L'aube nautique, 7h30, 241215

Clair de lune à 4h15, 241215

Jeudi 24 décembre. A 2h05 je fais le point. Valérie a pris son quart à 1h, remplaçant Benjamin sans que je m’en rende compte pendant que je faisais une petite sieste, et nous a offert une soupe bien agréable. Nous sommes à 65 M du port de Porquerolles. Nous venons de couvrir 16 M en trois heures et dix minutes ; et nous sommes à moins d’un mille au sud-ouest de notre route. Je ne corrige pas et attends de voir. Nous avons 7,5 kt de vent apparent à l’anémomètre, au bon plein. ; le speedo indique un peu plus de six nœuds. Le génois et la GV sont complètement sortis, bordés sans excès, appuyés par le moteur à 1400 trs/mn. La lune joue à cache-cache derrière des cumulus, dans un ciel un peu pommelé ; la visibilité est excellente. La mer est très habitée, et nous voyons de nombreux bateaux, paquebots, cargos, bateaux de pêche, tout ça navigue. La mer est toujours plate, on a juste une houle qui anime un peu. Je pense qu’ils sont sur la ligne Toulon-Corse.

Evelyne prépare des boissons chaudes en prenant le quart de 4h, 241215Nous n’avons plus d’eau douce au robinet de l’évier. La pompe est sûrement désamorcée : j’ai fait le plein des réservoirs d’eau douce hier, et nous n’avons pas pu les vider en une journée. A 3h30 la lune est voilée par les écharpes des cirrus. Benjamin a terminé son quart à 1h et je suis dans le cockpit avec Valérie. Nous avons fait presque les deux tiers du chemin. A 4h, Valérie finit son quart et Evelyne prend le sien ; avant de monter dans le cockpit elle nous prépare une boisson chaude. Pendant ce temps je profite d’une grande éclaircie dans  les nuages pour faire des photos du clair de lune qui se reflète dans l’eau, faisant de la mer un miroir d’argent. 

Choucas sous spi 2 241215Enzo dans le cockpit 241215

A 4h20 je fais un nouveau point. Nous avons couvert douze milles de plus, mais l’écart par rapport à notre route atteint 

désormais trois milles. Je recalcule un nouveau cap et effectue les corrections nécessaires. Cinquante-cinq minutes plus tard nous avons fait dix milles de plus. A 7h30 l’horizon est embrasé par l’aube nautique, dans le tableau arrière du bateau. A 8h10 nous avons encore gagné douze milles. Tout le monde est sur le pont. Enzo a un peu le mal de mer. Vers 10h nous sommes en vue des îles d’Hyères ; un petit vent arrière s’est levé, qui nous donne envie d’essayer le spi du bateau. Nous disposons de deux spis à bord, un radial de 110 m2 et un asymétrique de 90 m2. Nous choisissons de monter le premier. Il est classique, sans chaussette. Nous trouvons dans un tiroir sous la table à cartes de quoi créer un chemin pour les écoutes de bras et de tangon, et nous installons les quelques poulies qui manquent. Etablir un spi, c’est toujours un peu l’aventure. A 10h47 le spi jaune, bleu et blanc est établi, bâbord amures, le tangon presque dans l’étai du génois. Moteur coupé, il nous procure 6,5 kt au speedo. Nous fonçons vers la passe des Grottes, entre Port-Cros et l’île du Levant. A midi, le vent est tombé en dessous de trois nœuds et nous rentrons le spi qui a du mal à se gonfler. J’ai un peu peur aussi de ce que je pourrai trouver comme vent dans la passe. Si l’occasion s’en présente, nous renverrons le spi dans le golfe de Hyères. A trois, ça s’est fait très facilement, Evelyne dans la cabine avant brassant le spi pour le faire passer par le capot, Benjamin sur le pont et moi lovant les écoutes.

