Ceuta_desde_el_mirador_de_Isabel_II (auteur author Ongayo)

Plus de 8.000 immigrants illégaux, dont 1.500 mineurs, sont arrivés entre lundi et mardi dans l'enclave espagnole de Ceuta en provenance du pays voisin, le Maroc, en bénéficiant du laxisme des autorités marocaines qui ont fermé les yeux. Un record qui montre la gravité de la situation, et la précarité des gens dans le quart nord-ouest de l'Afrique (ce qui ne veut pas dire pour autant que les autres régions d'Afrique soient mieux loties).

Mercredi 19 mai, les autorités espagnoles indiquaient que 5.600 personnes avaient déjà été renvoyées vers le Maroc.

Essentiellement, ces migrants sont des hommes jeunes, chassés de chez eux par les difficultés économiques ou les violences dans leur pays. Ne pouvant franchir les grilles qui ceinturent l'enclave espagnole de Ceuta, au nord du Maroc, ils ont choisi de les contourner par la mer, certains s'aidant de flotteurs de fortune. On a vu un homme sachant à peine nager s'être bardé de bouteilles en plastique. Des familles entières ont aussi choisi de tenter l'aventure. Selon des sources marocaines citées par la BBC, au moins un homme est mort en ce début de semaine dans les eaux marocaines.

Certains accusent le Maroc d'avoir orchestré cet afflux en représailles contre le gouvernement espagnol qui accueille en ce moment sur son sol le leader du Fronte Polisario Brahim Ghamli, 73 ans, venu se faire soigner en Espagne après avoir contracté la covid-19. Le Maroc a démenti cette accusation. Rappelons que le Maroc a rompu début novembre 2020 un cessez-le-feu vieux de plus de trente ans au Sahara occidental lors d'une incursion de ses forces armées dans le territoire, Brahim Ghalil déclarant à la suite de cet événement l'état de guerre contre le Maroc le 14 novembre 2020.

Selon RFI, 8.000 à 10.000 migrants sont arrivés à Ceuta depuis le début de la semaine et on estime à 3.000 ceux qui restent encore à Ceuta – les autres étant repartis ou ayant été reconduits. Si les adultes sont rapidement expulsés, les jeunes ne sont effet ni réellement accueillis, ni expulsés, la loi espagnole interdisant toute reconduite « à chaud » d'un mineur. Résultat : des familles ont été séparées, certaines ont lancé des avis de recherche. «La priorité de la ville est de retrouver les parents. Elle a donc ouvert jeudi une «hotline», qui a reçu «plus de 4400 appels» en 24 heures», a déclaré María Isabel, un des membres du gouvernement autonome de Ceuta. «Beaucoup pleurent et veulent rentrer chez eux depuis leur arrivée»  (source : Figaro Live, samedi 22 mai). Beaucoup sont dans des centres où ils sont nourris et reçoivent les soins de base mais certains ne leur font pas confiance et ont fait le choix d'errer dans les rues de la ville ou sur les rochers en bordure de mer. Une certaine forme de solidarité s'organise, des habitants de l'enclave espagnole leurs distribuant des repas.

Au delà du chantage exercé par le gouvernement marocain qui réclame la souveraineté sur les territoires du Sahara occidental, encouragé en cela par la position de l'administration américaine de Donald Trump, se pose la question des flux migratoires. Comme nous l'avons annoncé depuis plus d'un an (cf. article et sources du 20 janvier 2020 sur ce blog), avec le réchauffement climatique ceux-ci vont aller en s'intensifiant jusqu'à atteindre plusieurs dizaines de millions de personnes condamnées à rejoindre l'Europe à l'horizon 2050. 

