La ministre de la Transition écologique et la secrétaire d'Etat à la mer battues aux législatives : une bonne nouvelle pour l'environnement

Le site Midi Libre donnait le 19 juin 2022 à 20h29 la liste des trois membres du gouvernement d'Elisabeth Borne battus au second tour des législatives et censés abandonner leur tout nouveau portefeuille. Parmi ces trois membres, deux nous intéressent particulièrement :

- Justine Benin, secrétaire d'Etat à la mer

La secrétaire d'État à la mer, Justine Benin, a été battue dans la 2e circonscription de Guadeloupe avec 41,35 % des voix. Elle arrive derrière Christian Baptiste (DVG), soutenu par la Nupes, élu avec 58,65 % des voix. L'information était connue depuis cet après-midi en raison du décalage horaire avec la Guadeloupe.

- Amélie de Montchalin, ministre de la Transition écologique et de la cohésion des territoires 

La ministre de la Transition écologique Amélie de Montchalin chute dans l'Essonne. Elle est éliminée (avec 47,3 % des voix) au second tour au profit de Jérôme Guedj, élu socialiste sous les couleurs de la Nupes (53,7 %). (source : Midi Libre 19 juin 2022, 20h29).

 

Amélie_de_Montchalin_Ministre_de_la_Transformation_et_de_la_Fonction_publiques (auteur author Jonathan Sarago 04 septembre 2020)

Selon une étude de l'association Agir pour l'environnement, Amélie de Montchalin est l'une des députés les moins écologistes de la XVe législature (classée la  sur 648 en fonction de ses votes). Entre autres exploits, elle a réussi à voter contre l'interdiction du glyphosate, contre l'interdiction de production, stockage ou vente de produits phytopharmaceutiques non autorisés en Europe et a préféré ne pas voter lors du scrutin contre l'interdiction des perturbateurs endocriniens. Cela explique sans doute pourquoi on l'a nommée ministre de l'Ecologie et de la cohésion des territoires. Cela explique aussi pourquoi les mots écologie et environnement n'apparaissent nulle part dans ce qu'elle considère comme ses nouvelles missions en tant que ministre de l'écologie, telles qu'elle les affichait il y a une quinzaine de jours sur le site de son ministère.


Justine Bénin dans le jardin des Quatres Colonnes du Palais Bourbon durant la première semaine parlementaire de la XVe législature de la Cinquième République française (Paris, France, auteur author Antoine Lamielle 21 juin 2017Quand à Justine Benin, Secrétaire d'Etat à la mer dont les études à Toulouse à la carrière dans la protection judiciaire de la jeunesse puis à Pôle emploi l'ont toujours tenue écartées des problématiques de la mer, elle est surtout 
connue pour avoir été mise en cause en mai 2022 par Mediapart qui lui reproche une « dérive clientéliste », en raison de plusieurs versements (37 000 euros) effectués en 2019 et 2020 par le MoDem à des associations comme à un restaurant de la commune du Moule dans laquelle elle se présentait alors aux élections municipales de 2020. 

Il est intéressant de constater au vu de leurs résultats électoraux que les deux membres du gouvernement qui auraient du être les plus importants au vu des dangers que le réchauffement climatique fait courir à l'espèce humaine et à la biodiversité marine et au vu de l'importance de la mer en France (la France est la deuxième puissance maritime mondiale par la longueur de ses côtes), sont non seulement issus de domaines totalement étrangers à leur ministère, mais sont aussi les plus impopulaires au sein de la population. Même leur étiquette de ministre et les avantages qu'elle offre n'ont pas suffi à leur faire gagner un poste de député. Si le gouvernement tient ses engagements – ce dont il n'a pas l'habitude, du moins en matière d'écologie – Amélie de Montchalin et Justine Benin devraient donc quitter leurs fonctions lors du prochain remaniement ministériel.

C'est une pratique intéressante, car elle montre bien que le rôle des ministres est avant tout de récupérer des voix à l'assemblée nationale, leurs compétences dans leurs ministères étant tout à fait secondaires face à cet objectif. 

Elle montre bien aussi que la séparation des pouvoirs est très mal réalisée en France, et que cette séparation est battue en brèche par l'exécutif qui tente de prendre le contrôle de l'Assemblée.

Pour nous aujourd'hui, la question est de savoir qui Elisabeth Borne arrivera à trouver de pire qu'Amélie de Monchalin et Justine Benin pour les remplacer à ces deux postes clé de la lutte contre le réchauffement climatique et ses effets.

