Hurricane Harvey near the coast of Texas at peak intensity late on August 25, 2017 (NOAA)

« Les cyclones tropicaux, aussi nommés « ouragans » dans l'Atlantique nord, le golfe du Mexique et l'est du Pacifique nord ou « typhons » dans l'ouest du Pacifique nord et la Mer de Chine méridionale, se forment au-dessus des eaux chaudes des mers tropicales et puisent leur énergie dans la chaleur latente de condensation de l'eau. Plusieurs conditions sont nécessaires à la formation d'un tel cyclone :

 

  • La température de la mer doit être supérieure à 26 °C, sur une profondeur d'au moins 50 mètres, à l'endroit de la formation de la dépression qui deviendra cyclone.
  • Être suffisamment éloigné de l'équateur pour que la force de Coriolis puisse agir (5 à 10° de latitude).
  • Les vents aux différents niveaux de l'atmosphère doivent être de direction et de force homogènes dans la zone de formation du cyclone. Si les vents de haute altitude soufflent de manière très différente des vents de basse altitude, la formation du cyclone sera contrariée. » (Source : Wikipédia).

Cette semaine, les conditions étaient réunies dans le Golfe du Mexique.

Harvey est né d’une onde tropicale africaine, qui après avoir traversé l’Atlantique s’est d’abord transformée en tempête tropicale au large des côtes vénézuéliennes, puis en ouragan majeur au contact des eaux chaudes du Golfe du Mexique (30°C actuellement). La particularité d’Harvey est qu’une fois arrivé sur les côtes du Texas, il s’est retrouvé bloqué par un front anticyclonique qui lui a barré le passage. Redescendu au niveau de tempête tropicale, il n’a plus trouvé les vents nécessaires à son déplacement, mais a continué à être alimenté en carburant par les eaux chaudes de la côte qu’il surplombait. D’ou les pluies diluviennes qui se sont abattues sur le Texas, et le paradoxe d’un ouragan en panne de vent.

 

Allen's Landing après la tempête tropicale Allison en juin 2001 (NOAA)

S'il n'est pas possible d'attribuer la paternité d'Harvey au réchauffement climatique anthropique (les ouragans et les tempêtes tropicales n'ont pas attendu la révolution industrielle pour se produire, et les données météo manquent de recul historique), UN Climate Action, le compte Twitter du United Nation Climate Change secretariat, a noté sur Twitter : "Des océans plus chauds signifient des tempêtes plus humides". En d'autres termes, s'il avait fait moins chaud, les précipitations auraient été moins importantes (jusqu'à 1,27 mètres d'eau par endroits à Huston), et les dégats aussi. Logique.

L’anticyclone l’ayant partiellement libéré, Harvey est arrivé ce matin en Louisianne, comme la tempête tropicale Allison l’avait fait en 2001.

Triste anniversaire, la Nouvelle-Orléans commémorait hier le passage il y a douze ans de l’ouragan Katrina, qui avait en grande partie détruit la ville.

 

Interviewé par le journal Le Monde sur l’influence du réchauffement climatique sur la fréquence des cyclones, le prévisionniste de Météo-France Olivier Proust estime : « S’il ne faut pas forcément s’attendre à davantage de phénomènes cycloniques dans le futur, les cyclones devraient être potentiellement plus puissants, notamment au niveau des précipitations. Avec le réchauffement, c’est un peu comme si on ajoutait un additif dans le carburant : cela accélère et amplifie les phénomènes. ». La paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte, membre du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) partage cet avis, étayé par une étude publiée en 2005 dans le journal Nature : le nombre des cyclones serait resté stable au cours de la seconde moitié du XXe siècle, mais l’énergie totale dissipée par ces cyclones de l’Atlantique nord et du Pacifique ouest aurait bondi de 70% entre 1970 et 2000.

La zone cyclonique remonte aussi vers les pôles, s’écartant progressivement de l’équateur depuis 35 ans. D’ici quelques dizaines d’années, le Golfe du Mexique pourrait ainsi devenir une région plus calme, aux dépens de la côte est des Etats-Unis.

Jean_Jouzel_2010

Autre problème lié au réchauffement climatique, la hausse du niveau des océans. Pour Jean Jouzel, ancien vice-président du Giec interrogé par Le Parisien, « avec un niveau de la mer en hausse de 50 centimètres à un mètre d'ici la fin du siècle, un moins bon écoulement des eaux venues du continent et une augmentation des précipitations » sera un facteur aggravant. D’autant plus que les cyclones lèvent sur leur passage des « marées de tempête », fortes houles qui contribueront à inonder les régions côtières.

 

Ce ne sont pas de bonnes nouvelles pour le président climato-sceptique Donald Trump. Arrivé au Texas tardivement en compagnie de son épouse partie visiter les zones inondées avec des talons aiguilles et des Ray-Ban d’aviateur, il a promis une aide sans précédent, en brandissant le drapeau texan. Il lui reste tout de même à convaincre le Congrès d’accorder cette aide. Certains se souviendront peut-être que parmi ceux qui avaient refusé l’aide fédérale aux sinistrés de l’ouragan Sandy figurait… le sénateur républicain du Texas.

Certains aussi se souviendront – ce n’est pas vieux – que le 15 août Donald Trump venait de signer un décret assouplissant les procédures d’examen des permis de construire, et simplifiant les procédures rigoureuses de construction des infrastructures bénéficiant de fonds fédéraux mises en place par Barak Obama pour répondre aux risques climatiques, et notamment aux inondations. C’était tout juste douze jours avant qu’Harvey ne déverse ses pluies diluviennes sur Huston.

 

L’économiste Kevin Simmons, cité par Libération, parle aujourd’hui de 325 milliards de dollars d’atteinte aux propriétés immobilières dans Huston et sa banlieue. L’inondation des raffineries de pétrole de Huston risque d'accroître ce bilan en créant une pollution sans précédent dans la région. Cette catastrophe survenant dans le deuxième Etat le plus peuplé des Etats-Unis va sans doute conduire certains à ré-interroger Donald Trump sur sa position vis-à-vis du réchauffement climatique et sa volonté de maintenir les USA en dehors des accords de Paris.

Photos et auteurs : Hurricane Harvey near the coast of Texas at peak intensity late on August 25, 2017 (NOAA) ; Allen's Landing après la tempête tropicale Allison en juin 2001 (NOAA) ; Jean Jouzel en 2010 (Siren-com) ; Itinéraire d'Hervey en août 2017 (OverlordQ)

Itinéraire d'Hervey en août 2017 (OverlordQ)

Photo : Track map of Hurricane Harvey of the 2017 Atlantic hurricane season. The points show the location of the storm at 6-hour intervals. The colour represents the storm's maximum sustained wind speeds as classified in the Saffir–Simpson scale (see below), and the shape of the data points represent the nature of the storm, according to the legend below. Saffir–Simpson scale Tropical depression ≤38 mph ≤62 km/h Category 3 111–129 mph 178–208 km/h Tropical storm 39–73 mph 63–118 km/h Category 4 130–156 mph 209–251 km/h Category 1 74–95 mph 119–153 km/h Category 5 ≥157 mph ≥252 km/h Category 2 96–110 mph 154–177 km/h Unknown Storm typeTropical cyclone Subtropical cyclone Extratropical cyclone / Remnant low / Tropical disturbance

 
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des Etats-Unis va sans doute conduire certains à ré-interroger Donald Trump sur sa position vis-à-vis du réchauffement climatique et sa volonté de maintenir les USA en dehors des accords de Paris.