Environnement : 2021 sera décisive dans la lutte contre le réchauffement climatique

N. Chateauneuf, P. Maire, L. Bastian, C. Morisseau France 2 France Télévisions #AlertePollution Rivières ou sols contaminés, déchets industriels abandonnés... Vous vivez à proximité d'un site pollué ?Cliquez ici pour nous alerter ! C'est probablement le phénomène le plus inquiétant pour notre planète : le réchauffement climatique.

https://www.francetvinfo.fr

Alors que l’année 2020 a été l’une des trois plus chaudes jamais enregistrées, le niveau de CO2 dans l’air continue d’augmenter. Le journaliste Nicolas Chateauneuf propose son éclairage dans le 20 heures de France 2, vendredi 15 janvier. Nous vous proposons ci-dessous le texte intégral de son intervention.

"Il faut se faire à l'idée : le thermomètre va continuer à augmenter pendant des décennies, voire des siècles. Pourquoi ? Eh bien, parce que l'année dernière, malgré une baisse historique, l'humanité à tout de même rejeté dans l'atmosphère 34 milliards de tonnes de CO2, le principal gaz à effet de serre. Qu'est-ce que ça représente ? Eh bien, pour avoir une idée, voici le volume d'une tonne de CO2. Cela remplit le volume d'une bulle de 10 mètres de diamètre. Un Français en rejette en moyenne 5 par an. A l'échelle mondiale, chaque seconde l'humanité relâche 1.080 tonnes de CO2 dans l'atmosphère, un sacré geyser de bulles. Et depuis que je vous parle cela représente 40.000 tonnes, assez pour ensevelir la Tour Eiffel. La baisse de 2020, même importante, ne va pas effacer d'un coup les trente dernières années de hausse massive des émissions mondiales de CO2. Alors, où en sommes nous ? Pour limiter le réchauffement à deux degrés, l'humanité doit rester en dessous d'un certain quota d'émissions. Or, nous avons déjà relâché 70 % de ce quota dans la nature, c'est l'héritage de 150 ans de civilisation industrielle. Nous avons donc encore le droit d'émettre 30 % de ce quota. Au rythme actuel, cela nous prendra 25 ans. En supposant que l'on puisse alors arrêter d'un seul coup les industries, les moteurs à essence, les centrales électriques à charbon, et tout le reste. L'autre solution, plus progressive, serait de prolonger la baisse amorcée en 2020 pendant les cinquante prochaines années grâce aux énergies renouvelables ou décarbonées et aux nouvelles technologies. 2021 est donc une année cruciale dans la lutte contre le réchauffement. En attendant, la concentration de CO2 dans l'atmosphère continue de grimper, à un niveau inégalé depuis trois millions d'années."

Il y a encore trois ou quatre ans, les visages des scientifiques se fermaient quand on avançait dans une conversation qu'il était déjà trop tard pour préserver le climat actuel. C'était pire encore si on osait avancer que la communauté scientifique avait été manipulée, utilisée à son insu pour permettre aux gouvernements du monde entier de ne rien faire pour arrêter le réchauffement climatique (et interrompre la croissance qui en est la cause) : tous ceux qui ont fait du management savent que pour reculer ou enterrer un projet, il n'y a rien de mieux que demander des rapports ou des études - ce que les gouvernements ne se sont pas privés de faire avec les scientifiques.

Les fonds qui auraient du être affectés à la lutte contre le réchauffement climatique et à la médiation (diffusion des connaissances scientifiques auprès des élus locaux, du grand public, etc.) sont ainsi partis en direction des scientifiques, pour des études toujours plus poussées qui n'ont fait que confirmer ce qu'on savait déjà il y a près de cinquante ans. En 2002 à Johannesburg Jacques Chirac lançait déjà à la face de ses collègues réunis : "Vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas". Depuis, rien ou presque n'a été fait, si ce n'est des grands effets de manche : les COP se sont multipliées, sans déboucher sur rien, les Accords de Paris ont été bafoués par la quasi totalité des pays (dont le France, pays organisateur), et les fonds continuent d'aller là où ils servent le moins : dans la recherche de choses que l'on connaît déjà. Nicolas Hulot le disait déjà sur un plateau d'Antenne 2 il y a quelques années : nous avons les connaissances, nous avons les outils pour lutter contre le réchauffement climatique, ce qui nous manque c'est la volonté.