Gageons qu'elle y arrivera. Peut-être rappellera-t-elle au gouvernement Roselyne Bachelot, ancienne ministre de l'écologie qui, deux mois après son arrivée à ce poste, avait « pondu » sept arrêtés étendant la période de chasse aux oiseaux migrateurs de sept semaines, déclenchant un véritable tollé parmi les protecteurs de la nature (L'Obs, 31 juillet 2002). Lors de la canicule de l'été 2003, elle devient la cible des Guignols de l'info — qui la présentent comme « la ménagère de moins de 50 de QI  » (1), ce qui ne l'empêchera pas d'être successivement ministre de l'Écologie et du Développement durable, de la Santé et des sports, des Solidarités et de la Cohésion sociale. Comme quoi le QI n'est pas un critère de sélection pour être ministre – mais ça, on s'en doutait déjà.

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The Midi Libre site gave on June 19, 2022 at 8:29 p.m. the list of the three members of the government of Elisabeth Borne beaten in the second round of the legislative elections. Of these three members, two are of particular interest to us:

Justine Benin, Secretary of State for the Sea

The Secretary of State for the Sea, Justine Benin, was beaten in the 2nd constituency of Guadeloupe with 41.35% of the vote. She comes behind Christian Baptiste (DVG), supported by Nupes, elected with 58.65% of the vote. The information had been known since this afternoon due to the time difference with Guadeloupe.

Amélie de Montchalin, Minister for Ecological Transition

The Minister of Ecological Transition Amélie de Montchalin falls in Essonne. She was eliminated (with 47.3% of the vote) in the second round in favor of Jérôme Guedj, elected socialist under the colors of Nupes (53.7%). (source: Midi Libre June 19, 2022, 8:29 p.m.).

According to a study by the Agir pour l'environnement association, Amélie de Montchalin is one of the least environmentalist deputies of the 15th legislature (ranked 1 out of 648 according to her votes). Among other feats, she managed to vote against the ban on glyphosate, against the ban on the production, storage or sale of unauthorized plant protection products in Europe and preferred not to vote in the ballot against the ban on endocrine disruptors. This probably explains why she was appointed Minister of Ecology and Territorial Cohesion. This also explains why the words ecology and environment do not appear anywhere in what she considers to be her new missions as Minister of Ecology, as she posted them a fortnight ago on the website of his ministry.

As for Justine Benin, Secretary of State for the Sea, whose studies in Toulouse for a career in the judicial protection of youth and then at Pôle Emploi have always kept her away from sea issues, she is best known for having been questioned in May 2022 by Mediapart, which accuses her of a "clientelist drift", due to several payments (37,000 euros) made in 2019 and 2020 by the MoDem to associations such as a restaurant in the town of Moule in which she was then running for the 2020 municipal elections.

It is interesting to note in view of their electoral results that the two members of the government who should have been the most important in view of the dangers that global warming poses to the human species and to marine biodiversity and in view of the importance of the sea in France (France is the second largest maritime power in the world by the length of its coasts), are not only completely incompetent, but also the most unpopular within the population. Even their ministerial label and the advantages it offers were not enough to win them a post as a deputy. If the government keeps its commitments – which it is not used to, at least in terms of ecology – Amélie de Montchalin and Justine Benin should therefore leave their posts during the next cabinet reshuffle.

This is an interesting practice, because it shows that the role of ministers is above all to win votes in the National Assembly, their skills in their ministries being completely secondary to this objective.

It also shows that the separation of powers is very poorly implemented in France, and that this separation is breached by the executive which tries to take control of the Assembly.

For us today, the question is who Elisabeth Borne will manage to find worse than Amélie de Montchalin and Justine Benin to replace them in these two key positions in the fight against global warming and its effects.

Let's bet she will get there. Perhaps she will remind the government of Roselyne Bachelot, former Minister of Ecology who, two months after her arrival in this post, had "laid" seven decrees extending the hunting period for migratory birds by seven weeks, triggering a real outcry among nature protectors (L'Obs, July 31, 2002). During the heat wave of summer 2003, she became the target of the Guignols de l'info — who presented her as "the housewife with an IQ of less than 50" (1), which did not prevent her from being successively Minister for Ecology and Sustainable Development, Health and Sports, Solidarity and Social Cohesion. Like what IQ is not a selection criterion to be a minister – but that, we already suspected.

Photos : Amélie de Montchalin Ministre de la Transformation et de la Fonction publiques (auteur/author Jonathan Sarago 04 septembre 2020) ; Justine Bénin dans le jardin des Quatres Colonnes du Palais Bourbon durant la première semaine parlementaire de la XVe législature de la Cinquième République française (auteur/author Antoine Lamielle 21 juin 2017).

(1) Le Figaro, « La santé retrouvée de Roselyne Bachelot », 11/08/2007, https://www.lefigaro.fr/politique/2007/08/11/01002-20070811ARTFIG90592-la_sante_retrouvee_de_roselyne_bachelot.php