Portrait_Jean_Castex_(cropped, auteur author Florian DAVID 15 juillet 2020)

Jean Castex a annoncé hier 6 juillet 2021 que l’exécutif, en désaccord avec le Sénat, mettait "un terme au processus de révision constitutionnelle" sur le climat, sur laquelle Emmanuel Macron prétendait souhaiter un référendum permettant l'inscription de la lutte pour l'environnement et le climat dans la constitution, comme le réclamait la Convention citoyenne pour le climat. Je dis bien « prétendait », car dans une république de plus en plus présidentielle et de plus en plus éloignée de sa constitution, on voit mal le premier ministre aller contre les souhaits du Président. 

Selon l'AFP, reprise par Vosges matin, «  Jean Castex a annoncé mardi que l’exécutif, en désaccord avec le Sénat, mettait "un terme au processus de révision constitutionnelle" sur le climat, sur laquelle Emmanuel Macron souhaitait un référendum après avoir suivi les recommandations de la Convention citoyenne pour le climat.

Le Sénat, à majorité de droite, avait adopté lundi en deuxième lecture une formulation différente de celle votée par l’Assemblée et soutenue par le gouvernement, autour de l’inscription dans la Constitution notamment de la "préservation de l’environnement". "Compte tenu de ce que prévoit l’article 89 de notre Constitution, ce vote met hélas un terme au processus de révision constitutionnelle dont nous continuons à penser qu’il était indispensable à notre pays", a déploré le Premier ministre lors de la séance de questions au gouvernement à l’Assemblée.

Estimant avoir fait "un pas" en direction du Sénat en amendant à la marge le texte, le chef du gouvernement Castex a déploré que "cette main tendue" n’ait "pas été saisie" par la haute assemblée lundi en le réécrivant de nouveau.

"C’est profondément regrettable mais le combat continue".

Jean Castex

Selon la dernière version approuvée par l’Assemblée, il s’agissait d’inscrire que la République française "garantit la préservation de l’environnement et de la diversité biologique et agit contre le dérèglement climatique". Le Sénat a de son côté proposé d’écrire que la République française "agit pour la préservation de l’environnement et de la diversité biologique et contre le dérèglement climatique, dans les conditions prévues par la Charte de l’environnement de 2004".

Alors que chacun campait sur ses positions, et quand bien même la navette entre les deux chambres aurait pu se poursuivre autant que nécessaire, l’exécutif a donc choisi mardi de fermer le ban.

"L’urgence climatique est là, le risque est réel", a souligné mardi Jean Castex en fustigeant ceux qui "refusent de voir la réalité en face" et d’autres qui "privilégient une approche idéologique, maximaliste". "Nous faisons en même temps le choix de l’ambition et le choix du pragmatisme, c’est à dire le choix de l’efficacité", a-t-il défendu. »  (source : AFP/Les Vosges).

Plusieurs choses sont à noter : 

  1. ce qu'on appelle la « navette » (aller retour des textes de l'Assemblée au Sénat et vice-versa) n'a jamais été un problème dans la cinquième République, mis à part le fait que cela prend du temps et rallonge les délais d'adoption des textes. La « navette » fait partie des mécanismes démocratiques prévus dans notre constitution. La réaction incompréhensible de Jean Castex stoppant brutalement et sans aucune raison le processus s'explique par la volonté du gouvernement et du président d'empêcher l'inscription de la protection du climat et de l'environnement dans la constitution. Rappelons que, avant de déclarer publiquement (et sans doute pour la forme) son soutien à cette inscription, Emmanuel Macron avait déclaré que l'homme (entendez par là l'économie et la croissance) passeraient toujours avant l'environnement.

  2. au JT de 20h d'Antenne 2 ce 6 juillet, la présentatrice dans un très court flash sur le sujet a accusé le Sénat d'avoir bloqué l'inscription du climat dans la constitution. Nous venons de voir que techniquement c'est faux et que la décision a été prise par le gouvernement. Les sénateurs, majoritairement de droite, ont très légèrement modifié le texte de l'Assemblée, d'une manière à première vue incompréhensible. Deux raisons peuvent justifier leur attitude. La référence à la charte de l'environnement de 2004 n'apporte rien, le texte de l'Assemblée englobant la totalité des propositions de la charte, en dehors de son article 6 - « Les politiques publiques doivent promouvoir un développement durable. A cet effet, elles concilient la protection et la mise en valeur de l'environnement, le développement économique et le progrès social. ». Au nom de cet article 6 certains politiques pourraient se croire autorisés à faire tout et n'importe quoi sous prétexte de développement économique et de progrès social. Ce qui va complètement dans le sens du souhait d'Emmanuel Macron de faire toujours passer « l'homme avant l'environnement », en occultant complètement le fait que l'homme dépend de l'environnement. La seconde raison est que les sénateurs savaient très bien que dans le meilleur des cas, la « navette » prendrait du temps, et donnerait encore quelques mois supplémentaires aux industriels et aux politiques pour tirer profit des atteintes constantes à l'environnement qui sont perpétrées. Sans doute certains sénateurs issus de la majorité présidentielle savaient-ils aussi que Castex sauterait sur l'occasion pour mettre un terme définitif au processus. Et il est fort probable que derrière tout cela des industriels se réjouissent, et sauront remercier comme il se doit les auteurs de la défaite de l'environnement et du climat, à l'heure même où le Conseil d'Etat met en garde le gouvernement français contre son manque d'empressement à agir face à l'urgence climatique.