On ne peut plus aujourd'hui continuer à fermer les yeux en Europe sur la misère humaine de gens que nous avons la capacité d'accueillir, et sen servir comme monnaie d'échange (la Turquie d'Erdogan, la Libye de Khadafi et maintenant le Maroc), ou comme arguments électoraux pour des politiciens lorgnant vers les voix de l'extrême droite (Macron en France, en Espagne le ministre de l'Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, qui annonçait mardi lors d'une conférence de presse : "Le gouvernement met en œuvre tous les moyens nécessaires pour protéger les frontières et procéder au retour immédiat des personnes qui entrent illégalement dans notre pays"). Il est plus que temps de se réveiller et d'ouvrir très largement les frontières aux migrants, sous peine de connaître un retour de flamme sans précédent.

Map of Spain with the Autonomous Community of Ceuta highlighted

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More than 8,000 illegal immigrants, including 1,500 minors, arrived between Monday and Tuesday in the Spanish enclave of Ceuta from the neighboring country, Morocco, benefiting from the laxity of the Moroccan authorities who turned a blind eye. A record which shows the gravity of the situation, and the precariousness of people in the northwest quarter of Africa (which does not mean that other regions of Africa are better off).

On Wednesday 19 May, the Spanish authorities indicated that 5,600 people had already been returned to Morocco.

Essentially, these migrants are young men, driven from their homes by economic hardship or violence in their country. Unable to cross the gates that surround the Spanish enclave of Ceuta, in northern Morocco, they chose to bypass them by sea, some using makeshift floats. We saw a man who barely knew how to swim wrapped himself in plastic bottles. Entire families have also chosen to try the adventure. According to Moroccan sources cited by the BBC, at least one man died in the begenning of this week in Moroccan waters.

Some accuse Morocco of having orchestrated this influx in retaliation against the Spanish government which is currently welcoming on its soil the Polisario Front leader Brahim Ghamli, 73, who came to Spain for treatment after contracting covid-19. Morocco denied this accusation. Recall that Morocco broke at the beginning of November 2020 a ceasefire dating back more than thirty years in Western Sahara during an incursion of its armed forces into the territory, Brahim Ghalil declaring following this event the state of war against Morocco on November 14, 2020.

According to RFI, 8,000 to 10,000 migrants have arrived in Ceuta since the start of the week and an estimated 3,000 remain in Ceuta - the others having left or having been returned. If the adults are quickly expelled, the young people are neither really welcomed nor expelled, Spanish law prohibiting any “hot” deportation of a minor. Result: families were separated, some launched wanted notices. “The city's priority is to find the parents. She therefore opened a "hotline" on Thursday, which received "more than 4,400 calls" in 24 hours, "said María Isabel, one of the members of the autonomous government of Ceuta. "Many cry and want to go home since their arrival" (source: Figaro Live, Saturday May 22). Many are in centers where they are fed and receive basic care, but some do not trust them and have chosen to wander the streets of the city or on the rocks by the sea. A certain form of solidarity is organized, inhabitants of the Spanish enclave distributing meals to them.

Beyond the blackmail exercised by the Moroccan government which claims sovereignty over the territories of Western Sahara, encouraged in this by the position of the American administration of Donald Trump, the question of migratory flows arises. As we have been announcing for more than a year (see article and sources of January 20, 2020 on this blog), with global warming these will intensify until reaching several tens of millions of people condemned to join Europe by 2050.

Today we can no longer continue to close our eyes in Europe to the human misery of people we have the capacity to welcome, and use it as a bargaining chip (Erdogan's Turkey, Gaddafi's Libya and now Morocco), or as electoral arguments for politicians eyeing the voices of the extreme right (Macron in France, in Spain the Minister of the Interior, Fernando Grande-Marlaska, who announced Tuesday at a press conference: "The government is implementing all necessary means to protect the borders and proceed with the immediate return of people who enter our country illegally"). It is high time to wake up and open the borders very widely to migrants, under penalty of experiencing an unprecedented flashback.

Photo : Ceuta desde el mirador de Isabel II (auteur/author : Ongayo). Map : Map of Spain with the Autonomous Community of Ceuta highlighted. Located in Noth Africa (auteurs/authors : Ichwan Palongengi, Magairlin).