Joe_Biden_presidential_portrait (auteur:author Adam Shultz, 3 mars 2021)

Après avoir réintégré  les accords de Paris dès le premier jour de sa présidence en janvier 2021, Joe Biden vient de franchir un nouveau pas.ier Avant-hier jeudi 22 avril 2021, lors d'un sommet virtuel international sut le climat qu'il a organisé avec les grandes puissances représentant 80 ¨des émissions de gaz à effet de serre (GAS) de la planète, il a annoncé son objectif de réduire de 50 à 52 % les émissions des gaz à effet de serre des USA d'ici 2030 par rapport à ce qu'ils étaient en 2005. C'est presque le double des engagements américains précédents (réduction de 25 à 28 %).

Joe Biden met en balance « le coût de l’inaction » et les effets économiques « extraordinaires » des réformes écologiques. Le nouveau président des Etats-Unis a appelé le reste du monde à lui emboîter le pas au nom d'un « impératif moral et économique ». « Nous devons passer à l’action, nous tous », « nous devons accélérer ». « Aucun pays ne peut résoudre cette crise tout seul ».

Joe Biden, qui vient de lancer un vaste plan de refonte des infrastructures américaines (2.000 milliards de dollars), espère arriver à la neutralité carbone (entendez : absorber autant de CO2 que le pays en émet) d'ici 2050. Ce serait la contribution américaine pour parvenir aux objectifs des accords de Paris de décembre 2015, à savoir le maintient du réchauffement mondial en-dessous des 1,5°C ou 2°C par rapport aux températures d'avant la révolution industrielle.

Son discours semble avoir galvanisé les autres Etats, qui n'ont pas été en reste de promesses : 

- le Canada devrait baisser ses émissions de 40 % à 45 % à l'horizon 2030 par rapport au niveau de référence de 2005 (au lieu des 30 % déjà promis),

- Vladimir Poutine s'est engagé à ce que la Russie fasse passer le volume cumulé de ses émissions nettes de GAS en dessous de celles de l'Europe dans les trente prochaines années,

- Jair Bolsonaro s’est engagé à mettre fin à la déforestation illégale en Amazonie d’ici 2030 et à avancer la neutralité carbone du Brésil de dix ans, en 2050,

- l’UE est parvenue à un accord sur une réduction nette d'« au moins 55 % » de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport au niveau de 1990.

- enfin, le président français Macron a salué la positon américaine et lancé un appel à "accélérer".

Quand à la Chine, Xi Jinping avait déjà annoncé fin 2020 que son pays commencerait à réduire ses émissions de CO2 avant 2030, pour parvenir en 2060 à la neutralité carbone. Ce pays, aujourd'hui premier émetteur de GAS de la planète, s'est engagé à coopérer avec les Etats-Unis (deuxième dans la liste des plus gros émetteurs de GAS) dans le but de réduire leurs émissions. Le pays, qui vise le tout électrique, envisage de passer de 8 % de véhicules électriques actuellement à 50 % de véhicules électriques en 2035. Il mise pour cela sur des incitations, le développement des équipements en bornes de recharge, et des quotas imposés aux constructeurs : u mix de 12 % au moins de véhicules électriques, en augmentation de 2 % chaque année. Pour séduire les jeunes couples urbains, une "petite" quatre places électrique chinoise vient de ravir la première place sur ce marché juteux à l'américain Tesla : elle est vendue à 3.500 euros (source : A2, JT, 20h26, 23/04/2021).

De son côté, le Premier ministre britannique Boris Johnson avait déjà annoncé ce mardi20 avril vouloir réduire les émissions du Royaume-Uni de 78 % d’ici 2035 par rapport à 1990.

Que faut il penser de tout cela ?