Ce désastre écologique, véritable crime contre l'environnement et le climat perpétré par Jean Castex mais sans doute commandité au-dessus de lui, s'inscrit aussi dans une logique électoraliste : nous sommes dans la préparation des élections présidentielles de 2022. Or, comme le disait l'astrophysicien Aurélien Barreau et d'autres avec lui, la lutte contre le réchauffement climatique passera par la perte inévitable de certaines libertés individuelles, perte que la plupart des électeurs ne sont pas encore prêts à accepter. En d'autres termes, entre l'avenir des Français et la réélection du président Macron, le choix a été vite fait. 

De façon générale, les sénateurs sont âgés, et plutôt aisés. Leur vision est donc à très court terme, et l'argent les protège de la maladie. Ce qui me gêne personnellement, c'est que je sais aujourd'hui que, contrairement à eux, j'aurai à subir dans le futur les catastrophes climatiques que leur décision de ce mardi auront contribué à engendrer. Il est très possible que ces catastrophes me tuent, comme elles tueront inévitablement bon nombre de Français, qui tolèrent avec l'inconscience des moutons qu'on les mène avec leurs enfants à l'abattoir.

Selon une étude publiée le 31 mai 2021 dans la revue Nature Climate Change, 37 % des 300.000 décès annuels liés à la chaleur dans le monde sont attribuables au réchauffement climatique. Pour réaliser cette étude, 70 chercheurs internationaux ont compilé des données provenant de 732 sites, répartis dans 43 pays, sur une période entre 1991 et 2018.

 « le changement climatique n’est pas quelque chose qui relève d’un avenir lointain », explique Antonio Gasparrini, auteur principal de l’étude et professeur à la London School of Hygiene and Tropical Medicine. « Nous pouvons en mesurer les impacts négatifs sur la santé, en plus des effets environnementaux et écologiques déjà connus. » (propos repris par Ouest France, 31 mai 2021).

Les scientifiques estiment que les canicules vont continuer à se multiplier dans les années à venir sous l’effet du changement climatique. Celle de 2003 avait fait 70 000 morts en Europe.

Une étude publiée dans la revue The Lancet Planetary Health et reprise par LCI le 5 août 2017 affirme que, d'ici la fin du 21e siècle, deux Européens sur trois subiront les effets du réchauffement climatique. Environ 350 millions d'habitants du vieux continent pourraient ainsi être exposés à des conditions climatiques néfastes, contre 25 millions au début des années 2000.

Emmanuel_Macron_in_Tallinn_Digital_Summit

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Jean Castex announced yesterday 6 July 2021 that the executive, disagree with the Senate, put "an end to the process of constitutional revision" on the climate, on which Emmanuel Macron claimed to wish a referendum allowing the registration of the fight for the Environment and the climate in the Constitution, as demanded by the Citizen Convention for Climate. I say "claimed" because in a republic more and more presidential and more and more distant from its constitution, we can not see the Prime Minister against the wishes of the President.

According to the AFP, recovered by Vosges morning, "Jean Castex announced Tuesday that the executive disagree with the Senate, put" an end to the process of constitutional revision "on the climate, on which Emmanuel Macron wanted a referendum after having Follow-up The recommendations of the Citizen Climate Convention.

The Senate, a majority of the right, had adopted on second reading a formulation different from that voted by the Assembly and supported by the Government, around the inscription in the Constitution in particular of "preservation of the environment". "Given the provision of Article 89 of our Constitution, this vote shall put an end to the constitutional revision process which we continue to think that it was indispensable to our country", lamented the Prime Minister at the meeting. questions to the government at the meeting.

Estimating having done "a step" in the direction of the Senate by up to the margin the text, the head of the Castex government lamented that "this tense hand" has not been seized "by the high assembly on Monday by rewriting it again .

"It is deeply regrettable but the fight continues" (Jean Castex).

