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"Impacts, Adaptation and Vulnerability". Riche de 3.675 pages, le second volet du 6e rapport du Giec (Groupement intergouvernemental pour l'étude du climat) n'est pas optimiste. Notamment, il confirme - sans surprise - une hausse moyenne du niveau de l'océan de 1 m d'ici la fin du siècle, et, ce qui avait été moins dit, de 5 m en 2150. 

Les conclusions du Giec sont alarmistes : 10 millions de personnes en Europe habitent à moins d'mètre d'altitude et seront touchées d'ici la fin du siècle par la montée du niveau des eaux. A l'échelon mondial ce sont un milliard de personnes qui seront victimes de cette submersion.

Les écosystèmes côtiers seront profondément impactés, notamment les mangroves et les zones humides qui sont des puits importants de carbone et qui protègent les rivages des vagues submersives.

Il semble qu'aujourd'hui le Giec tienne le discours que nous tenons depuis plusieurs années (et qui est la raison d'être de l'expédition Tour des deux Amériques) : il ne faut plus espérer stopper le réchauffement climatique, ni espérer sauver l'environnement tel que nous l'avons connu. Tout ce que nous pouvons faire aujourd'hui, c'est ralentir ce réchauffement, et, surtout, anticiper sur les catastrophes à venir, et adapter nos sociétés et nos littoraux à un environnement prévisible.

Plusieurs choses sont a retenir à la lecture de ce rapport passionnant : 

1. L'emballement de la machine climatique. Le niveau de l'eau (qui en est l'un des indicateurs) a augmenté de 20 cm au cours du XXe siècle (2 mm par an). Ce rythme est passé aujourd'hui à 4 mm par an. D'ici la fin du siècle, une augmentation moyenne de 1 m marquera un rythme de hausse du niveau de l'eau 6,25 fois plus rapide qu'au XXe siècle, qui va encore s'accélérer au cours des années suivantes (la hausse entre 2100 et 2150 sera 40 fois plus rapide qu'au XXe siècle). 

2. L'atteinte aux personnes et aux biens. Pour des raisons économiques nos sociétés se sont construites au bord des mers et des océans. La majeure partie de l’humanité vit à moins de 100 km du rivage. Au pays basque, certaines plages reculent de 25 cm par an. D'ici un siècle, les mêmes plages reculeront de 5 mètres par an, un recul énorme à une vitesse effroyable, jamais vécu durant l'histoire de l'humanité. Cela veut dire des villes entières submergées, des milliards de personnes déplacées, une partie importante des ressources alimentaires détruites, et l'augmentation partout de la faim dans le monde.

3. Le recul nous a montré que le Giec est un organisme par nature optimiste, dont les chiffres sont régulièrement sous-évalués - quitte à les réévaluer de rapport en rapport. Nous continuerons à tabler sur une hausse de 1,10 m du niveau des eaux d'ici la fin du siècle, jusqu'à ce que les chiffres du Giec nous rattrapent, voir hélas dépassent les évaluations dont nous nous servons aujourd'hui. Ceci pour dire que ce second volet du 6e rapport du Giec est d'autant plus inquiétant que ses auteurs sont généralement en-dessous de la vérité, et que les indications données dans ce rapport doivent sans doute être lues comme des minima.

Il y a une urgence à agir pour ralentir le réchauffement climatique, et surtout anticiper ses impacts futurs devenus inévitables. La loi très générale dans l'ordre du vivant est : s'adapter ou disparaître. Si nos civilisations de s'adaptent pas, elles disparaîtront. 

Les dirigeants qui se sont succédés sur la planète depuis les années 70 auraient pu sauver notre climat. Ils ont fait en toute conscience le choix criminel de condamner le climat et les hommes au profit de leur carrière politique et de leur cupidité. Aujourd'hui leur victime est à terre et ne se relèvera plus. Un autre choix se pose à eux : celui de la poursuite d'objectifs égoïstes à court terme ou de l'adaptation par anticipation - adaptation qui ne pourra se faire au prix d'un "quoi qu'il en coûte" inepte sur une planète finie, aux ressources finies, et où le dieu crédit aura un jour où l'autre une fin (les dieux n'existent que tant qu'existent les croyants).

Le dilemme se reposera donc - comme toujours - en ces termes : faut il donner la priorité à l'économie ou à l'environnement ? Un récent sondage montre que 55 % des Français donnent la priorité à l'économie, ce qui n'est guère rassurant. Ce dimanche 6 mars 2022, le candidat à l'élection présidentielle française Fabien Roussel (Parti communiste), invité de "Si j'étais président" sur la chaîne Antenne 2 n'a pas dit un mot concernant l'environnement, ce qui n'est guère rassurant non plus. Tous les marins savent que le bateau passe en premier, les hommes en second. Car si on perd le bateau on perd tous les hommes. Une évidence qui ne semble pas à la portée des Terriens.