"Les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent". En décembre 2015, 195 pays ont signé les accords de Paris. Deux ans plus tard, 190 des 195 signataires avaient trahi leur signature, à commencer par la France, organisatrice du traité. Les pays manquant à leur parole ne seraient qu'une minorité, voire même une moitié, on pourrait les considérer comme "en retard" sur leur calendrier. Quand il s'agit d'une écrasante majorité (pratiquement 98 %) on s'interroge. Et on découvre qu'en fait, pratiquement aucun gouvernement démocratique n'a intérêt à lutter contre le réchauffement climatique. Tous ont intérêt à ce que rien ne bouge, et que perdure la situation qui les a portés au pouvoir. Aucun gouvernement démocratique ne veut prendre les décisions drastiques qui seraient nécessaires à la lutte contre le réchauffement, et qui conduiraient, si elles étaient prises, à un mécontentement tel au sein de la population que leur réélection serait inéluctablement compromise. 

Quel gouvernement voudrait enclencher les politiques malthusiennes sans lesquelles rien ne peut être durable, quel gouvernement voudrait interdire les SUV (Macron a déjà rejeté cette proposition de la Commission citoyenne pour le Climat), quel gouvernement voudrait interdire le chauffage des maisons au-delà de 18°C ? Aucun. A la limite, on peut même reconnaître à Trump le courage d'être sorti des accords de Paris, là où les autres pays ont préféré la trahison. Presque tous les pays démocratiques aujourd'hui s'abritent derrière des réunions, des conférences, des grands projets et des études, et des engagements à long terme qui ne sont en fait que des manœuvres dilatoires destinées à gagner du temps en donnant l'illusion de faire quelque chose jusqu'aux prochaines élections. Ne pas faire de vagues et ne pas mécontenter l'opinion publique, telle est la devise qui engendre l'inaction climatique.

Quand le président Macron donne la consigne d'"accélérer", il faut avoir à l'esprit que c'est lui qui a créé la "Commission citoyenne pour le climat", dont dès le début nous avions signalé qu'il s'agissait d'un piège destiné à gagner du temps et à faire perdurer l'inaction climatique. Aujourd'hui, empêtrés dans les propositions de la commission, naturellement incompatibles pour beaucoup avec la croissance économique dont le président a besoin pour être réélu, celui-ci et ses ministres n'ont d'autre choix que de trahir une nouvelle fois leur parole et de récuser des propositions qui auraient dû toutes passer devant l'Assemblée.

"Plus le mensonge est gros, et plus le peuple y croira"

Les objectifs des accords de Paris semblant aujourd'hui inatteignables, qu'en sera-t-il des promesses de ces derniers jours, encore plus faramineuses ? La jeune suédoise Greta Thunberg, en visioconférence devant une commission du Congrès américain a jugé cela insuffisant : « Combien de temps pensez-vous que vous pouvez continuer à ignorer le changement climatique (…) sans avoir à rendre des comptes ? ». Avec un ton accusateur elle a ajouté: « Vous vous en tirez aujourd’hui, mais tôt ou tard, les gens vont réaliser tout ce que vous avez fait » (source : Le Télégramme).

François Gemenne, enseignant-chercheur en sciences politiques aux universités de Versailles et de Liège, expert associé au CERI de Sciences Po, dont nous soutenons régulièrement les thèses sur la nécessité d'ouvrir très largement les frontières aux migrants, est lui aussi sceptique. Ce jeudi 22 avril, au micro de France info, il s'exprimait ainsi : "Je voudrais qu'on puisse prendre des engagements plus immédiats", "On annonce des échéances à 2030 ou à 2035, c'est-à-dire des échéances qui dépassent le terme du mandat de ceux qui ont pris ces engagements", "Les États-Unis annoncent réduire leurs émissions de moitié d'ici 2030. Mais que se passera-t-il si c'est un président républicain qui est élu en 2024 et qui aura beau jeu de dire qu'il n'est pas lié par les engagements de son prédécesseur ?".

Reconnaissant l'intérêt d'un travail commun des Etats,"que l'on ne pense pas uniquement à ce qu'on fait à l'intérieur de ses frontières, ce qu'on peut faire chacun, mais aussi à ce qu'on peut faire ensemble avec les autres. C'est, à mon avis, le sens que doivent avoir ces réunions internationales", le chercheur craint qu'autour de la table ne soient réunis que les pollueurs actuels, et non ceux de demain : "Le gros enjeu, c'est aussi de ce que seront les trajectoires d'émissions des émetteurs futurs". "Je trouve qu'on ne se tracasse pas suffisamment de ce qui se passe en Indonésie, en Égypte, en Iran, au Brésil ou au Mexique. Et il faut bien se rendre compte que l'avenir du changement climatique va largement se jouer demain en dehors des frontières européennes."