Dauphins devant les Port-Cros 241215

Port-Man 241215

A midi et quart nous naviguons sous génois et grand-voile quand Benjamin et Enzo repèrent des dauphins. Tous le monde se précipite à l’avant pour voir les dauphins : ils sont trois ou quatre qui jouent par couple devant notre étrave. Quelques minutes après nous sommes dans la passe des Grottes, la calanque de Port-Man et sa tour sont à bâbord. Là, une surprise nous attend : la calanque est envahie de bouées « défense de mouiller ». J’espère que ce n’est qu’une mesure provisoire destinée à protéger durant l’hiver les herbes qui tapissent le fond de Port-Man : c’est pratiquement le seul endroit  du coin où l’on soit en sécurité, abrité quelque soit le vent. Le fermer toute l’année serait catastrophique, en particulier l’été où le port de Porquerolles, saturé, refuse du monde. Après une brève visite de la calanque, nous ne nous attardons pas et mettons le cap sur Porquerolles, en longeant la côte nord de Port-Cros. A 14h 46 nous sommes en vue des roches du cap des Mèdes, à la pointe nord-est de Porquerolles, et à 15h30 nous sommes devant l’entrée du port de Porquerolles. Jointe à la VHP, la capitainerie nous indique de nous mettre au ponton F, à l’endroit de notre choix : « il y a de la place ». Effectivement, il y a bien vingt ou vingt-cinq mètres de  libres au bout du ponton. On va s’y installer sur pendille, et je confie la barre à Evelyne pour la manœuvre. A peine arrivés, nous fermons le bateau et filons à la capitainerie. Très gentiment, ceux-ci nous disent qu’il est tard, et nous proposent de revenir le lendemain.

Arrivée à Porqurolles 241215

Café au Bar des Pêcheurs 241215

Sorti de la capitainerie, je ne réalise pas très bien ce qui se passe ; mais Evelyne m’explique : « c’est Noël, ils viennent de nous offrir la place de port ». Effectivement, je repasserai lendemain matin à la capitainerie pour la trouver fermée, avec un panneau « joyeuses fêtes » sur la porte. On a tous apprécié le geste, et si la capitainerie de Porquerolles lit un jour ces lignes, qu’ils y trouvent l’expression de nos remerciements. Pour l’heure, je fais voir à mes amis où se trouvent les sanitaires, et nous allons tous ensemble prendre un pot. La Table du Pêcheur nous accueille ; c’est pratiquement le seul bar ouvert. Tout est fermé. J’espère encore trouver ouvert le supermarché sur la place de la mairie ; quand nous y arriverons, il sera lui aussi fermé. Je suis inquiet pour mes tournedos flambés au whisky ; j’espérais pouvoir racheter ici une bouteille de Ballantine’s. Sans whisky, ma recette risque de ressembler à celle de la sauce aux câpres sans les câpres, façon Pierre Dac. J’ai prévu également de faire des Irish Coffees à la fin du repas. Non loin de l’Alycastre, la porte de l’Escale est ouverte. J’y rentre, et demande au patron où je pourrais trouver une épicerie ouverte en ce lieu désolé. Il n’en a aucune idée, mais se propose de me dépanner, et me verse dans un gobelet 16 cl de whisky pour 16 euros. Un cadeau ! D’au autre côté, c’est la première fois que je me fais servir un octuple baby. A 16h45 je traverse fièrement Porquerolles, mon gobelet de whisky à ma main, et rentre à bord. Nous avons un peu de temps devant nous et nous en profitons pour prendre une douche, nous changer et commencer à préparer la soirée. Johanna, notre invitée du soir nous appelle : la jeune femme qui vient de Marseille dit à Evelyne qu’elle est « dans le bus pour Porquerolles ». Elle nous rappellera quand elle sera arrivée et nous donne rendez-vous à la billetterie de la navette. Je trouve le message curieux, mais ne m’inquiète pas plus que ça.