According to the latest version approved by the Assembly, it was necessary to include that the French Republic "guarantees the preservation of the environment and the biological diversity and acts against the climate change." The Senate has proposed for writing that the French Republic "works for the preservation of the environment and biological diversity and against climate change, under the conditions laid down by the 2004 environmental charter".

While each campaped on his position, and even the shuttle between the two rooms could have continued as much as necessary, the executive therefore chose Tuesday to close the ban.

"The climate emergency is there, the risk is real," said Tuesday Jean Castex, whispered those who "refuse to see the reality in front" and others who "prefer an ideological, maximalist approach". "We are at the same time the choice of ambition and the choice of pragmatism, ie the choice of efficiency," he defended. » (source : AFP/Les Vosges).

Several things are worth noting:

  1. What is called the "shuttle" (go back of the assembly texts to the Senate and vice versa) has never been a problem in the Fifth Republic, apart from the fact that it takes time and extends the delays of adoption of the texts. The "shuttle" is part of the democratic mechanisms provided for in our Constitution. The incomprehensible reaction of Jean Castex stops brutally and without any reason the process is explained by the will of the government and the President to prevent the registration of the protection of climate and the environment in the Constitution. Remember that, before reporting publicly (and probably for the form) its support for this registration, Emmanuel Macron stated that the man (by that the economy and growth) would always go before the environment..

  2. At the JT of 20h of Antenna 2 (July 6, 2021), the presenter in a very short flash on the subject accused the Senate for blocked climate inscription in the Constitution. We have just seen that technically it's wrong and the decision was made by the government. Senators, mostly right, have slightly modified the text of the Assembly, in a first-view way incomprehensible. Two reasons can justify their attitude. The reference to the 2004 environmental charter does not provide anything, the text of the Assembly encompassing all the proposals of the Charter, apart from its article 6 - "Public policies must promote sustainable development. To this end, they reconcile the protection and enhancement of the environment, economic development and social progress. " On behalf of this article 6 Some policies could believe that it is allowed to do everything and anything under the pretext of economic development and social progress. What goes completely in the sense of Emmanuel Macron's wish to always pass "the man before the environment", by completely obscuring the fact that the man depends on the environment. The second reason is that senators knew very well that in the best case, the "shuttle" would take time, and would give an additional a few more months to the industrialists and policies to take advantage of the constant attacks on the environment that are perpetrated. No doubt some senators derived from the presidential majority also knew that Castex would jump on the occasion to put a definitive end to the process. And it is very likely that behind all that industrialists rejoice, and will thank the authors of the defeat of the environment and the climate, at the very time when the Council of State warned the Government French against its lack of eagerness to act against the climate emergency.

This ecological disaster, a real crime against the environment and the climate perpetrated by Jean Castex but probably sponsored above him, is also part of an electoral logic: we are in the preparation of the presidential elections of 2022. Gold, as Did the Aurélian Barreau Astrophysicist and others with him, the fight against global warming will go through the inevitable loss of certain individual freedoms, the loss that most voters are not yet ready to accept. In other words, between the long-term future of the French and the re-election of President Macron, the choice was quickly made.

In general, senators are older, and rather well. Their vision is therefore in very short term, and money protects them from the disease. What personally embarrasses me is that I know today that, unlike them, I will have to undergo the future climatic disasters that their decision of this Tuesday will have contributed to engender. It is very possible that these disasters kill me, as they will inevitably kill many French people, which tolerate with the unconsciousness of the sheep that are carried out with their children to the slaughterhouse.

According to a study published on May 31, 2021 in the Journal Nature Climate changes, 37% of the 300,000 annual heat-related deaths in the world are attributable to global warming. To carry out this study, 70 international researchers compiled data from 732 sites, divided into 43 countries, over a period between 1991 and 2018.

"Climate change is not something that is a distant future," says Antonio Gasparrini, the main author of the study and professor at the London School of Hygiene and Tropical Medicine. "We can measure the negative impacts on health, in addition to the already known environmental and ecological effects. (Approar of West France, May 31, 2021).

Scientists believe that the guns will continue to multiply in the coming years as a result of climate change. That of 2003 had made 70,000 deaths in Europe.

A study published in the magazine The Lancet Planetary Health and resumed by LCI on August 5, 2017 asserts that by the end of the 21st century, two in three Europeans will undergo the effects of global warming. About 350 million inhabitants of the old continent could thus be exposed to harmful climatic conditions, compared with 25 million in the early 2000s.

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Photos : Portrait Jean Castex (cropped, auteur/author Florian David, 15 juillet 2020) ; Emmanuel Macron in Tallinn Digital Summit. Welcome dinner hosted by HE Donald Tusk. Handshake, 28 septembre 2017 (auteur/author EU2017EE Estonian Presidency).