Personnellement, j'attends de voir pour croire. Avec un petit espoir du côté de Joe Biden, dont on sait déjà qu'il ne se représentera pas pour une seconde mandature. Du coup, on ne peut un peu moins le soupçonner de faire de l'électoralisme. Cela dit, les décisions qu'il prend doivent passer par le Congrès, composé de représentants et de sénateurs qui, eux, doivent des comptes aux électeurs. La Chine, qui comme son nom ne l'indique pas n'est pas un Etat démocratique au sens où nous l'entendons, a également les coudées franches pour agir sur ses émissions polluantes. 

Mais je rejoins François Gemenne dans ses craintes : si la Chine est devenue le pays le plus pollueur, c'est aussi parce que c'est le pays le plus peuplé. Dans quelques années, le pays le plus peuplé de la planète sera l'Inde, et qu'adviendra-t-il des émissions de GES de l'Inde ? Enfin, et c'est le plus inquiétant, la situation géopolitique mondiale n'a guère évolué au cours des cinq dernières années. Et on voit mal ce qui pourrait aujourd'hui motiver des Etats qui ont trahi les accords de Paris il y a cinq ans à changer radicalement d'attitude pour devenir les défenseurs du climat.

Philippe Bensimon

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After reinstating the Paris agreements from the first day of his presidency in January 2021, Joe Biden just took a new step. The day before esterday, April 22, 2021, at a virtual international summit that he organized with the great powers representing 80 more greenhouse gas emissions (GAS) of the planet, he announced his goal of reducing From 50 to 52% US greenhouse gas emissions by 2030 compared to what they were in 2005. It is almost double the previous US commitments (reduction of 25 to 28%).
Joe Biden balances "the cost of inaction" and the "extraordinary" economic effects of ecological reforms. The new President of the United States called on the rest of the world to follow the step in the name of a "moral and economic imperative". "We have to take action, all of us," we need to speed up ". "No country can solve this crisis alone".
Joe Biden, who has just launched a vast plan of redesign of American infrastructure ($ 2.000 billion), hopes to arrive at carbon neutrality (hear: absorb as much CO2 as the country issues) by 2050. It would be the contribution American to achieve the objectives of the Paris agreements of December 2015, namely the maintenance of global warming below 1.5 ° C or 2 ° C in relation to the temperatures before the industrial revolution.
His speech seems to have galvanized the other states, which have not been left out of promise:
- Canada is expected to lower emissions from 40% to 45% by 2030 over the 2005 reference level (instead of 30% promised),
- Vladimir Putin is committed to Russia to pass the cumulative volume of its net gas emissions below those of Europe in the next thirty years,
- Jair Bolsonaro is committed to putting an end to the illegal deforestation in the Amazon by 2030 and to advance the carbon neutrality of Brazil of ten years, in 2050,
- The EU has reached an agreement on a net reduction of "at least 55%" of its greenhouse gas emissions by 2030 compared to the 1990 level.
- Finally, the French President Macron praised the American positon and launched a call to "accelerate".
As for China, Xi Jinping had already announced at the end of 2020 that his country would start reducing its CO2 emissions before 2030, to achieve carbon neutrality in 2060. This country, now the planet's leading gas emitter, has undertaken to cooperate with the United States (second in the list of the largest gas emitters) in order to reduce their emissions. The country, which aims to be all-electric, plans to go from 8% of electric vehicles currently to 50% of electric vehicles in 2035. It is counting for this on incentives, the development of equipment in charging stations, and quotas imposed on manufacturers: u mix of at least 12% of electric vehicles, increasing by 2% each year. To seduce young urban couples, a "small" Chinese electric four-seater has just taken the first place in this juicy American Tesla market: it is sold at 3,500 euros (source: A2, JT, 8:26 p.m., 04/23 / 2021).
For its part, British Prime Minister Boris Johnson had already announced this Tuesday April to reduce the UK emissions by 78% by 2035 compared to 1990.
What must we think of all this?
"The promises are only those who listen to them". In December 2015, 195 countries signed the Paris Agreements. Two years later, 190 of the 195 signatories had betrayed their signature, starting with France, organizer of the Treaty. The missing countries would only be a minority, or even half, we could consider them as "late" on their calendar. When it comes to an overwhelming majority (virtually 98%) we question. And we discover that, practically no democratic government has an interest in combating global warming. All have interest in that nothing is moving, and that the situation has worn them. No democratic government wants to make the drastic decisions that would be necessary for the fight against warming, and which would lead, if they were taken, to a dissatisfaction such in the population that their re-election would be inevitably compromised.
Which government would like to engage Malthusian policies without which nothing can be sustainable, which government would like to prohibit SUV (Macron has already rejected this proposal from the Citizen Climate Commission), which government would like to prohibit the heating of houses beyond 18 ° C? No. At the limit, one can even recognize at Trump the courage to be out of the Paris agreements, where the other countries preferred betrayal. Almost all democratic countries today are sheltering behind meetings, conferences, major projects and studies, which are in fact only dilatory maneuvers designed to save time by giving the illusion of doing something up to In the coming election. Do not make waves and not dissatisfied public opinion, such is the motto that causes climate inaction.