La seule solution envisageable à mon sens si l'on veut aller rapidement de l'avant passe d'une part par une information réelle, totale et non parcellaire, des populations sur les enjeux du réchauffement climatique et de son impact sur leur vie quotidienne : pertes de patrimoine, hausse des matières premières et de l'alimentation, hausse de l'énergie, et en parallèle à cela baisse du niveau de vie et du pouvoir d'achat. D'autre part, il y a une urgence à forcer les politiques à agir (je ne parle pas de réunions et de conférences, qui ne sont que des effets de manche aux bilans environnementaux désastreux, mais de réelles actions) d'une part en rendant le mandat présidentiel obligatoire (les promesses électorales devront être tenues sous peine de lourdes sanctions conduisant a minima à la ruine des élus, et à de lourdes peines de prison), d'autre part en faisant juger par une Cour pénale internationale les crimes contre l'environnement et le climat (y compris l'inaction climatique des politiques), au même titre que les crimes contre l'humanité.

Le texte intégral du second volet du 6e rapport du Giec figure à l'adresse : https://report.ipcc.ch/ar6wg2/pdf/IPCC_AR6_WGII_FinalDraft_FullReport.pdf 

où bien en cliquant sur le lien suivant :

 Vous trouverez aussi une synthèse en français et en anglais du second volet du 6e rapport du Giec dans un article rédigé par la Plate-forme Océan & Climat publié hier sur ce blog.

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"Impacts, Adaptation and Vulnerability". With 3,675 pages, the second part of the 6th report of the IPCC (Intergovernmental Group for Climate Studies) is not optimistic. In particular, it confirms - unsurprisingly - an average rise in the level of the ocean of 1 m by the end of the century, and, what had been less said, of 5 m in 2150.
The conclusions of the IPCC are alarmist: 10 million people in Europe live less than one meter above sea level and will be affected by the end of the century by the rise in water levels. Globally, one billion people will be victims of this submersion.
Coastal ecosystems will be deeply impacted, in particular the mangroves and the wetlands which are important carbon sinks and which protect the shores from submersive waves.
It seems that today the IPCC holds the discourse that we have held for several years (and which is the raison d'être of the Tour of the Two Americas expedition): we must no longer hope to stop global warming, nor to hope to save the environment as we have known it. All we can do today is slow down this warming, and, above all, anticipate future disasters, and adapt our societies and our coasts to a predictable environment.
There are several things to keep in mind when reading this fascinating report:
1. The climate machine runaway. The water level (which is one of the indicators) increased by 20 cm during the 20th century (2 mm per year). This rate has now increased to 4 mm per year. By the end of the century, an average rise of 1 m will mark a rate of rise in water level 6.25 times faster than in the 20th century, which will accelerate further in the following years (40 times faster than in the 20th century between 2100 and 2150).
2. Damage to persons and property. For economic reasons our societies have been built on the shores of the seas and oceans. Most of humanity lives within 100 km of the shore. In the Basque country, some beaches recede by 25 cm per year. A century from now, the same beaches will recede by 5 meters per year, an enormous decline at an appalling speed, never experienced in the history of humanity. This means entire cities submerged, billions of people displaced, a significant portion of food resources destroyed, and hunger on the rise everywhere in the world.
3. Hindsight has shown us that the IPCC is an organization by nature optimistic, whose figures are regularly underestimated - even if it means reassessing them from report to report. We will continue to count on a 1.10 m rise in water levels by the end of the century, until the IPCC figures catch up with us, or even unfortunately exceed the estimates we use today. This is to say that this second part of the 6th report of the IPCC is all the more worrying that its authors are generally below the truth, and that the indications given in this report must undoubtedly be read as minima.
There is an urgent need to act to slow down global warming, and above all to anticipate its future impacts, which have become inevitable. The very general law in the living order is: adapt or disappear. If our civilizations don't adapt, they will disappear.
Successive leaders on the planet since the 1970s could have saved our climate. They made in all conscience the criminal choice to condemn the climate and men for the benefit of their political career and their greed. Today their victim is on the ground and will not get up again. They are faced with another choice: the pursuit of selfish short-term goals or adaptation by anticipation - adaptation that cannot be achieved at the cost of an inept "whatever the cost" on a planet. finite, with finite resources, and where the credit god will one day or another have an end (the gods exist only as long as believers exist).
The dilemma will therefore rest - as always - in these terms: should priority be given to the economy or to the environment? A recent survey shows that 55% of French people give priority to the economy, which is hardly reassuring. All sailors know that the boat comes first, the people second. Because if we lose the boat, we lose all the men. An evidence that does not seem within the reach of Earthlings.

The only possible solution in my opinion if we want to move forward quickly requires, on the one hand, real, total and not fragmented information, of the populations on the stakes of global warming and its impact on their daily life: loss of assets, rise in raw materials and food, rise in energy, and in parallel to this decline in the standard of living and purchasing power. On the other hand, there is an urgent need to force politicians to act (I am not talking about meetings and conferences, which are only side effects with disastrous environmental results, but real actions) by making the presidential mandate mandatory (electoral promises must be kept under penalty of heavy sanctions leading at least to the ruin of elected officials, and to heavy prison sentences), on the other hand, by having crimes against the environment and climate (including the climate inaction of politicians) judged by an International Criminal Court, in the same way as crimes against humanity.


The full text of the second part of the 6th IPCC report (english) can be found at: https://report.ipcc.ch/ar6wg2/pdf/IPCC_AR6_WGII_FinalDraft_FullReport.pdf

You will find a summary in French and English of the second part of the 6th IPCC report in an article written by the Ocean & Climate Platform published yesterday on this blog (see below).