Choucas sous spi devant les îles d'Hyères 241215

Les petites pièces pour l’apéritif sont prêtes quand Johanna nous rappelle : il est à peu près 20h, elle nous attend à la billetterie.  Evelyne et moi allons la chercher pour lui éviter d’errer sur les pontons ; mais arrivés à la billetterie de la navette, il n’y a personne, le lieu est désert. Nous hélons dans la nuit : « Johanna ! ». Personne ne répond. Coup de fil à Johanna. Celle-ci est bien à la billetterie, mais sur le continent, à La Tour Fondue. Elle n’a pas réalisé que Porquerolles était une île. Pour éviter tout quiproquo, je prends ses coordonnées en latitude et en longitude, (heureusement son téléphone est équipé d’un GPS), et nous rentrons dare-dare au Choucas annoncer la nouvelle à l’équipage. On remet les vestes de quart, et je regarde sur OpenCPN où se trouve exactement Johanna. Elle est bien sur un ponton à La Tour Fondue. Cap au 305° sur 2,54 M, on en aura en gros pour une demi-heure pour aller la chercher. D’après le Rod Heikell, j’aurai deux mètres de fond au bout de son ponton, et 1m50 dès qu’on se rapprochera du bord. Un peu juste pour ma quille qui tire 1,70m. Nous remettons le moteur en route, larguons les amarres et repartons dans la nuit de Noël à la recherche de notre invitée. Le feu vert de la Tour Fondue nous guide ; sur place nous découvrons, outre les pontons, un quai assez bien éclairé qui borde le côté intérieur môle de protection. Je décide de ne pas accoster – je me méfie d’éventuels enrochements – mais d’avancer le balcon du Choucas le plus près possible, perpendiculairement au quai ; Johanna sautera à bord à la volée. Nous appelons Johanna au téléphone pour lui expliquer ce qu’elle aura à faire et où elle doit se poster ; nous lui faisons aussi des appels lumineux avec une des torches du bord pour qu’elle nous repère. Je prends la barre et poste Benjamin à l’avant : il va me guider dans la manœuvre et surveiller des dangers éventuels. Peu habitué aux longs bateaux (le sien fait 5,5 m), il ne réalise pas qu’il faut hurler vers moi pour se faire entendre dans la nuit et couvrir le bruit de la mer et du moteur ; s’il me fait des signes, dans la pénombre je ne les vois pas. J’avance prudemment, tout doucement.

A un moment j’entends : « Elle est à bord ! ». Je bats en arrière toute pour retrouver du fond, puis remets le cap sur Porquerolles. On accueille chaleureusement Johanna à bord : c’est la première fois qu’elle monte sur un voilier, et son embarquement acrobatique de nuit lui laissera des souvenirs. Au port de Porquerolles, un bateau a illuminé sa balancine et son étai avant de guirlandes lumineuses. Il nous fait un très bel amer vers lequel nous naviguons à vue. La nuit est claire, et nous voyons un petit feu d’artifice tiré du côté de Hyères. Vers 21h45 le Choucas a repris la place à l’extrémité du ponton F, et la soirée de Noël peut commencer. Le ponton n’a ni eau ni électricité (en travaux je crois depuis quelques mois), mais ce n’est pas important : nous avons tout ce qui nous faut à bord, et le plaisir d’être là, tous réunis dans la chaleur du carré, est le principal dans cette soirée de Noël à bord. Les bons petits plats, les chocolats et le Côte-de-Beaune 1er cru de 1996 feront le reste...

Photos : L'aube nautique, 7h30, 241215 ; Clair de lune à 4h15, 241215 ; Evelyne prépare des boissons chaudes en prenant le quart de 4h, 241215 ; Choucas sous spi 2 241215 ; Enzo dans le cockpit 241215 ; Dauphins devant les Port-Cros 241215 ; Port-Man 241215 ; Arrivée à Porqurolles 241215 ; Café au Bar des Pêcheurs 241215 ; Choucas sous spi devant les îles d'Hyères 241215 ; Arrivée à bord de Johanna 241215. Auteurs: Enzo dans le cockpit 241215 : Evelyne Chadaigne. Autres photos : Philippe Bensimon

Arrivée à bord de Johanna 241215