When President Macron gives the instructions to "accelerate", it is necessary to have in mind that it is he who created the "Citizens' Commission for Climate", from which at the beginning we reported that it was a trap for saving time and keeping climate inaction. Today, entangled in the Commission's proposals, naturally incompatible for many with the economic growth of which the president needs to be re-elected, he and his ministers have no choice but to betray their Word again and to challenge proposals that should have gone before the Assembly.

"The greater the lie, and the more the people believe"

The objectives of the Paris agreements seemingly unasponsible, what about the promises of recent days, even more fleemers? The young Swedish Greta Thunberg, videoconferencing in front of a Commission of the American Congress judged this insufficient: "How long do you think you can continue to ignore climate change (...) without having to report? " With an accusing tone she added, "You pull yourself today, but sooner or later, people will realize everything you have done" (source: The Telegram).

François Gemenne, Teacher in Political Science at Universities of Versailles and Liège, expert associated with the CERI of Sciences Po, of which we regularly support theses on the need to open up the borders to migrants, is also skeptical. This Thursday, April 22, at the microphone of France Info, he spoke like: "I would like to make more immediate commitments", "we announce deadlines at 2030 or 2035, that is to say. deadlines that exceed the term of the mandate of those who have made these commitments "," the United States announces to reduce their emissions by 2030. But what will happen if it is a republican president who is elected In 2024 and which will be a nice game to say that it is not bound by the commitments of its predecessor? ".

Recognizing the interest of a common states, "that we do not only think about what is done inside its borders, what can be done, but also can do together with others. It is, in my opinion, the meaning of these international meetings ", the researcher fears that around the table are only gathered than the current polluters, and not those of tomorrow:" the Big issue, it is also that the emission trajectories of future issuers will be ". "I find that we do not bother enough about what is happening in Indonesia, Egypt, Iran, Brazil or Mexico. And we must realize that the future of climate change is going to play tomorrow tomorrow. Outside the European borders. "

Personally, I wait to see to believe. With a little hope on the side of Joe Biden, which we already know that he will not stand for a second term. Suddenly, we can not suspect him a little less of electoralism. That said, the decisions he makes must pass through Congress, which is made up of representatives and senators who, in turn, are accountable to the voters. China, which as its name does not indicate is not a democratic state in the sense in which we understand it, also has free rein to act on its polluting emissions.

But I agree with François Gemenne in his fears: if China has become the most polluting country, it is also because it is the most populous country. In a few years, the most populous country on the planet will be India, and what will happen to India's GHG emissions? Finally, and this is most worrying, the global geopolitical situation has hardly changed over the past five years. And it is difficult to see what could today motivate states that betrayed the Paris agreements five years ago to radically change their attitude to become climate advocates.

Philippe Bensimon

Photo : Joe Biden, presidential portrait (auteur/author : Adam Shultz, 3 mars 2021)