Aujourd'hui, c'est un amer constat : les manœuvres dilatoires des gouvernements (conférences internationales, convention citoyenne pour le climat, etc.) ont abouti à ce que nous ayons dépassé le point de non retour. ""Il faut se faire à l'idée : le thermomètre va continuer à augmenter pendant des décennies, voire des siècles.". Aucune des politiques de précaution qui auraient dû être mises en place ne l'a été. Tous les gouvernements ont continué de courir après la croissance, comme s'il était possible de croître indéfiniment en nombre et en richesse sur une planète finie aux ressources limitées. 

Aujourd'hui, nos enfants payent (parfois de leur vie) la quête effrénée du pouvoir des politiques. L'amoncellement des richesses de quelques uns est bâtie sur l'appauvrissement de tous les autres, spoliés des fruits de leur travail dans une forme moderne de l'esclavagisme, et, pire encore, sur la destruction des ressources de la planète. Le pire est le lien (parfois frauduleux) entre l'argent et le pouvoir. Les démocraties modernes ont refusé d'une main hypocrite la notion de suffrage censitaire (le droit de vote appartient aux riches), mais l'ont recréé de l'autre main : les élections présidentielles américaines sont avant tout une question de budget, et il en est de même dans le plupart des pays. En France, la loi Rocard de 1970 sensée mettre fin à ce genre de pratique n'y a rien changé. Et un ancien président se retrouve aujourd'hui devant des tribunaux qui ne pourront qu'entériner le fait qu'il n'aurait jamais dû être élu sans une levée de fonds d'une totale illégalité. 

Bref, comment peut-on envisager de lutter contre le réchauffement climatique, alors que les politiques tirent leur poste d'un argent issu de la croissance, et conservent leur poste en reculant sine die les décisions impopulaires (mais nécessaires) ? Grâce à eux, en quarante ans nous avons tout perdu : nos ressources en eau douce, nos glaciers, notre climat, notre trait de côte, nos forêts qui sont en train de mourir, la sécurité de nos vallées exposées désormais aux inondations répétées et aux glissements de terrain, notre transport maritime fluvial soumis à une saison de basses eaux (étiage) de plus en plus importante, nos stations de ski promises à la fermeture, les ressources de nos pêcheurs, l'avenir de nos vignobles, de notre ostréiculture, etc. A l'autre bout du monde, l'inaction climatique a condamné à mort des millions de personnes, a accéléré la désertification, créé des zones de violence et de déstabilisation politique, enfanté des guerres pour l'eau, fait disparaître des espèces animales et même une immense région du monde (l'Arctique).

Ours blanc sur un banc de glace de Wager Bay (parc national d'Ukkusiksalik, Nunavut, Canada) (auteur author Ansgar Walk, 23 juillet 1996)

 

