus increased to an area of ​​730,000 km2, which is added to the 10.2 million km2 of water under sovereignty (internal waters and territorial sea) or under jurisdiction (EEZ, exclusive economic zone including the water column). France hopes to be able to continue in this way to extend its continental shelf by an additional 500,000 km2, in particular around the south-east of New Caledonia and French Polynesia, Wallis and Futuna, Saint-Pierre-et-Miquelon, France. archipelago of Crozet. Unlike the EEZs, these new areas which do not include the water column are not taken into account in the classification of world maritime areas, where France remains in second position after the USA with 10.2 million km2. According to the Ministry of the Sea, this figure "should no longer increase" (source: France info https://la1ere.francetvinfo.fr/grace-a-la-reunion-et-aux-iles-saint-paul- and-amsterdam-la-france-etend-son-domaine-sous-marin-923215.html). As a reminder, let us recall that metropolitan France contributes only little to the French maritime domain (334,604 km2): most of it comes from overseas territories.

Photos : Île_Saint-Paul, relief côtier (auteur/author B.navez 27 novembre 1999) ; Saint-Paul_and_Amsterdam_Islands_map-fr (auteur/author Sémhur / Wikimedia Commons / CC-BY-SA-3.0, or Free Art License).