 _______________________

While 2020 was one of the three hottest years on record, the level of CO2 in the air continues to rise. The journalist Nicolas Chateauneuf offers his lighting in the 20 hours of France 2, Friday January 15. We offer you the full text of his speech below. "You have to get used to the idea: the thermometer will continue to rise for decades, even centuries. Why? Well, because last year, despite a historic decline, humanity was still thrown back into the atmosphere 34 billion tons of CO2, the main greenhouse gas. What does that represent? Well, to get an idea, here is the volume of one ton of CO2. This fills the volume of 'a bubble 10m in diameter. A Frenchman rejects on average 5 per year. On a global scale, every second humanity releases 1080 tonnes of CO2 into the atmosphere, a sacred geyser of bubbles. And since I told you Speaks that represents 40,000 tons, enough to bury the Eiffel Tower. The decline of 2020, even significant, will not erase at once the last thirty years of massive increase in global CO2 emissions. So where are we? limit warming to two degrees, humanity must stay below a certain emission quota. , we have already released 70% of this quota in nature, it is the heritage of 150 years of industrial civilization. We therefore still have the right to issue 30% of this quota. At the current rate, it will take us 25 years. Assuming then you can shut down industries, gasoline engines, coal-fired power plants, and everything in one fell swoop. The other, more gradual solution would be to extend the decline that began in 2020 for the next fifty years using renewable or carbon-free energies and new technologies. 2021 is therefore a crucial year in the fight against global warming. In the meantime, the concentration of CO2 in the atmosphere continues to climb, to a level not seen for three million years. " Until three or four years ago, the scientists' mines would close when we advanced in a conversation that it was already too late for the climate. It was even worse if we dared to argue that the scientific community had been manipulated, used unwittingly to allow governments around the world to do nothing to stop global warming (and stop the growth that caused it): all those who have been in management know that to set back or bury a project, there is nothing better than asking for reports or studies - which governments have not shied away from doing with scientists. The funds that should have been allocated to the fight against global warming and to mediation (dissemination of scientific knowledge to local elected officials, the general public, etc.) have thus gone to scientists, for ever more in-depth studies which have only confirmed what we already knew almost fifty years ago. In 2002 in Johannesburg Jacques Chirac already launched in the face of his assembled colleagues: "You cannot say that you did not know". Since then, nothing or almost nothing has been done, except for the great side effects: the COPs have multiplied, without leading to anything, the Paris Agreements have been flouted by almost all countries (including France , host country), and the funds continue to go where they are needed least: in the search for things that we already know. Nicolas Hulot already said it on a set of Antenne 2 a few years ago: we have the knowledge, we have the tools to fight against global warming, what we lack is the will. Today, it is a bitter observation: the dilatory maneuvers of governments (international conferences, citizens' climate convention, etc.) have resulted in our having passed the point of no return. "You have to get used to the idea: the thermometer will continue to rise for decades, if not centuries." None of the precautionary policies that should have been put in place have been. All governments have continued. to chase after growth, as if it were possible to grow indefinitely in number and wealth on a finite planet with limited resources. Today, our children are paying (sometimes with their lives) for the frantic quest for political power. The accumulation of the wealth of a few is built on the impoverishment of all the others, robbed of the fruits of their labor in a modern form of slavery, and, worse yet, on the destruction of the planet's resources. The worst thing is the (sometimes fraudulent) link between money and power. Modern democracies have hypocritically refused the notion of censal suffrage (the right to vote belongs to the rich), but recreated it with the other hand: America's presidential elections are first and foremost about the budget, and so it is in most countries. In France, the Rocard law of 1970 supposed to put an end to this kind of practice has not changed anything. And a former president finds himself today before courts which can only confirm the fact that he should never have been elected without a fundraising campaign of total illegality. In short, how can we consider combating global warming, when politicians derive their post from money from growth, and keep their post by postponing unpopular (but necessary) decisions sine die? Thanks to them, in forty years we have lost everything: our fresh water resources, our glaciers, our climate, our coastline, our forests which are dying, the security of our valleys now exposed to repeated floods and landslides, our river maritime transport subjected to an increasingly important low-water season, our ski resorts promised to be closed, the resources of our fishermen, the future of our vineyards, our oyster farming, etc. On the other side of the world, climate inaction has condemned millions of people to death, accelerated desertification, created zones of violence and political destabilization, gave birth to wars for water, wiped out animal species and even a huge region of the world (the Arctic).

Vidéo : extrait du JT de 20h, A2, 15 janvier 2021. Photo : Ours blanc sur un banc de glace de Wager Bay, parc national d'Ukkusiksalik, Nunavut, Canada (auteur/author : Ansgar Walk, 23 juillet 1996)